CONSEIL
CREDITS
COMMENT GÉRER LA CRISE ?
Revue PIC-INTER - n°314 - Janvier - Févriere 2009
En pleine tourmente financière et
boursière, trouver un financement
pour les commerçants relève du parcours
du combattant. Mais, contrairement
aux dernières rumeurs, il y a des
solutions et les banques ne claquent
pas systématiquement la porte
aux demandeurs de prêts. Des
solutions existent.
Les petites entreprises sont les
premières à devoir faire face à
d'importantes difficultés de
trésorerie alors que depuis
plusieurs mois les banques durcissent
leurs conditions d’obtention de prêts.
Certaines agences bancaires ferment
même les vannes par crainte de voir le
nombre d'impayés augmenter,car souvent -
et encore plus aujourd’hui - elles
associent le crédit au danger. Autres
données récurrentes en période de
crise : les banques d’affaires continuent
à entretenir des liens privilégiés avec le
monde de la grande entreprise alors
que les banques de dépôt délaissent les
TPE pour qui le durcissement du crédit
est pourtant bien plus marqué.
Résultats : des commerçants ne peuvent
plus honorer leurs factures dans les
temps. Les ennuis en cascade se profilent
à l'horizon. Rien d’étonnant donc à
ce que beaucoup de patrons de TPE
soient inquiets.
Pourtant, Nicolas Sarkozy a invité le
médiateur du crédit, René Ricol, à
«aller à la télévision et devant les médias
pour dénoncer les exemples de restriction
inacceptables de crédit dans chaque
département et de la part de chaque établissement.
On comparera alors qui fait son
travail et qui ne le fait pas», a-t-il ajouté.
LES BANQUES
PLUS FRILEUSES
Toutefois, a tenu à prévenir le Président,
«Nous ne pourrons pas éviter qu'il y ait des
licenciements liés aux difficultés économiques
consécutives à la crise financière. A l'égard
des grandes entreprises, votre rôle est
néanmoins d'en limiter le nombre au
maximum…» Or, les décisions des
établissements financiers de restreindre
les crédits ont de plus en plus pour
conséquences de ralentir, voire d’immobiliser
le développement de bon
nombre d'entreprises et de commerces.
Mais les pratiques bancaires devraient faire
l'objet d'un contrôle, sur le terrain, par les
préfets et les directions départementales
de la Banque de France. Fait exceptionnel
depuis la fin de l'encadrement du crédit
en 1987, les banques vont produire des
relevés mensuels de leur encours de
crédits. A suivre dans les mois à venir.
«Les banques sont plus frileuses sur les
prêts immobiliers et on s’aperçoit qu’il y a
beaucoup de dossiers refusés, mais pas plus
que d’habitude. Contrairement à ce qu’on dit
il y a une vraie volonté d’aider les professionnels
», affirme Raoul Grandhomme,PDG
d’Access Crédits Pro, réseau national
de courtage en prêts professionnels.
«Sur les créations et rachats il n’y a pas
trop de problèmes car il y a de l’argent et
il existe une véritable volonté de prêter.
Mais les banques ne prêtent pas n’importe
quoi à n’importe qui. On n’est plus dans
l’euphorie alors elles sont plus prudentes».
Un constat qui est loin d’être partagé
lorsqu’il s’agit des crédits de trésorerie.
«En effet, là il faut montrer pattes blanches
car c’est souvent un commerçant en difficulté
qui demande un crédit de trésorerie. Mais
on a vu des commerçants demander
40 000 euros et une fois la somme obtenue
ils ont acquis une nouvelle voiture. J’ai
l’exemple récent d’un patron de TPE qui a
acheté un 4/4. Par contre si l’entreprise
est saine et sérieuse, les banques prêtent
et c’est rassurant».
Bonne nouvelle en effet si les banques
gardent la capacité et la volonté d’accompagner
les petites entreprises.«La preuve,
certaines banques qui n’étaient pas sur le
marché professionnel, s’y mettent et d’autres
encore créent des cellules spécialisées
dans le crédit aux professionnels», souligne
Raoul Grandhomme. Même écho au
Crédit Lyonnais d’Auray dans le Morbihan :
«Nous consentons des crédits aux petites
entreprises car notre intérêt n’est pas de voir
l’économie locale se détériorer», précise le
Directeur de l’agence régionale. Des
propos entérinés par Olivier Robert,
responsable des offres de financement
entreprises au sein du département
marché des entreprises et des institutionnels
à la Banque Populaire :«Les critères
restent les mêmes. Il n’y a pas de durcissement
particulier. Le mauvais dossier reste
mauvais et il passe plus difficilement,
comme auparavant. Le bon dossier reste le
bon dossier.D’ailleurs nos encours évoluent
favorablement puisqu’il n’y a pas de notre
part de restriction de principe ni de frilosité
exacerbée».
DES DOSSIERS
BIEN FICELÉS
«Les crédits sont accordés de manière
plus sélective qu’avant la crise», disent
pourtant de nombreux commerçants.
Aujourd’hui il faut non seulement
beaucoup plus d’arguments pour
convaincre son banquier mais les
garanties exigées augmentent alors que
les montants accordés ainsi que leur
durée sont souvent revus à la baisse.
Exemples : afin d’obtenir un prêt, le
dirigeant d’une PME du Val-de-Marne a
été obligé de contracter à titre personnel
une assurance-vie en désignant sa banque
comme bénéficiaire en cas de décès.
Un commerçant de Seine Saint-Denis a
été contraint, pour débloquer un crédit,
de renoncer à la garantie qui permet
aux entrepreneurs de déclarer leur
résidence principale insaisissable.
Force est de constater : les banquiers
ont durci leurs exigences.
«Les bons dossiers sont toujours acceptés»,
disent pourtant les banquiers. Encore
faut-il qu’ils soient bien ficelés ! «Nous
sommes une passerelle reliant les TPE aux
banques. Pour aider un commerçant à
vendre son dossier, notre approche est
simple : nous le faisons parler. Il faut certes
jouer la transparence mais il y a des bêtises
qu’il ne faut surtout pas dire à une
banque. Nous l’aidons à rechercher ses
points forts et ses points faibles»,
explique Raoul Grandhomme. «Très
souvent il faut remanier le dossier en
forme bancaire car le commerçant suit
souvent les conseils d’un expert comptable
alors que ce n’est pas forcément ce qu’attend
la banque». Pour convaincre une banque
de prêter, il est indispensable de lui fournir
un maximum de preuves de solvabilité,
et plus le banquier reçoit d’informations
sur le projet et ses perspectives, plus le
commerçant aura de chance d’être
financé. Or, souvent des dossiers qui
tiennent la route commercialement
présente un mauvais montage financier.
Et en période de crise, ça ne passe pas.
«Nous sommes en contact avec des cellules
spécialisées mises en place dans les banques,
ce qui nous permet de bien connaître
leurs exigences, surtout en ce moment.On
leur demande de se positionner sur le dossier
et de nous envoyer leurs propositions.
Certaines répondent en 3 ou 4 jours ;
d’autres voulant rencontrer le commerçant,
donne une réponse définitive en une dizaine
de jours».
La plupart des crédits aux entreprises
sont indexés sur l’Euribor 3 mois (taux
à trois mois du marché interbancaire de
la zone euro) qui est passé de 4,5% à
5,3%. Or, pour compenser la hausse de
leur coût de refinancement et augmenter
leurs marges on a vu certaines banques
facturer leurs crédits d’après le TBB (taux
de base bancaire) à 7,40%.Alors pour ne
pas payer à un prix prohibitif un crédit
qui est censé donner un peu d’air à un
commerçant à bout de souffle, il est
important de faire jouer la concurrence.
A savoir : la marge que prend une
banque étant dépendante du niveau du
risque, d’excellentes
garanties peuvent
peser à la baisse
sur le coût du
crédit.
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