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SAGA

CARITA - DEUX SOEURS POUR UNE GRANDE MARQUE

Revue PIC-INTER - n°310 - Mai - Juin 2008

Souris, www.pic-inter.comFidèles à leurs rêves, deux soeurs, Maria et Rosy Carita, ont suivi leur passion jusqu’au bout de leur vie. Elles ont marqué le domaine du luxe, de la coiffure et de la cosmétologie de leurs empreintes. Il était une fois, les magiciennes de la beauté !

i le Fluide de beauté 14 a immortalisé le nom de Carita en plaçant ses deux créatrices au firmament des plus grands noms de la beauté, leur rôle de précurseur dans la coiffure participe également de leur célébrité. Maria, la blonde et Rosy, la brune sont à l’origine d’un célèbre salon de coiffure, d’une école d’esthétique, de produits de hautetechnicité, de laboratoire de recherche et de l’essaimage des Maisons de beauté en France et à l’international. Pourtant, les deux soeurs auraient pu devenir de simples coiffeuses. Mais déjà dans le salon qu’elles créent à Toulouse dans les années 30, elles se distinguent par leur technique de coupe et leur sens de l’excellence. En 1938, succès oblige, elles ouvrent un nouveau salon, plus grand, mieux placé, qui propose 40 cabines d’esthétique aux Toulousaines avides d’élégance.

A la mort de leur mère, en 1943, elles revendent leur affaire florissante, direction Paris. Après un passage chez un grand nom de la coiffure, Gervais, elles décident d’ouvrir leur premier salon, rue du Faubourg-Saint-Honoré, en s’associant au fameux coiffeur, Alexandre. Bousculant les idées reçues, elles sont les premières femmes coiffeuses, propriétaires d’un salon parisien. Un lieu où l’on coiffe Mistinguett et Joséphine Baker.Un endroit où senteurs, matières, couleurs baignent leur quotidien, titillent leurs sens et développent leur sensibilité au beau et à la perfection. «Vous avez des doigts d’or», disait-t-on à Maria, l’artiste. Rosy étant considérée comme la femme d’affaires du duo. Cette première aventure parisienne étant un succès, les soeurs Carita récidivent en 1947 avec une nouvelle adresse, 5 rue du Faubourg-Saint- Honoré. Trois ans après l’ouverture, elles dirigent 50 employés et coiffent les célébrités du monde entier. Face aux Dior, Chanel, Balmain, Givenchy, etc, dans la société prospère de l’aprèsguerre, les deux femmes s’adaptent aux aspirations d’une clientèle active et fortunée. Et le succès est encore au rendez-vous. En 1951, elles emménagent à l’adresse actuelle, au 11 rue du Faubourg-Saint-Honoré. C’est à cette époque que les deux femmes comprennent que la beauté ne s’arrête pas à une coupe de cheveux. Leur credo :«N’oubliez pas que sous les cheveux il y a un visage, il y a un regard».

UNE ADRESSE INCONTOURNABLE

L’idée de beauté globale, chère aux deux soeurs, se concrétisent en 1956 avec la création d’une école d’esthétique au numéro 14 de la rue, une école où passeront tous les grands noms que compte le monde de la beauté, de Thibault Vabre à Patrick Alès en passant par Jean-Marc Maniatis ou Jean-Louis David. La même année, Rosy et Maria Carita vont au bout de leur passion et de leurs rêves en créant un concept inédit : les produits de beauté aux texture légères. «Aux vieilles lunes, les crèmes grasses. Aux femmes d’aujourd’hui des produits fluides, efficaces», n’hésitent pas à dire les deux soeurs avant-gardistes, sans se soucier de leurs concurrents toujours attachés aux compositions épaisses et plâtreuses. Les deux femmes PDG de leur entreprise sont créatives et polyvalentes mais surtout exigeantes jusqu’à l’obsession. Autoritaires avec leur équipe, les soeurs Carita ne leur font jamais de compliments mais leur confient d’importantes responsabilité. Une façon bien à elles de montrer leur estime à ceux qui les entourent. C’est ainsi que Suzanne Dulac, surnommée la troisième soeur, deviendra directrice du salon du Faubourg Saint-Honoré. Et Joëlle Poulain, une esthéticienne, occupera le poste d’assistante de la direction à trois têtes. Femmes au service des femmes mais aussi véritables oiseaux de nuit, Rosy et Maria fréquentent les soirées mondaines, toujours élégantes,arborant des chignons époustouflants. Un moyen astucieux pour attirer les têtes couronnées et les têtes d’affiche dans leur salon. Les ondulations de la Duchesse de Windsor, c’est elles. La choucroute de BB ou la blondeur de Catherine Deneuve, c’est aussi elles ! la coupe ultracourte de Jean Seberg et le casque de Mireille Mathieu c’est toujours elles ! Sans oublier les grands chignons à l’espagnole, les perruques extravagantes, les catogans…

Les soeurs coupent, cisaillent, colorent, innovent sans cesse. «Nous sommes des entrepreneurs de la métamorphose», comme elles aiment à se définir. Qu’il s’agisse d’une nouvelle coiffure pour Maria, ou d’un nouveau produit de soin pour Rosy, toutes deux ont le souci de la perfection et de la qualité à l’extrême. En l’espace de deux décennies elles font de leur petite entreprise un haut lieu de la beauté, une adresse incontournable. Les deux soeurs à l’énergie fusionnelle et à la créativité insolente, travailleront dans leur entreprise jusqu’à la mort de Maria en 1978. Celle de Rosy, en 1983, signera l’arrivée de leur neveu, Christophe Carita, préparé depuis 1957 à l’idée de reprendre les rennes de la société. Avec celui que l’on appelle «le petit prince de la beauté» d’autres innovations vont suivre, donnant un second souffle à l’esprit Carita.

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UNE MAISON DE BEAUTÉ A CANNES

Polyglotte parfait : il parle anglais, espagnol, italien allemand,néerlandais et français.Cursus impressionnant : Bac + 6. A peine ses études terminées que déjà l'aventure entrepreneuriale le happe. Contrat avec un joaillier, passage chez Vivendi, commercialisateur du Carrousel du Louvre. Créateur de centres commerciaux à travers l’Europe. Créateur de son cabinet de gérance immobilière. Ambitieux, bosseur, disponible, modeste Jean-François Maes incarne le chef d’entreprise idéal. Il a à peine 40 ans, lorsqu’il ouvre la Maison de Beauté Carita de Cannes en décembre 2007. Le luxe ici n’est pas ostentatoire. C’est un endroit sobre et discret, situé à l’angle de la Croisette, à deux pas du Palais des Festivals. Les lieux, emblématiques de la marque, sont une alliance de murs blancs immaculés et de bois wengé, jouant sur toutes les tonalités pastelles. Jean-François Maes renoue ainsi avec le passé et perpétue l’univers de Maria et Rosy. L’espace beauté et coiffure est le reflet du concept Maison de Beauté que la marque entend dupliquer dans l’Hexagone et à l’international. Ici on trouve, sur 120 m2, 4 postes de coiffage, 4 postes de technique et 3 bacs de lavage. Dans l’espace esthétique, 3 cabines sont destinées aux soins du visage et du corps et 1 cabine VIP est dédiée aux stars de passage voulant se faire chouchouter incognito. Avec 6 salariés, la petite entreprise marche bien. «Il est un peu tôt pour avancer une prévision de chiffre d’affaires. Mais je suis très optimiste. Mon objectif est d’ailleurs d’ouvrir plusieurs Maisons de Beauté Carita. Pourquoi pas à Lyon et à Genève? Le prix des emplacements numéro 1 sont prohibitifs mais l’aventure en vaut la peine».

UN DEVELOPPEMENT EN MDB

Formé par ses deux tantes, il se révèle rapidement comme un artiste doté d’une grande sensibilité. Dessinant, inventant de nouvelles coiffures, il travaille sur le total-look coiffuremaquillage pour la haute-couture parisienne et invente le «make-up artist» de studio. En devenant le coiffeur chéri du cinéma, il augmente encore la notoriété de la marque. C’est d’ailleurs sous son impulsion que le salon de coiffure, redessiné par André Putman, se transforme en institut de beauté. En 1986, le rachat de Carita par le groupe Shiseido n’a aucune incidence sur la créativité de Christophe Carita, au contraire. Les lignes de soins pour les cheveux se multiplient, précédant les gammes corps, visage et soleil. Mais, en septembre 1991, Christophe meurt. Il est remplacé par un ancien de la maison, Jean-Michel Henry.

En 2004, Carita s’associe à Decléor et, parallèlement, développe un réseau de Maisons de Beauté. Aujourd'hui on en compte 16 en France, 1 au Luxembourg, 2 en Russie. L’objectif de la marque : 30 Maisons de Beauté d'ici à 2011 en France et une volonté de se développer à l'international.Après quelques années de flottement, les résultats de la maison ont retrouvé des couleurs. Les profits sont donc au rendez-vous pour cette entreprise présente dans 50 pays à travers 600 points de vente. Succédant à Hervé Lesieur, Alain Emprin, 45 ans, assure depuis juin 2006 la présidence des marques de cosmétique Décléor et Carita (groupe Shiseido). Ce diplômé d'HEC a débuté sa carrière chez Unilever avant d'occuper la direction générale de la division snack de Pepsi-Cola France. En 2002, il rejoint le groupe Rémy Cointreau en tant que directeur général. Un joli parcours pour ce nouveau PDG souhaitant que l’esthétique devienne la priorité de Carita.

Femmes, PDG, polyvalentes et précurseurs, Maria et Rosy Carita ont su trouver leur place parmi les plus grands. Elles ont bâti un empire à force de travail, de talent, d’audace et de perspicacité. L’esprit tourné vers l’avenir, les «magiciennes de la beauté» ont inventé un métier, celui de créatrice de beauté. La marque Carita serait-elle un défi au temps ?

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