Derrière une apparente stabilité, le commerce spécialisé des fruits et légumes accélère sa mutation pour s'adapter aux nouvelles exigences du marché. En 2024, les achats de fruits et légumes frais en France ont reculé pour la quatrième année consécutive (-2 %) pour atteindre un volume de 21 milliards d’euros. Si l'inflation et la hausse du prix moyen d'achat (+0,8 %) permettent aux dépenses globales de résister, ce resserrement de la demande redistribue profondément les cartes entre les différents acteurs de la distribution. Pour les 13 000 détaillants spécialisés en fruits et légumes (primeurs en magasin, sur marché, vente directe et réseaux bio) qui captent près de 21,5 % des achats des ménages en valeur, tout l’enjeu est de pérenniser leur activité en élargissant leur clientèle, aujourd'hui fortement dominée par les sexagénaires et les septuagénaires. Un défi de taille à l’heure où l’environnement concurrentiel s'intensifie!
Un paysage concurrentiel à trois vitesses
Selon la dernière étude publiée par l’Observatoire du commerce de détail spécialisé en fruits et légumes frais, les différents modèles d'exploitation œuvrant dans le secteur enregistrent des performances économiques très disparates. Les grandes surfaces en produits frais affichent une santé insolente avec un chiffre d'affaires moyen de 12,4 millions d'euros, en progression de +6,6 % sur un an. Ces structures, d’une superficie moyenne de 800 mètres carrés, écrasent la concurrence par la profondeur de leur assortiment en proposant 215 références, notamment sur le segment des fruits exotiques et des légumes, tout en affichant le taux de marge commerciale le plus élevé à 35,9%.
À l'opposé, les primeurs sur marché font preuve d'une agilité remarquable. Bien que leur assortiment soit plus restreint avec 62 références et que leur taux de marge commerciale soit le plus faible à 27,3%, leur chiffre d'affaires moyen progresse de +4,7 % grâce à une gestion rigoureuse des charges et des frais de personnel. Entre ces deux extrêmes, les primeurs en magasin traditionnel se retrouvent sous pression. Avec un chiffre d'affaires moyen compris entre 1,47 et 1,8 million d'euros, ce canal de distribution enregistre un repli de son activité (-1,5 %), la résultante de prix moyens généralement plus élevés et d’un assortiment plus réduit. De surcroît, sur le long terme, les frais de personnel de ces primeurs ont tendance à progresser plus vite que leur chiffre d'affaires.
Les leviers stratégiques pour booster l’activité des primeurs
Dans ce contexte, la capacité d’un primeur à activer plusieurs leviers stratégiques se révèle déterminante pour pérenniser et valoriser l’activité de ces commerces de proximité. Le premier impératif consiste à rajeunir le cœur de la clientèle actuelle. Les moins de 35 ans et les quadragénaires sont actuellement de très faibles acheteurs de produits frais avec un niveau annuel par ménage largement inférieur à la moyenne nationale. Dans une logique de conquête, les primeurs diversifient leurs offres en ciblant notamment les familles avec bébé qui montrent un intérêt croissant pour les fruits et légumes frais.
L'origine et la saisonnalité des denrées s’imposent comme des critères décisifs qui guident l’acte d’achat. Face à l'approvisionnement mondialisé et diversifié des grandes surfaces en produits frais, le primeur indépendant doit accentuer sa différenciation en valorisant des circuits courts avec une traçabilité irréprochable. Enfin, le prix moyen plus élevé constaté en magasin spécialisé ne peut se justifier que par un niveau de service irréprochable. Les conseils de préparation, la fraîcheur absolue et la théâtralisation de l'offre en boutique sont autant de promesses à mettre en œuvre pour séduire et fidéliser une clientèle en quête d'aliments sains, gustatifs et uniques.
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