SAGA
TERRE PRECIEUSE
POUR TABLES DE RÊVE
Revue PIC-INTER - n°315 - Mars - Avril 2009
Chaque jour Haviland fait appel à la sensibilité et à l’émotion
de ses adeptes en réussissant un tour de force : vendre des
arts de la table haut de gamme à travers le monde en
échappant à la standardisation. Une vaisselle de luxe pour
une histoire de rêves.
Myriam Amouyal-Pariente
est une créatrice, une
découvreuse de talent, une
agitatrice. Depuis 2004,
cette jeune quinqua brasse des affaires,
mélange savamment le luxe et l’esthétique
et se bat pour une fabrication
100% française. Elle refuse de
succomber à la standardisation. Elle fait
sortir les arts de la table des cuisines
pour les mettre en spectacle dans des
lieux prestigieux. On l’aura compris,
cette femme n’aime pas la facilité et la
crise lui donne le goût de la combativité.
Mais quel chemin a-t-elle parcouru
après avoir fréquenté les couloirs du
Sénat en tant qu’assistante parlementaire
? «Je travaillais chez le parfumeur
de luxe Caron, lorsque mon père, Prosper
Amouyal, m’appelle pour me proposer
une fabuleuse aventure : le rachat puis la
gestion de la société Haviland, en dépôt
de bilan à l’époque». Cette mère de 4
enfants n’hésite pas une seconde. Elle
fait le voyage à Limoges, berceau de la
marque Haviland. «J’ai eu un véritable
coup de foudre pour le nom, l’entreprise
et son histoire», dit-t-elle. Son objectif
revendiqué : conserver l'image de la
maison mais redéfinir les codes de la
marque en faisant un lien insolent
entre passé, présent et futur.
AU FIRMAMENT
DE LA PORCELAINE
L'art de la table reste le coeur de
métier mais, avec son père, elle ouvre
Haviland à d'autres horizons : l’orfèvrerie,
en rachetant la prestigieuse société
Felix en 2005 et la cristallerie avec le
rachat de la Cristallerie Royale de Champagne de Bayel en 2006.
Cette femme dynamique qui a su
repositionner la marque sur la scène
parisienne et internationale, a envie de
parler de la belle histoire des Haviland.
«Je tiens à préciser plusieurs points
concernant notre manufacture pour vous
parler de la porcelaine de Limoges»,
raconte Myriam Amouyal-Pariente.
Haviland a été fondé en 1842 par
David Haviland, un américain qui
exerçait du négoce de porcelaine à
New York. Par hasard, il eut en main
une tasse de porcelaine dite «dure»
provenant du vieux continent. Le petit
porcelainier américain va alors donner
naissance à une grande aventure
industrielle. En effet, surpris par la
blancheur, la finesse, la transparence et
la légèreté du matériau, il décide de
quitter son pays pour aller s’installer à
Limoges dans un modeste atelier du
centre-ville afin de réaliser un rêve :
fabriquer selon les règles propres à
Limoges. Car précision importante, les
mines de kaolin, situées à quelques
kilomètres de la capitale limousine,
facilitent les choses avec cette matière
première exceptionnelle. «Très vite le
fils de David Haviland, Charles-Edward,
prend la direction de la fabrique et développe
de façon industrielle la porcelaine,
faisant de Limoges la capitale mondiale des Arts du feu», explique Myriam
Amouyal-Pariente.De nombreux artistes
vont travailler pour la célèbre maison :
Dufy, Kandinsky, Cocteau, Dali,
Suzanne Lalique, fille du célèbre
René Lalique et épouse de Paul
Haviland… Les plus grands ne résistent
pas à la porcelaine d’exception :
Lincoln, Roosevelt, l’impératrice
Eugénie, l’empereur du Japon,
Raymond Poincaré, Vincent Auriol
et plus récemment Jacques Chirac…
tous plébiscitent Haviland.
«Aujourd’hui notre manufacture fabrique,
crée, élabore et décore tout sur son site.
Toutes les finitions et les travaux artistiques
de décoration sont réalisés à la
main, de façon artisanale par nos ouvriers
hautement qualifiés. Nous sommes sans
doute la seule grande marque à ne
pas avoir délocalisé une partie de sa
production». Chez Haviland on se
démarque résolument du Bone china
grâce une température de cuisson de
1 400° pour la porcelaine de Limoges
contre 1 100° pour le Bone china, une
différence qui est à la base de la finesse,
du tendu de l’émail, de la délicatesse
des couleurs et des jeux de transparence
du produit made in Limoges.
«Nous réalisons des techniques en petit
feu et en grand feu ce qui nous permet de
réaliser des décors hors du commun»,
souligne la Présidente d’Haviland.
LE TALENT
EST UN DON
Myriam Amouyal-Pariente révolutionne
le look d’Haviland et y ajoute une foule
de nouveautés. «Avec l’aide de gens
extraordinaires comme Philippe Frontier,
notre directeur de la création», précise-telle.
«Il est né à Limoges au milieu des
fours à porcelaine. Il m’a tout raconté.
C’est lui qui m’a transmis l’amour de ce
produit exceptionnel». En prenant soin
de rééditer d’anciens modèles, elle
continue à maintenir une production
aux techniques traditionnelles : gravure
à l’acide, émaillage, cuisson, repiquage,
poudrage or, brunissage. Fidèle à une
tradition de collaboration avec des
artistes et des sculpteurs, Myriam
développe régulièrement de nouveaux
produits : plus de 40 décors différents
ont été créés avec des artistes du
monde entier tel que le peintre animalier
Alain Thomas. Elle insuffle à la maison
un style très glamour avec des collections
aux noms évocateurs : «Mademoiselle
s'amuse», «Le Paris de Madame»,
«Madame reçoit» ou «Le Noël de
Mademoiselle», mettant en scène des
héroïnes aux jambes interminables et
à la taille de guêpe, vêtues de robes
délicates, conçues par la styliste
Véronique Lataste.Autre styliste de
renom,la Princesse Tania de Bourbon
Parme qui a réalisé le service Onze
de Coeur, petite merveille déclinée en
quatre couleurs avec incrustations d’or
24 carats ou de platine. «Seul un savoirfaire
porté à l’excellence permet de réaliser
l’incrustation. L’or à 24 carats, déposé par
deux fois, est bruni à la pierre d’agate et
à la sanguine, donnant ainsi à ce précieux
métal toute sa magnificence». Prix d’un
service «Eventails» pour 12 personnes :
5 088 € ; et pour une tasse à café et sa
soucoupe : 260 €. Certains services
décorés à la feuille de platine ou une
«ménagère en or massif» sont réalisés
sur commande. On s’en serait douté !
Haviland parie également sur ses produits
phares avec les services réalisés pour
le Ritz. «Pour leur nouvelle vaisselle, nous
sommes partis de leur propre décor afin
de réaliser des pièces uniques aux couleurs
blanches, bleu de four, bronze et or».
L’«Impérator» avec incrustations d’or
fin est ainsi la nouvelle star du palace
de la place Vendôme. Bien plus qu'une
image, c'est un imaginaire que Myriam
Amouyal-Pariente parvient à créer. Les
résultats sont spectaculaires et le
chiffre d'affaires du porcelainier a
été multiplié par deux depuis cette
reprise en main dynamique, chiffre
d’affaires dopé par une diffusion à travers
des magasins multimarques triés sur le
volet, un corner chez Harrods à
Londres, un autre au Printemps à
Paris. Haviland a achevé sa renaissance
avec l’ouverture d'un vaisseau amiral au 6,
rue Royale.Audacieuse, Myriam Amouyal-
Pariente y interpelle sa clientèle en
gardant un savoir-faire ancestral tout
en osant la rupture. Elle fait D’Haviland
une enseigne de luxe très contemporaine
et continue d'écrire l'histoire de cette
marque mythique.
Mais la famille Amouyal ne s’arrête pas là.
En prise directe avec son environnement,
elle a élargi son pôle de luxe malgré
une conjoncture économique morose.
La Financière Saint-Germain,
holding de Prosper Amouyal et de sa
fille, a pris 49,2 % du capital de la
très réputée cristallerie Lalique.
L’homme d’affaires vient également de
consacrer près de 3 millions d'euros à
l'aménagement d'un circuit de visite
touristique dans son usine située au
nord de Limoges. Grâce à une galerie
de circulation, les visiteurs pourront
ainsi assister aux différentes étapes
de fabrication de cette porcelaine
d’exception. Qui a dit que le luxe
français fonctionnait en vase clos ?
Sommaire numéro n°315
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Vente de commerce dans le secteur des arts de la table