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SAGA
LE FIL DE L’HISTOIRE
D’UNE BERGÈRE DE FRANCE
Revue PIC-INTER - n°313 - Novembre - Décembre 2008
Bergère de France née en 1946 à Bar-le-duc, est l'interprète de l' "inventive attitude". Dans ses 12 magasins on prône l'art du tricot. En 2007, la société a produit 50% du fil à tricoter français. Gros plan sur une belle résussite.
Il aura fallu trois générations pour
que les jeux de maille passent de
kitsch à tendance et que tricoter la
laine devienne rentable. Les troupes
tricoteuses ont donc fait la notoriété
de Bergère de France née à la fin
de la dernière guerre mondiale.A
cette époque, Robert Petit croit dur
comme fer que le fil à tricoter est une
matière d'avenir pour habiller les français
qui manquent de tout. Les petits
moyens et la faible main d'oeuvre
n'entament pas le dynamisme de
l'homme qui réussit à se lancer dans
une belle aventure. Il décide de poser
ses malles à Bar-le-Duc, la patrie du
Duc de Guise, où il ouvre une mercerie
spécialisée dans le fil à tricoter qu’il fait
venir des filatures du Nord.
Notre homme livre sa marchandise à
vélo, dans toute la capitale des Ducs de
Bar et dans les villages alentours.
Rapidement, la petite boutique construit
sa notoriété auprès d’une clientèle
toujours plus nombreuse. Et pour
répondre à la demande, Robert Petit
achète une mobylette, puis une voiture,
et enfin une camionnette.Mais ce n’est
pas satisfaisant pour celui qui a envie
de développer une affaire qui tourne.
Le petit boutiquier barisien repère
alors le potentiel de la vente par
correspondance. On est en 1952. Il
réalise son premier catalogue, crée une
unité de distribution et mécanise ses
fiches de commande avec les cartes
perforées. Soigneusement assemblées
par un élastique, elles forment des
piles toujours plus impressionnantes.
L’engouement pour les pelotes de laine
fait tache d’huile. La petite mercerie
grossit. Elle prend le nom de Bergère
de Lorraine et devient un must pour
les habitants de la préfecture de la
Meuse et de ses environs.
1961, changement de stratégie. Si les
manufactures disparaissent peu à peu
dans le Nord et en Lorraine, Robert
Petit s’impose dans tout l’Hexagone
avec son entreprise rebaptisée Bergère
de France. Il a alors la géniale idée de
construire sa filature pour produire luimême
le fil à tricoter qu’il distribue en
VPC. «C’est à cette époque que l’entreprise
s’est développée afin de fournir en fil à
tricoter toutes les petites villes et les campagnes
françaises», précise Geoffroy
Petit, petit-fils du fondateur.Mais c’est
sans compter sur 1968 et son contingent
de féministes qui relèguent les aiguilles à
tricoter au rayon des objets aliénants.
S’ensuit un désamour pour le faire
soi-même avec une traversée du
désert qui sera fatale aux filatures des
3 Suisses et de Pingouin. Deux
sociétés se maintiennent : Phildar et
Bergère de France qui se partagent
le marché français du fil à tricoter.Mais
contrairement à la première marque
qui n'est plus qu'un distributeur, la
seconde reste la seule filature intégrée
- fabricant et distributeur - au monde.
Geoffroy Petit estime que c’est une
chance pour l’entreprise : «Posséder
notre filature nous permet de nous
différencier face à ceux qui font fabriquer
dans les pays émergents. Nous sommes
d’ailleurs seuls à proposer certains fils sur
le marché».
De plus, notre «Bergère» tient le coup
grâce à une judicieuse diversification :
«Avec notre bureau de style intégré, nous
créons nos propres collections de prêt-àporter
avec les pulls en vedette». Le tout
fabriqué sur le site de 60 000 m2.
Basé à Bar-le-Duc, il regroupe la
création, la filature et l’atelier de
tricotage-montage, la préparation et
l’expédition des colis, la fabrication des
catalogues et le routage, les services
administratifs et commerciaux. Un
partenariat a été signé avec la société
Kiala dont les points relais sont
présents un peu partout en France.
«Nous investissons chaque année 1 million
d’euros dans notre outil de production
avec de nouveaux process et de nouvelles
machines», souligne Geoffroy Petit,
arrivé en 2004 et qui occupe
actuellement le poste de Directeur du
développement. Quant au fondateur, il
a pris sa retraite, laissant la place à son
fils Jean-Louis Petit, l’actuel PDG
et père de Geoffroy. «Mais jusqu’à sa
mort en 1999, mon grand-père est venu
dans l’entreprise», précise le représentant
de la troisième génération.
DISTRIBUTION
INTÉGRÉE
Pour palier les problèmes de grèves
postales rencontrées par la VPC,
Bergère de France joue la carte de la
distribution intégrée depuis 1974,
avec l’ouverture d’une dizaine de magasins
dans l’Hexagone et une distribution au
travers d’un réseau de multimarques
comptant quelques 800 merceries. Les
boutiques privilégient l’offre de prêt-àporter
mais le fil à tricoter se taille la part
du lion. Les collections s’enrichissent
chaque année d’une centaine de modèles
pour femmes, hommes et enfants.
Certains modèles sont issus de la
technique de tricotage en forme «fullyfashionned
» utilisant les fils à tricotermain
pour retrouver la qualité et
l’aspect d’un tricotage traditionnel.
Cette politique d’ouvertures n’a nullement
envoyé aux oubliettes la VPC qui reste
l’activité phare de la maison avec un
catalogue agrémenté de petits bouts
de laine multicolores. Il est édité à 1
million d’exemplaires. «Notre catalogue
général qui ne comportait que deux ou
trois nouveautés une fois par an, en
contient actuellement au moins cinq. Nous
sortons de temps à autres des fils un peu
plus tendance, comme celui de Noël à
base de Lure». En 2007, un fil de coton
100 % organique, sans traitement
chimique ni teinture, est venu surfer
sur la vague du développement durable.
DÉVELOPPEMENT A
L’INTERNATIONAL
Côté marketing, Bergère de France
joue l’originalité avec la création d’une
association loi 1901 : l’Atelier de
Bergère. Pour faire naître la passion
du tricot chez les jeunes générations,
aux 4 coins de France, ainsi qu’en
Belgique (à Namur et Tournai), des
tricoteuses se retrouvent… pour
tricoter. On pense immédiatement à
l’«Ouvroir» de Raymond Queneau. Une
animatrice leur apprend à manier
les aiguilles, les aide à se perfectionner
ou tout simplement leur
fait passer de bons moments loin
du stress et des soucis. Coût de la
carte d’adhérent : 5 euros. «3 000
personnes sont déjà membres»,
précise Geoffroy Petit. La société
a également créé l’événement
avec les Knitta Please, un
gang de tricoteuses de
Houston. Mandatées par
Bergère de France, elles ont
habillé les arbres du quartier
Saint-Paul avec leurs créations.
Une façon humoristique et
branchée de se faire remarquer.
Le site internet contribue
également à la notoriété
de la marque. «Il représente
20% de la vente par correspondance
avec 4 000 visites
par jour».
L’objectif de la société barisienne
est de se renforcer sur le
marché français mais aussi de
se développer à l’international,
aux Etats-Unis et en
Grande-Bretagne, mais aussi
au Canada francophone.«Nous
avons racheté un distributeur canadien
qui partait en retraite. Cette tête
de pont devrait nous permettre une
percée en Amérique du Nord où nous
envisageons des ouvertures de boutiques
», analyse Geoffroy Petit. En
2008, la marque s’est implantée
en Espagne au travers d’un réseau de
multimarques et actuellement un agent
tourne sur l’Angleterre. Ce que l’on
connaît moins c’est le soutien actif qu’a
apporté Bergère de France à une
petite marque devenue grande : Lilith,
née en 1987 sous la «patte» de la
styliste nancéienne, Lily Barreth.
Sous la houlette de son gérant,
Jean-Louis Petit, la société s’est développée
rapidement en Europe, aux
Etats-Unis et au Japon. Elle possède ses
boutiques, détenues en propre ou en
partenariat, à Paris, Lyon, Strasbourg,
Nancy, New York, San Francisco,
Johannesburg et Anvers. La Bergère
insufflerait-elle de la créativité en
dehors du fil à tricoter ? C’est ce
qu’on lui souhaite !
Sommaire numéro n°313
Sommaire Dossier INDEPENDANTS
Vente de commerce de textile
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