Reprendre un commerce en centre-ville


Article publié le : 26/06/2019

Seuls 42% des Français déclarent acheter leurs vêtements et leurs chaussures en centre-ville. Sans surprise, plus de deux Français sur trois se rendent en périphérie pour faire leurs courses au supermarché.

Comment expliquer la désaffection des centres-villes ?

Le mouvement des « gilets jaunes » a asséné un coup de massue au commerce en centre-ville depuis quelques mois. Selon la Fédération de promotion du commerce spécialisé (Procos), une partie des consommateurs a choisi de ne plus prendre le risque de se déplacer, en particulier le samedi, même lorsque aucune manifestation n’était organisée. Les centres-villes de Montpellier, Bordeaux et Toulouse ont connu un recul de près de 15%, en lien avec ces mauvais chiffres du samedi. Les consommateurs se sont ainsi détournés des centres-villes, préférant la sécurité de la périphérie. Ce coup dur intervient dans un contexte général défavorable aux boutiques de centre-ville qui remonte à une décennie.

La montée en puissance du commerce de périphérie

Selon le sondage réalisé par OpinionWay, 80% des Français jugent que les centres-villes sont en déclin à cause des difficultés des commerces de proximité et ils sont 64% à penser que ce déclin est dû, au moins en partie, à l'essor du e-commerce. En fait, on peut surtout lier cette crise à la montée en puissance du commerce de périphérie. Avec 2000 hypermarchés et 10 000 supermarchés, la France est devenue la « championne d’Europe des zones commerciales en périphérie des villes », ces zones étant en 2019 deux fois plus nombreuses qu’il y a dix ans. L’indice d’activité des magasins, en termes de chiffre d’affaire et à surface égale (Procos) pour le mois de mai 2019, témoigne de ce décalage. Les centres commerciaux des centres-villes affichent un résultat de -2,5%, alors que toutes les autres implantations connaissent un mois positif. Le communiqué de fédération du commerce spécialisé souligne « la très bonne dynamique des centres commerciaux de périphérie à + 5,6% ».

Cet essor s’explique à la fois par l’installation croissante des ménages en périphérie des villes, et par les loyers modiques pratiqués dans ces espaces. Les retail park, ces centres commerciaux à ciel ouvert, attirent de nombreuses enseignes séduites par leurs loyers préférentiels. Les galeries marchandes souffrent également beaucoup de la concurrence des centres commerciaux.

Un déclin inéluctable ?

La courbe de déclin de ces commerces de proximité peut être inversée par la mise en place d’une politique volontariste et globale de la part de l’État ou de la collectivité. Le dispositif « Action cœur de ville » lancé en 2018 par l’État pourrait s’avérer efface avec plus de 5 milliards d’euros mobilisés sur 5 ans. Son objectif est de redynamiser les centres-villes de 222 communes petites et moyennes. Ainsi, un entrepreneur qui décide de reprendre un commerce en centre-ville bénéficiera du soutien à la fois financier et légal de la communauté territoriale. C’est donc un pari risqué mais qui peut se révéler gagnant.

Restons optimistes : les centres-villes conservent tout de même une place prépondérante pour le commerce de détails d’équipement de la personne (habillement, chaussure, bijouterie, maroquinerie, parfumerie) et les agences de voyage.

Victoire Neyraud


Autres actualités