ETATS GENERAUX DU COMMERCE
HERVE NOVELLI,
ETATS GENERAUX
DU COMMERCE
«JE POSERAI LES BORNES DE L’AN 1
DU NOUVEAU COMMERCE»
Revue PIC-INTER - n°315 - Mars - Avril 2009
Le commerce vit des temps difficiles,
mais il a des atouts et un avenir, à
condition de s’adapter. C’était la ferme
conviction de tous les intervenants
qui ont animé la journée des Etats
généraux du commerce, le 22 janvier
2009.
Placé sous le haut patronage du
Président de la République, les
Etats généraux du commerce
ont eu lieu le 22 janvier 2009
dans les locaux de BNP Paribas.
L’événement a réuni près de 300
personnes. Les débats ont porté sur le
rôle moteur du commerce dans l’économie
française, l’image du commerce
auprès des Français et ses mutations
depuis le début du 19ème siècle. Parmi
les intervenants, Jacques Marseille,
historien et économiste, Philippe
Moati, Directeur de recherches au
CREDOC, Hervé Mazurel, Délégué
interministériel à la Ville et Philippe
Laurent, Vice-Président de l’AMF
(Association des Maires de France).
Hervé Novelli, Secrétaire d’Etat
chargé du Commerce, de l’Artisanat,
des Petites et Moyennes Entreprises,
du Tourisme et des Services, a spécialement
choisi cet événement pour
annoncer, en clôture de journée, la
création d’un Observatoire des
Métiers du Commerce.
D’après une étude inédite sur le
commerce en France présentée
pour l’occasion, on constate que le commerce, tous secteurs confondus,
compte 650 000 entreprises et
emploie 3,6 millions de personnes. Il
correspond à 39% de la consommation
des ménages avec un chiffre d’affaires
de 1 278 Mds €. Il représente 26% du
nombre des entreprises, 19% du
nombre des salariés et 19% de la
valeur ajoutée des entreprises du
secteur marchand. On note également
que l’emploi dans l’ensemble du
secteur du commerce croît un peu
plus vite que dans l’ensemble des
entreprises marchandes : 7% depuis
2000 contre 6%. L’emploi étant tiré par
le commerce de détail avec 1,7 millions
de salariés, pour la plupart en contact
direct avec le client en magasin.
INTERNET
COMPLÉMENTAIRE
L’e-commerce va continuer sa progression
mais de façon différente.
Aujourd’hui, nouvelle tendance : les
«pure players» (se dit d’une entreprise
dont l’activité est réalisée uniquement
sur Internet) mettent en avant une
complémentarité des canaux, plutôt
qu’une substitution. Ils entendent
d’ailleurs développer des
boutiques physiques.
Selon une étude réalisée à
cette occasion, on note que
les moins de 35 ans considèrent
dans leur grande
majorité Internet comme
l’évolution majeure du secteur.
Ils plébiscitent les
nouvelles formes de commerce
apparues sur la Toile
telles que les ventes entre
particuliers, les enchères,
les comparateurs de prix,
etc...Pourtant,seulement 25%
des Français considèrent
que la possibilité de pouvoir
acheter de chez soi,
notamment grâce au Web,
est une innovation marquante.
Autre phénomène
et non des moindres : le
développement durable.
Les efforts du commerce
dans ce domaine sont
reconnus. Les initiatives, telles que la gestion des invendus pour
éviter le gaspillage sont plébiscitées
par 93% des français. 91% approuvent
les efforts faits en terme de ferroutage.
La mise à disposition de sacs de caisse
réutilisables est jugée importante par
89% de nos concitoyens. Pour plusieurs
intervenants, aucune ambiguïté,
le développement durable devient une
nécessité et le commerce a un rôle
important à jouer avec des produits
innovants.
UN RÔLE SOCIAL
Lors de cette journée l’accent a été
mis sur le commerce de proximité,
occasionnant de nombreux débats.
Un constat : la grande distribution
progresse, les grandes et moyennes
surfaces continuant de grignoter des
mètres carrés. 43% des Français ont le
sentiment qu’autour d’eux, il y a
moins de commerces de proximité. Et
ce sentiment est très fort en zone
rurale. 51% des ruraux estiment qu’il y
a moins de commerces de proximité
qu’il y a 5 ans, contre seulement 39%
des parisiens. À cela, il faut ajouter le
phénomène du hard discount qui
détient aujourd’hui un huitième de
parts de marché.Tous les intervenants
ont fait remarquer que le commerce
de proximité avait un rôle important à
jouer d’autant qu’au-delà de sa seule
activité marchande, il assure bien
d’autres fonctions : dans une société
en perte de repères, il apporte du
lien social. Et, outre son rôle social,
il participe aussi à l’aménagement du
territoire et à la qualité du cadre de
vie, préservant même l’environnement
puisqu’il permet de limiter l’usage
de la voiture. Et pour tous ceux qui
craignent la diminution des magasins
de proximité pour cause de dématérialisation
du commerce, l’historien
Jacques Marseille a remis les pendules
à l’heure : «On sait qu’en 2030 les plus
de 65 ans représenteront 30% de la
population. Alors dans une société de plus
en plus vieillissante, il y aura de plus en
plus besoin de services de proximité».
Lors de son intervention clôturant la
journée, Hervé Novelli a été très clair :
«Depuis la loi Royer, on a vu et analysé la
question du commerce comme un affrontement
entre grandes surfaces et petit
commerce, mais on a une mauvaise
perception de la réalité commerciale,
l'Insee ne donne des chiffres que de
manière très périodique»,
a expliqué le secrétaire
d'Etat. «Dans tous les pays
où on a libéralisé les grandes
surfaces, il n'y a pas eu disparition
du petit commerce, il
ne sert à rien d'opposer une
forme à l'autre». Pour
Hervé Novelli, l'heure n'est
plus à l’affrontement stérile.
«Il y a aujourd'hui des mouvements
structurels qui militent
en faveur du commerce de
proximité. Le vieillissement
de la population qui va
avoir des conséquences sur la
fréquentation des différents
types de commerce, l'élévation
à long terme du prix de
l'énergie qui constitue un frein
aux déplacements éloignés».
Et de conclure : «je poserai les
bornes de l’an 1 du nouveau
commerce».