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LES CONSOMMATEURS AIMENT LEURS COMMERCES DE PROXIMITÉ

Revue PIC-INTER - n°310 - Mai - Juin 2008

Souris, www.pic-inter.comDans les années 1960, l’arrivée des grandes surfaces et des centres commerciaux a bouleversé la géographie du commerce, au profit des zones périphériques et au détriment des centres-villes. Aujourd’hui, la Grande Distribution s’essouffle et séduit moins les consommateurs. Le commerce de proximité donnerait-il des signes de renaissance ?

n 1852, se crée le plus grand magasin urbain du monde : le Bon Marché.Vaste temple de la consommation qui annonce la naissance du commerce moderne en France avec la vente à bas prix mais surtout, et le plus important, l’affichage de prix fixes. Une révolution qui signe l’implantation de chaînes tels que Uniprix, Prisunic, Monoprix, dont seule la dernière enseigne subsiste. Fréquentant massivement ces magasins populaires, les consommateurs vont délaisser peu à peu les petits commerces traditionnels où l’on pratique les prix à la tête du client. Un déclin du commerce de proximité qui va se confirmer un peu plus tard avec l’arrivée de ces hypermarchés qui mettent des produits - jadis de luxe - à la portée de tous.Le développement de la grande distribution contemporaine va très vite déstabiliser le rapport des commerçants avec leur clientèle, entraînant une nouvelle réduction du nombre de petits commerces.Néanmoins,il serait abusif d’attribuer toute la responsabilité de la très lente disparition des petits commerces au seul profit des hypermarchés. D’ailleurs, à des niveaux divers, tous les pays ont connu le même processus, bien que la France soit le pays d’Europe où le poids cumulé des hypermarchés et des supermarchés est le plus fort. D’années en années on a donc pu constater que la politique d’ouvertures d’hypers est allée trop loin et trop vite, surtout dans la grande distribution alimentaire, signant ainsi la condamnation à mort des boulangeries, boucheries et autres épiceries hexagonales.

Aujourd’hui la situation a évolué. Les consommateurs se lassant de ces grandes surfaces, accordent à nouveau leur faveur aux commerces de proximité. «La Grande Distribution montre des signes d’essoufflement. Elle ne correspond plus aux nouvelles attentes des consommateurs »,explique Thibault Le Carpentier, Directeur associé du cabinet de conseil Obsand créé en 1993, spécialisé dans les études prospectives sur le commerce et la distribution.«Les nouvelles attentes des consommateurs s’articulent autour de trois tendances de fond : le vieillissement de la population, l’éclatement de la famille, une nouvelle organisation du travail. Et l’idée selon laquelle les consommateurs ont plus de temps libre pour faire leurs courses est un leurre». Les consommateurs aspirent à plus de rapidité mais aussi à retrouver l’esprit du petit commerce de quartier à taille humaine, là ou l’on peut acheter un paquet de café et une salade sans avoir à traîner des caddies surchargés derrière soi et à attendre aux caisses encombrées. «Ces nouvelles habitudes ne sont pas encore intégrées par la grande distribution qui ne bouge pas depuis plus de quinze ans et ne propose aucun concept novateur», souligne Thibault Le Carpentier.

«IL FAUT QU’ILS SE RÉVEILLENT»

Les insuffisances de la Grande Distribution annonceraient-elles la victoire du commerce de proximité ? «Pas ou peu», affirment unanimement les observateurs du commerce et de la distribution. Dans l’alimentaire, ce sont surtout les Ed, Lidl et autres hard-discounters, ainsi que les concepts de proximité des géants de la distribution, qui en profitent. On assiste en effet à une explosion du nombre de supérettes grignotant encore et toujours les parts de marché des petits indépendants même si elles fidélisent les consommateurs dans leur quartier de résidence. Une nouvelle tendance se dessine tout de même. Les petits supermarchés apparaissant au coeur des villes sont conçus par des architectes spécialisés. On y trouve des décors qui rappellent le commerce traditionnel. Les rayons ressemblent à des d’échoppes avec le boucher, le poissonnier, le fromager.Pourtant Thibault Le Carpentier reste sceptique : «Pour tirer parti du fléchissement de la Grande Distribution, le commerce de proximité doit se remettre profondément en question», souligne-t-il. «Mais les détaillants bougent peu et de plus ils ont du mal à travailler ensemble. Ils doivent se professionnaliser mais surtout s’unir pour mutualiser leurs efforts en vue d’attirer les clients et de promouvoir le commerce plaisir, par opposition au commerce prix bas. Il faut qu’ils se réveillent, car si la Grande Distribution se décide à évoluer on va se retrouver dans une situation à l’anglaise où il n’y a plus un seul indépendant dans l’alimentaire. C’est ce que l’on veut ou pas ?» Le moins que l’on puisse dire c’est que Thierry Le Carpentier pose les questions et n’utilise pas la langue de bois.

«Il est indispensable que les élus s’y mettent. Il y a une nette insuffisance locale même si on a vu la Semaest préempter pour installer des commerces de proximité», affirme Thierry Le Carpentier. Certains élus auraient-ils entendu ces requêtes ? À l'initiative de l'UNFD (Union Nationale des Syndicats de Détaillants en fruits, légumes et primeurs) et pour redonner une dynamique aux quartiers, aux centres-villes et aux villages, un groupe d'études vient d'être constitué à l'Assemblée Nationale. Il rassemble déjà plus de 80 députés de tous bords. Tous entendent faire des propositions pour préserver un commerce de proximité dynamique. Et ceci dans le cadre des réformes de la loi Galland,de l'urbanisme commercial et des ouvertures dominicales. Pour sa part,l’équipe de l’hôtel de ville chargée du commerce est claire sur le sujet : «Notre obsession est de préserver la diversité commerciale unique de la capitale», affirmait dernièrement Éric Osmond,directeur de cabinet de l'adjointe au maire de Paris, chargée du commerce. On sait que le tissu commercial de proximité est menacé par la spéculation immobilière à Paris. Sur ses 105 km2 intra-muros, et dans ses 120 quartiers administratifs, Paris déploie 1 500 km de rues hébergeant près de 68 000 commerces. Ce qui en fait une ville unique ayant su maintenir son tissu commercial de proximité en même temps que ses commerces de luxe. Pourtant, le nombre de commerçants est en baisse de 11,5%, les défaillances représentant plus de 25% par an. En moins de 8 ans, les commerces quittant Paris sont plus nombreux que ceux venant s’y installer, ce qui engendre un flux négatif pour la capitale. Et d’ici à 2010, 15 000 commerçants devraient partir en retraite. «Si ces commerçants, dont le commerce représente souvent commerce de proximité auprès des jeunes.

PARIS DÉFEND SON COMMERCE DE PROXIMITÉ

On le voit Paris défend ses commerces de proximité et y parvient partiellement avec de nombreux secteurs particulièrement bien représentés.On dénombre environ 12 700 cafés et restaurants. Les établissements de services aux particuliers sont au nombre de 12 646. Le secteur beauté est bien représenté avec 4 867 établissements de soins de beauté et 2 577 coiffeurs.A l’inverse, les services liés à la personne avec 2 316 établissements c o n n a i s s e n t une diminution. Les «services liés à l’équipement de la maison » avec 2 700 commerces et «autres services aux particulier» a v e c 2 9 8 8 c o m m e rc e s c o n n a i s s e n t tous deux des baisses. L’«équipement de la personne», en augmentation de +0,25% par rapport à 2003, compte 8 112 commerces. Le secteur de l’alimentaire avec ses 7 023 magasins a connu une petite progression depuis 2003 de près de +1%. Le nombre de commerces dans l’alimentaire généraliste a augmenté de +2,59%, alors que le secteur de l’alimentaire spécialisé atteignant ses 5 161 commerces, reste stable. Le secteur de la culture et des loisirs enregistre également une stabilité avec 6 218 commerces.

LA PROVINCE AUSSI

Pour contrecarrer la voracité des agences immobilières et autres banques, la ville de Nantes a identifié une quinzaine de linéaires commerciaux dont la vocation marchande sera protégée. Le nouveau PLU de Nantes n'a pas suscité de recours. Mais le Crédit Agricole a engagé une procédure après le refus de la mairie de transformer un restaurant en agence bancaire. La ville de Limoges a réquisitionné des terrains pour y implanter des commerces de proximité. L’agglomération a même gelé pour cinq ans les ventes de terrains dans cinq secteurs. L'objectif étant de créer d'ici à 2012, des «pôles de vie», comprenant une supérette ou un mini-supermarché, ainsi que quelques petits commerces et des services. Ceci pour revivifier les faubourgs de Limoges, désertés par l'activité commerciale au profit de la périphérie dans les années 70-80. La ville de Sceaux a la chance d’avoir encore un commerce alimentaire diversifié et de qualité. Pour protéger ses commerces de proximité, la mairie ayant décidé d’être très vigilante sur les projets de transmission a mis en place - avec les agents immobiliers et les investisseurs institutionnels - un fichier des locaux vacants ou à céder. Le FISAC (Fonds d'Intervention pour les Services, l'Artisanat et le Commerce) a permis de financer un observatoire du stationnement et de donner une identité graphique au commerce de coeur de ville. On le voit une aspiration à un commerce à visage humain voit le jour depuis quelques années. Même les centres commerciaux jouent le jeu. Certains, en créant une simulation de ville. Ce sont les parcs d’activité commerciale ressemblant à des minis centres-villes avec des rues à ciel ouvert bordées d’arbres et d’espaces végétaux. On y trouve parfois des aires de jeux pour les enfants identique aux jardins publics des grandes villes. Plus spacieux, plus agréables, ils escamotent bien l’effet oppressant rencontré dans les immenses surfaces où les commerces sont enfermés sur plusieurs niveaux. On réinvente même des trottoirs, des enseignes lumineuses pour attirer une clientèle avide de convivialité. Même si ces univers sont 100% artificiels, ils témoignent d’un souci de faire de l’humain en matière d’urbanisme commercial.

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