CONSEIL
QUELLE STRATEGIE
EN PERIODE DE CRISE ?
Revue PIC-INTER - n°315 - Mars - Avril 2009
Dans un monde économique en
crise , les entreprises françaises
deviennent plus fragiles. Depuis
quelques mois l’entreprise est revenue
au coeur des préoccupations
économiques et sociales.Rencontre
avec Jean-Charles Simon, avocat
d’affaires, qui détaille son point de
vue sur la crise et son impact sur les
TPE/PME.
Créé en 1992, le Cabinet
Simon Associés est
un cabinet d’avocats
d’affaires comprenant
une vingtaine d'avocats et
juristes. Ses domaines d’intervention
sont multiples : franchise
et réseaux, entreprises en
difficulté, droit fiscal, social
et ressources humaines,
immobilier…
PIC : Que pouvez-vous nous dire
sur la crise et les turbulences
qu’elle entraîne ?
Jean-Charles SIMON : Les faillites
d'entreprises en France ont progressé
de 10,3% en 2008 par rapport à l'année
précédente, avec une accélération au
second semestre. Sur l'ensemble de 2008,
on a recensé plus de 54 000 jugements
de défaillances et l'ouverture de 694 procédures
de sauvegarde. Les entreprises
les plus jeunes sont les plus touchées
puisque 57 % des faillites concernent
une entreprise de zéro à cinq ans.
Mais, les entreprises plus âgées et donc
plus structurées n'échappent pas
aux difficultés économiques. En 2009
les défaillances, en hausse de 20%,
devraient dépasser les 60 000.
PIC : De quelle façon le chef d’entreprise
peut-il vérifier la santé de son
entreprise ?
Jean-Charles SIMON : Il est important d’intervenir très en
amont. Le chef d’entreprise doit savoir
anticiper en identifiant les indices et en
organisant des stratégies. Le chef d’entreprise
de TPE ou de PME a tout intérêt
à intégrer une gestion du risque en
interne. Bien souvent les dirigeants de
petites structures ne savent pas que
des solutions existent.Or, Il existe une
soixantaine d’indicateurs forts parmi
lesquels, la baisse de trésorerie, celle
du chiffre d’affaires, des allongements
de délai de paiement, un passif plus ou
moins stable. Il s’agit tout simplement
de les surveiller et en particulier le
carnet de commandes, le découvert, la
part représentée par le plus gros client,
etc... Des éléments simples mais qui,
examinés dans le détail, permettent de
révéler rapidement si l’entreprise court
un risque. Malheureusement en France
on n’a pas ou peu la culture du risque.
Lorsqu’elles sont prises dans le tourbillon
de la crise, certaines entreprises
peuvent s’effondrer en quelques jours.
PIC : Quels conseils donnez-vous à un
chef d’entreprise qui connaît des
difficultés ?
Jean-Charles SIMON : Le chef d’entreprise, qui a souvent la
tête dans le guidon, doit prendre du
recul. Ce qui est très rare dans les petites
entreprises, contrairement à des
entreprises plus grandes où le dirigeant
est entouré de managers et de
responsables de différents services. Il
doit non seulement instaurer un
dialogue avec son expert-comptable
qui a un devoir d’alerte mais mettre
en place une cellule qui peut, dans une
PME, être constituée de salariés issus
des différents services. Il doit s’entourer
de conseils externes habitués aux
techniques spécifiques mises en place
en période de crise et qui l’aideront à
se poser les bonnes questions. Quand
de vrais problèmes apparaissent, le
rôle de l’avocat est important car il a
une vision spécifique des actions à
mener en priorité. Mais si la détection
des difficultés est tardive, le chef d’entreprise
peut recourir à l’une des procédures
visées par la loi de sauvegarde
du 26 juillet 2005.
PIC : Quelles sont les innovations de la
loi de sauvegarde ?
Jean-Charles SIMON : Parmi les innovations figurent la possibilité
de cession partielle d’actifs
qui n’était permise qu’en cas de
redressement judiciaire. Autre mesure
importante, l’amélioration de la situation
du dirigeant qui restera à la tête de son
entreprise et de son patrimoine et la
restriction de la responsabilité
de l’administrateur judiciaire qui
contrôle et assiste mais n’a plus la
représentation. Il faut que la place de
l’entrepreneur reste importante, car
même s’il est mal préparé aux difficultés,
il est celui qui connaît le mieux son entreprise. Ceci dit, je
pense que la procédure de sauvegarde
a ses limites car elle fait
beaucoup trop de mauvaise publicité
autour des difficultés de l’entreprise,
ne serait-ce que parce qu’elle est
inscrite sur l’extrait Kbis.
PIC : Comment voyez-vous l’avenir ?
Jean-Charles SIMON : Les fonds de retournement, qui
sont des structures spécialisées
dans les prises de participation
dans les entreprises connaissant
des situations complexes, en difficultés
financières par exemple, changent
d’attitude. Ils disposent de capitaux
importants mais restent frileux,
certains attendant que les entreprises
soient en liquidation judiciaire pour se
positionner.Trois fonds disposant d’un
milliard d’euro ne bougent pas. Quand
aux aides de l’état, on ne les voit pas
encore beaucoup sur le terrain. De
plus, face à la multiplicité des acteurs et
des schémas proposés, l’entrepreneur
a du mal à s’y retrouver. Il serait
préférable de créer une plate-forme
globale. Il y a une véritable mobilisation
des acteurs sur le terrain mais pour le
moment le médiateur du crédit est
efficace surtout quand on avance son
nom devant un banquier récalcitrant.
On le voit, il y a une réelle mobilisation
générale mais on aurait pu commencer
plus tôt.A mon avis, on verra plus clair
en 2010.
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