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SAGA
ROUGIER & PLÉ - LA DYNASTIE DES LOISIRS CRÉATIFS
Revue PIC-INTER - n°311 - Juillet - Août 2008
D’une petite officine à un immense
espace de grande consommation . . . Cinq générations ont
construit un empire autour
d ’ articles de quincaillerie .
Et ce, du Second Empire à
nos jours. Grâce à Omer
DeSelles , le site parisien ,
berceau de la belle histoire
de Rougier & Plé, retrouve
aujourd'hui une seconde
vie.
On ne présente plus l’enseigne
Rougier & Plé. Depuis
plus d’un siècle, elle distribue
des milliers de produits
pour les beaux-arts. Mieux encore,
depuis plus de 30 ans elle est leader
dans la fourniture pour loisirs créatifs en tout genre. Plus surprenant :
il est possible d’y trouver l'outillage
et les fournitures de base pour de
nombreux métiers de l'artisanat : reliure,
dorure,sellerie,céramique,maroquinerie,
etc... Les professionnels, les artistes, les
scolaires, les étudiants, les collectivités,
les artistes occasionnels, les femmes,
les hommes, les jeunes et les moins jeunes… tous poussent chaque jour
les portes de l’immeuble du Boulevard
des Filles du Calvaire à Paris et des
nombreux magasins qui ont ouvert
leur porte à travers l’Hexagone. Pour
asseoir une telle notoriété, toute une
famille s’est succédée à la tête de
cette «forteresse» quasi-imprenable.
Quoi-que !
Thuillier, Aimi, Rougier, Plé,
Cappe, Buret… Cette liste non
exhaustive de noms donne un aperçu
de l'aura de la marque Rougier & Plé, pionnière dans le loisir créatif depuis
150 ans. Peut-on souhaiter plus belle
alchimie qu'au sein de cette entreprise,
où cinq générations se sont transmises
l'esprit pionnier du père fondateur
pour le conjuguer à toutes les modes ?
Fil conducteur de l'histoire de Rougier
& Plé : l'innovation. Tout commence
réellement avec François Thuillier.
Lorsqu’il naît en 1815,Napoléon 1er est
en exil à l’île d’Elbe. En 1833, la
Monarchie de Juillet succède à la
restauration, François arrive à Paris en pleine effervescence politique. Il
s’engage comme aide maréchal-ferrant,
rue Saint-Denis. En 1852 on le trouve
commis dans un magasin de crépins en
gros et d’articles pour cordonniers.
Puis à l’aube de la quarantaine, il décide
de créer sa petite entreprise et fonde,
rue Saint-Sauveur, une maison de fournitures
et d’outillage pour la chaussure.
En 1854 il diversifie son offre sous
l’impulsion de son épouse, Clarisse
Aimi et décide de vendre de la
quincaillerie. Il met ainsi en place les premiers éléments qui feront la
notoriété de la maison. En 1866
«Paris haché à coup de sabre, les
veines ouvertes», comme disait
Emile Zola, prend un nouveau
visage sous l’impulsion du Préfet
Haussmann. Les moyens mis en
oeuvre par le Baron pour faire de
la Capitale une «ville nouvelle»
vont chasser François Thuillier de la
rue du Ponceau.

Cela fait déjà dix ans que François
Thuillier est installé rue Chapon
lorsqu’il décide de passer les rênes de
son affaire à sa fille Jenny, devenue
Madame Abel Rougier. L’entreprise
marche bien. Abel Rougier imagine le
«pot à colle à gaz à veilleuse» qui
deviendra l’outil incontournable des
ateliers de maroquinerie, de reliure et
d’encadrement. Puis en 1896, Jules
Ferry défendant l’instruction pour
tous, on démolit la maison de la
famille Thuillier-Rougier pour construire
une école maternelle. Nouveau déménagement
vers la rue du Temple. En
1904, la troisième génération entre en
scène. Gabrielle Rougier, la fille
aînée, a épousé un quincaillier, Maurice Plé et, histoire de rester en
famille, Henri Rougier, le fils cadet, a
quant à lui épousé la soeur de
Maurice, Marthe Plé. Le frère et sa
femme viennent prêter main-forte à la
soeur et à son mari. Et tout ce petit
monde associe travail et talent ainsi
que leurs noms, pratique courante à
cette époque. Ils adoptent une nouvelle
raison sociale : la maison Rougier &
Plé voit le jour. Ils vendent de tout.
Henri lance l’idée des «travaux
manuels» et la maison sera la seule
à proposer toute une gamme de
fournitures pour ce qu’on appelle
aujourd’hui les «loisirs créatifs». Il
invente également le «kicoupp», petit
outil destiné à récupérer les lames de
rasoirs et à couper les articles de
maroquinerie et de reliure. Ses dérivés
iront jusqu’à représenter 20% du chiffre
d’affaires de la société. L’activité tourne
bien et ils sont très rapidement à
l’étroit. Ils rachètent l’immeuble voisin
et s’installent sur 800 m2 de surface de
vente. 1922 : les produits Rougier &
Plé sont vendus dans le catalogue de La Redoute : 5% du chiffre d’affaires.
Après des années prospères, les deux
couples prennent une retraite bien
méritée. La quatrième génération
reprend le flambeau. Les deux frères
Plé, Jacques et Robert choisissent
d’autres voies : le premier la pharmacie ;
le second, les ordres dominicains.
Marcel Rougier ainsi que sa soeur
Madeleine, mariée avec Marcel
Cappe, vont diriger la société et faire
croître le patrimoine familial. En effet,
l’activité se transforme. Mais le succès
de la maison est dû à la vision de
Marcel Cappe, reconnu comme l’un
des artisans de cette réussite. Il
comprend très vite les bénéfices que
l’entreprise peut tirer d’une gestion
moderne. Il décide d’abandonner la
«gestion d’avant-guerre» et de diversifier
les produits qui seront vendus dans
toute la France. C’est à cette époque
que les familles Rougier et Plé s’installent
Boulevard des Filles du Calvaire et
rue Commines et décident d’en finir
avec les activités de petit commerce. Le
métier de Rougier & Plé sera désormais
l’artisanat, la couvrure et les loisirs.
Et ce sera le début d’une ascension
que rien ne pourra arrêter. 1972 :
construction de 2 500 m2 à Palaiseau.
1978 : agrandissement sur 4 500 m2.
1986 : implantation de locaux à Champlan et rachat de la société
Profilsynthèse. 1990 : implantation
d’une usine à Sainte-Genevière des Bois
et dans le même temps ouvertures de
magasins à Bordeaux, Lyon, Lille,
Nantes et Aubagne.
ON CHANGE LA GESTION D’AVANT-GUERRE
Les années 1970 voient l’arrivée de la
cinquième génération avec les neuf
enfants de Marcel et Marie-Thérèse
Rougier. Denis s’occupe des ventes et
du marketing, François choisit les
finances et la gestion et tous les autres
prendront des responsabilités à des
degrés divers. Ce qui fera dire au
patriarche Marcel Rougier, le chef
incontesté du «clan» : «Lorsque je me
suis retiré, les enfants ont eu dès le départ
une entière indépendance. Nous avions
nous-même bénéficié de ce même
raisonnement. Nous leur avons laissé
entière liberté de manoeuvre et d’initiative». Créée en 1976, Graphigro est
l'enseigne incontournable des créateurs
professionnels et des étudiants en arts
appliqués, spécialisée dans la distribution
de matériel pour les beaux-arts et les
arts graphiques. Et c'est parce qu'elles
partagent les mêmes valeurs et les
mêmes objectifs que Rougier & Plé et
Graphigro se sont rapprochées en l'an
2000. Les deux marques ont donné
naissance à l'enseigne Créa en 2003.
En 2007 un groupe a fait son entrée
dans le giron de la société Artacréa
qui gère les enseignes Rougier & Plé
Graphigro et Créa.
UN CANADIEN QUI FAIT DU COUSINAGE
Ce groupe, c’est une vieille
famille qui officie depuis
plus de 100 ans chez nos
cousins canadiens : Omer
DeSerres. Trois générations
se sont succédé à la direction
de cette prestigieuse maison
qui fait dire à la chanteuse canadienne
Diane Dufresne
«Aller chez Omer DeSerres, c’et
entrer dans un des plus beaux
magasins du monde». Depuis
toujours la famille est restée
propriétaire à 100%, un cas
unique au Québec.
Destination incontournable,Omer
DeSerres est le plus important
détaillant de matériel d'artiste et de loisirs créatifs
au Canada.Un vaste
réseau de fournisseurs internationaux
et une gamme de 30 000 produits
contribuent à positionner l'entreprise
comme chef de file dans son domaine.
Omer DeSerres poursuit son expansion
au Canada et compte maintenant 27
magasins. Cette entreprise familiale
emploie plus de 700 employés au
Québec, en Ontario, en NouvelleÉcosse,
en Alberta et en Colombie-
Britannique. L’objectif de DeSerres est
clair : se positionner comme leader sur
la scène internationale. Et cette ambition
s’est concrétisée avec l’acquisition d’Artacréa. Une transaction d’autant
plus significative puisque DeSerres est
le tout premier détaillant québécois à
réaliser une acquisition en France.
«Nous sommes évidemment très fiers de
réaliser une percée aussi significative en
France», soulignait récemment Marc
DeSerres, président de DeSerres.
«Notre stratégie d’acquisition au Canada
au cours des 25 dernières années nous
aura permis de nous préparer pour cette
transaction d’envergure. Nous réalisons
également à quel point il est plus facile de
transiger avec la France qu’il n’y paraît :
nos cultures se ressemblent, le marché y
est très structuré et surtout accessible,
les technologies d’aujourd’hui facilitent
grandement la communication et l’échange
d’informations. Avec des fournisseurs
provenant des quatre coins du monde, des
produits uniques et exclusifs à l’échelle
mondiale et un pouvoir d’achat accru,
notre expertise est clairement devenue
exportable».
Au 17e siècle, un certain Antoine de
Serres quitte la France pour immigrer
au Canada. Il y fait souche, crée une
entreprise de ferronnerie et son
descendant, Marc, 400 ans après
rachète des magasins en France.
Bienvenue dans votre pays d'origine
Monsieur Marc DeSerres !
Sommaire numéro n°311
Sommaire Dossier INDEPENDANTS
Vente de commerces Quincaillerie
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