CONSEIL
LDIEU N’EST PLUS UN FUMEUR DE HAVANE
Revue PIC-INTER - n°310 - Mai - Juin 2008
La loi anti-tabac
est entrée en vigueur
le 1 er janvier 2008
dans les cafés,
restaurants, hôtels
et discothèques
de l’Hexagone.
Tour d’horizon
d’un premier bilan
mitigé.
n chiffre attendu et significatif
quelques mois après la loi
anti-tabac : les ventes de
cigarettes ont chuté de
6,3% en janvier 2008 par rapport à
janvier 2007, soit 250 millions de
cigarettes en moins. Cette chute a
entraîné une baisse de 4% du chiffre
d’affaires des buralistes à l’échelle
nationale, résultat nuancé selon les
régions : entre 10 et 30% de moins sur
le département de la Haute-Garonne
par exemple. Si la baisse se poursuit, le
gouvernement devrait affronter une
nouvelle grogne des débitants de tabac qui réclament d’ores et déjà des revenus
de substitution. Mais, et la Ministre de
la santé devrait se frotter les mains,
l'extension de l'interdiction de fumer
aux cafés, bars, restaurants, hôtels
hexagonaux a entraîné une baisse
majeure des infarctus et accidents
vasculaires cérébraux, de l'ordre de
15%, surtout chez les moins de 65 ans.
Le bénéfice de la loi est encore plus
net pour les salariés du secteur des CHR :
on a constaté, selon les pathologies, une
diminution des symptômes respiratoires
et oculaires des salariés du secteur de
13% à 67% entre janvier 2007 et janvier 2008. Mais peut-on avancer un argument
de baisse des maladies liées au tabagisme
sur un laps de temps aussi court ?
EN ZONE RURALE ON SE BAT
Et dans les cafés, bars, brasseries,
restaurants ? Sur 150 établissements
enquêtés par l’Upih (Union Patronale
de l’Industrie Hôtelière), 83% des
entreprises n'ont rencontré aucune
difficulté avec leurs salariés fumeurs,
mais 86% annoncent une baisse de
chiffre d'affaires, visant essentiellement
le comptoir et le bar, de l’ordre de 5 à
28% selon la taille, la situation géographique
et la clientèle de l'établissement.
En effet, dans une même ville, des
commerces peuvent se trouver dans
des situations totalement différentes.
Par exemple à Brive en Corrèze, 10% des entreprises n'ont pas vu de
différence de chiffre d'affaires,
3% ont enregistré une hausse et
6% ont affiché une baisse. Pour
92% des professionnels interrogés
par l’Upih, le chiffre d’affaires est
resté stable mais a augmenté
pour 2%. Questionnés sur le
temps de présence des clients,
68% des restaurateurs estiment
que la durée a diminué,notamment
parce qu'ils ne prennent plus de
desserts et encore moins de
digestifs. 77% d'entre eux
constatent également que les
fumeurs se lèvent pendant le
repas pour aller fumer dehors,
ce qui provoque une gêne
occasionnée par l’ouverture et
la fermeture intempestives des
portes. 93% des établissements
qui ont une activité de revendeur
de jeux à gratter ou autres ont
constaté une baisse de leur chiffre
d'affaires, mais 81% continuent
cette revente. 55% des cafés et
brasseries qui pratiquent la revente de tabac ont observé
une baisse de leur chiffre
d'affaires. Un phénomène
identique avait déjà été
constaté dans les pays qui ont
précédé la France en matière
d’interdiction du tabac, tels
que l’Irlande, l’Italie, Malte, la
Suède ou le Danemark.
Ceux qui souffrent le plus
sont les petits établissements
situés en zone rurale. «Au
lieu de prendre deux cafés et
un demi, je prends un café et je
rentre chez moi», raconte
Yannick client du Cabana
Café à Ploèmel en Bretagne.
«Moi j’avais cessé de fréquenter
les cafés à cause de la fumée
des autres. Maintenant j’y
reviens avec ma fille pour
boire un coca après l’école et
c’est plus agréable», affirme
une mère de famille.Dans ces
établissements, les patrons
comptent essentiellement
sur une clientèle d’habitués pour faire marcher leur commerce.Or,
depuis le 1er janvier, cette clientèle se
fait plus discrète et ne s’attarde pas.
Les petits établissements - monoactivité
et situés en zone rurale - accusent
en effet des baisses de leur chiffre
d’affaires allant jusqu'à 9%. Et selon les
observateurs, mars et avril devraient
continuer à chuter.
PETIT RAPPEL
DE LA REGLEMENTATION
Le fumeur, à table ou au comptoir risque 68 €
d'amende. Un montant qui peut atteindre 450 € en
cas de dépassement des délais de paiement. S'il ne
respecte pas le nouveau code, le restaurateur risque,
135 € d'amende et jusqu'à 750 € avec les éventuelles
pénalités de retard.
L'interdiction s'applique désormais aux débits
permanents de boissons à consommer sur place,
hôtels, restaurants, débits de tabac, casinos, cercles
de jeux et discothèques.
L'interdiction de fumer s'entend sous toutes formes
(cigarette, pipe, cigare, narguilé...) et quel que soit le
produit fumé, y compris les pâtes à fumer sans tabac.
La création d'emplacements réservés aux fumeurs est
strictement encadrée. Ils doivent être clos, équipés de
dispositifs de ventilation puissante et aucune
prestation ne peut y être délivrée. Leur superficie ne doit pas être supérieure à 20% de la
surface de l'établissement et ne peut dépasser 35 m2.
Les moins de 16 ans ne peuvent y accéder.
On peut fumer sur les terrasses des cafés et
restaurants dès lors qu'elles ne sont pas couvertes
ou que la façade est ouverte, ainsi que sur celles
couvertes par un store, auvent ou bâche, si elles
ne sont pas complètement fermées. Le décret ne
s'applique pas aux ponts à l'air libre des bateaux,
quais de gare découverts, abribus, tribunes non
couvertes des stades, chambres d'hôtel ou de
maisons de retraite. Mais les règlements intérieurs
peuvent interdire de fumer.
Un comédien fumant sur scène contrevient à l'interdiction
(un théâtre est un lieu à usage collectif qui
accueille du public). Mais en cas de contravention, il
reviendrait au juge d'apprécier la limite apportée à la
liberté de création artistique. |
Pour résister à cette loi qui les pénalise,
des cafetiers auvergnats ont décidé de
créer un nouveau syndicat, l’Anchre
(l’Association Nationale des Cafés,
Hôtels et Restaurants Engagés).A l’origine
de l’association quatre cafetiers et hôteliers
auvergnats, dont trois d’entre eux ont
observé une grève de la faim pour
protester contre la nouvelle loi antitabac.
Jacques Martinat de l’Auberge de
la Bohème à Maillet (Allier),Frédéric
Boyer du Café de l’Apothicaire et
Serge Pitelet du Bistro 4/6 à
Montferrand ont été rejoint dans leur
démarche par Hervé Ferreira de
l’Hôtel de la Poste à Coudes (Puy-de-
Dôme). «C’est la révolte constructive
des Bougnats», souligne leur avocat
conseil. Les créateurs de l’Anchre ont
adressé un appel aux professionnels de
la région et de toute la France. De
nombreux contacts ont été pris et des
réunions ont déjà eu lieu pour décider
de l’action à mener. «Aujourd'hui, le
gouvernement ne donne aucune chance
de survie à nos entreprises et pourtant,
nous nous investissons chaque jour,
corps et âme, pour faire vivre nos établissements, pérenniser nos métiers et
nos emplois qui, s'il n'y a pas de réaction
de notre part sont condamnés à disparaître.
Il suffit de se pencher sur les mesures
drastiques que le gouvernement impose
à nos structures, sans réfléchir aux
conséquences dramatiques qu'elles
génèrent, et ce, dans la plus grande
indifférence». Le ton monte.A suivre !
LA TERRASSE HORS-LA-LOI
Dans les grandes villes, certains cafetiers
et restaurateurs ont trouvé la parade :
la terrasse. Mais les discussions portent
sur des points importants de la loi :
pour les uns, les clients peuvent fumer
sur les terrasses fermées.Pour les autres,
c'est interdit. Alors, fermer les bâches
des terrasses ou pas ? telle est la question.
Certains patrons de bars et restaurants
profitent du flou de la circulaire
d'application du 9 octobre 2007 qui
prévoit que «l'interdiction de fumer ne
concerne pas les terrasses dès lors qu'elles
ne sont pas couvertes ou que la façade
est ouverte». En clair, il faut qu' «au
moins un des trois côtés de la façade soit
ouvert, ou leur toit», précise le Ministère
de la Santé. Pour les professionnels, la
loi doit être clarifiée.«Il faut être beaucoup
plus précis, estime-t-on au Synhorcat.
Pour protéger les salariés des effets du
tabagisme passif, et les employeurs de tout
procès». Les responsables du Comité
National Contre le Tabagisme, ont
annoncé avoir adressé un
courrier à la Ministre de la
Santé, Roselyne Bachelot,
afin d'obtenir la définition
précise d'une terrasse ouverte.
A Toulouse les terrasses,
couvertes ou pas, des bars
du centre-ville ne désemplissent
pas. D’ailleurs la
patronne d’un café situé sur
la place du Capitole n’a pas
enregistré de baisse de son
chiffre d’affaires. Mais il faut
dire qu’au Capitole la
clientèle est toujours
présente quoiqu’il arrive.
Les cafetiers constatent
tout de même une évolution
de la clientèle. Les familles et les jeunes enfants font leur
apparition. «Je débite beaucoup plus de
menthes à l’eau et de grenadines, alors
que la bière et les ballons de rouge ont
diminué», indique un cafetier de la place
Wilson. Au café En attendant
l’Or à Paris, la terrasse est pleine
en permanence, matin, midi et soir. On
y sert boissons et restauration rapide à
tous les fumeurs fidèles. La terrasse
chauffée est couverte avec de grandes
bâches transparentes dont les pans
s’ouvrent à la base, histoire de faire
passer un peu d’air. Le patron, qui avait
vu son chiffre d’affaires chuter en
début d’année, affiche à nouveau de
bons résultats.
De nombreux cafetiers ont décidé de
faire de nouveaux investissements
pour donner un service plus agréable à
leur client afin de les fidéliser sur
divers thèmes. Et certains retrouvent
le sourire, notamment ceux qui
travaillent en profondeur le renouvellement
de leur prestation. A Maurs,
petite ville du Cantal, la grande brasserie
du boulevard circulaire met à la
disposition de ses clients les quotidiens
et le journal l’Equipe. Le matin, les
clients lisent la presse en sirotant 1, 2
voire 3 petits noirs. Une brasserie du
centre-ville de Rennes propose un
accès wifi.A Lyon, un bar tenu par deux
femmes a été aménagé pour recevoir
les mères de famille avec un espace
jeux pour les enfants et la possibilité
de faire chauffer les biberons. Et
ailleurs, les idées fusent, parfois
insolites comme Outre Atlantique,
dans le Minnesota où des bars
exploitent les failles de la loi anti-tabac
qui permet aux acteurs de fumer si le
scénario le leur impose. Alors des
petits cafetiers malins transforment
les consommateurs en acteurs. Dans
certains établissements, patrons et
clients sont costumés et se lancent
de temps à autre dans une courte
improvisation. Au Queen City Sports
P l a c e , à V i r g i n i a , o n j o u e L e s
Monologues du Tabac. La porte est
drapée de rideaux noirs, des pancartes
indiquent «entrée des artistes», et des
cendriers s'empilent sous l'affichette
«accessoires». Le ministère de la Santé
trouve la plaisanterie de mauvais goût.
Mais la plaisanterie dure.
Sommaire numéro n°305
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