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REGION

S'installer à MARSEILLE ou à NICE

Revue PIC-INTER - n°305 - JUILLET - AOÛT 2007

La touristique et la commerçante, la jet-setteuse et la populeuse : depuis toujours, Nice et Marseille se regardent en chiens de faïence. Du TGV au label Capitale Européenne de la Culture, nombreux sont les projets qui achoppent. Les deux préfectures ont pourtant beaucoup en commun.

S'installer à MARSEILLE ou à NICE, www.pic-inter.com

L’affaire serait ridicule si elle n’était pas si lourde de conséquences pour la région PACA : en février dernier, Nice et Marseille ont présenté chacune un dossier pour l’attribution du titre de capitale européenne de la culture. L’enjeu est de taille : en 2004, Lille avait su en faire un formidable outil de communication, un atout décisif pour attirer des sièges sociaux, des centres de recherche ou des créateurs d’entreprise. Mais deux candidatures émanant de la même région pourraient bien irriter le Parlement Européen, qui déteste les querelles de clochers. Surtout face à un compétiteur aussi sérieux que Lyon, qui a su faire cause commune avec Grenoble et Saint-Etienne...C’est que 200 kilomètres séparent les deux voisines. Autant dire un monde. Et ce depuis le rattachement du comté de Nice à la France, en 1860. A l’époque, Marseille était une énorme ville, le premier port du monde. Nice, pour se distinguer, décida de miser sur le tourisme. Prisée des riches Européens du Nord, affichant les façades baroques de ses grands hôtels et l’opulence de ses villas, Nice se mit à considérer avec un mélange de mépris et de jalousie Marseille la populeuse, son port de commerce, ses ouvriers et ses immigrés du Sud. De son côté, la cité phocéenne ne fut pas plus clémente. «Nous ne voulons pas devenir, comme Nice, le bronze-cul de l’Europe», lança ainsi son ancien maire, Gaston Deferre.

Un tracé de TGV qui... déraille

De quoi ébranler le rassemblement, pourtant géographiquement cohérent, de la deuxième et de la cinquième agglomération de France dans la même région. Jacques Médecin, ancien maire de Nice, s’attacha à en sortir et à créer la sienne, avec les deux départements des Alpes du Sud. Son successeur, Jacques Peyrat, sait le projet vain, mais le défend toujours. L’exemple du futur TGV Marseille-Nice, lui, est plus ambigu. Certes, les deux maires défendent officiellement le même tracé, qui rapprocherait considérablement leurs villes (50 minutes, au lieu de deux heures aujourd’hui). Mais ce tracé a été imposé par Gaudin et Falco, et non négocié avec Nice. Et il est tellement cher qu’il n’est pas sûr qu’il voie jamais le jour...
Bref, Nice et Marseille voisinent sans se croiser. Aucun réseau de villes n’a même été constitué. Et il est inutile de compter sur Toulon pour faire le trait d’union : tiraillée par ses écrasantes voisines, la préfecture du Var préfère jouer les satellites de l’astre marseillais. Lequel entend rivaliser avec Barcelone et Milan sur l’arc méditerranéen, quand Nice, enclavée par son relief, a axé son développement vers Paris.
Néanmoins, un début de collaboration s’est amorcé avec la récente mise en place des pôles de compétitivité (trois à Marseille, trois à Nice et Sophia-Antipolis) : désormais, universitaires et chercheurs conversent, notamment au sein du pôle de compétitivité de la mer. La raison voudrait d’ailleurs que d’autres chantiers mobilisent de conserve les deux départements, confrontés à un grand nombre de problèmes communs. Parmi eux : la protection du littoral, l’attractivité record, la folie immobilière, la pression foncière exceptionnelle, la saturation des transports (les encombrements n’auront bientôt plus rien à envier à ceux de la capitale, surtout l’été), l’insécurité, le chômage...

Marseille la commerçante

DÉMOGRAPHIE
Dans les années 1980, Marseille perdait près de 10 000 habitants par an. Elle inversa la tendance la décennie suivante, gagnant 20 800 habitants de plus (+4,2%). Aujourd’hui, la préfecture accueille chaque année 5 000 nouveaux arrivants, dont les trois quarts ont moins de 40 ans. De quoi renouer enfin avec son statut de deuxième agglomération française : 980 000 habitants dans la communauté urbaine et 1 500 000 dans l’aire urbaine (ex-aequo avec Lyon). Concernant le type de population, Marseille se situe dans la moyenne nationale pour la part de jeunes (23,9%) et de seniors (21,4%) et compte 5,7% d’étrangers.

Narbonne, revue PIC-INTER - n°304 - MAI - JUIN 2007, www.pic-inter.comCADRE DE VIE
Contenue par les collines blanches qui l’entourent et la mer bleu azur qui la borde, Marseille est une ville cosmopolite où tout est à portée de main : les cinémas et les théâtres (opéra, CDN La Criée, théâtres du Merlan, du Gymnase, …) comme les espaces naturels (la moitié de sa superficie totale), parcs parcourus d’itinéraires de randonnée et, bientôt, par de nouveaux aménagements pour les vélocyclistes. A 2h30 de route, la montagne n’est pas bien loin non plus. Autant dire qu’il fait bon vivre dans la cité phocéenne, dont le thermomètre affiche 15 degrés de moyenne annuelle. Notamment pour les 88 000 étudiants, qui profitent d’un bon enseignement supérieur et garantissent un certain dynamisme en matière d’animation nocturne et culturelle (festivals Marsatac, Fiesta des Suds…). Seuls points noirs : la sécurité, plombée par des statistiques peu glorieuses, et la plaie des chantiers permanents. Aux travaux du tramway s’ajoutent ceux de la L2 (la jonction des autoroutes est et nord), débutés voilà plus de… 15 ans ! Depuis 1995, toute une partie de la ville est ainsi en travaux et la réalisation d’Euroméditerranée, la plus importante opération française d’aménagement urbain depuis la construction de la Défense, devrait s’étaler sur plusieurs décennies. Déjà, 140 000 m2 de bureaux y ont vu le jour ou ont été rénovés, et des logements, refaits.

TRANSPORTS
En mettant Marseille à 3 heures de Paris, en 2001, la ligne ferroviaire à grande vitesse (20 liaisons quotidiennes avec la capitale, 7 millions de passagers par an) a beaucoup joué dans le regain d’attractivité de la ville. Celle-ci est également desservie par cinq autoroutes et un aéroport (5 860 000 passagers en 2005, avec 18 liaisons quotidiennes vers la France et des vols réguliers vers 20 villes étrangères). En ville, un tramway s’ajoutera au métro cet été.

Narbonne, revue PIC-INTER - n°304 - MAI - JUIN 2007, www.pic-inter.comECONOMIE
Qualité de la vie, effet TGV, rénovation urbaine, nouvelle image… la cité phocéenne, qui n’a pris conscience de ses atouts touristiques que récemment, est en train de réussir son retour en grâce. Témoin l’accueil de grands évènements comme la Coupe du Monde de football en 1998 ou, il y a peu, les régates préliminaires de la Coupe de l’America. Emplois plus nombreux, davantage de grandes entreprises, effectifs étudiants plus étoffés, prépondérance administrative : la cité phocéenne reste plus puissante que sa voisine azuréenne. Les piliers de son économie ? La filière industrielle et pétrochimique près de l’Étang de Berre et les nouvelles technologies du côté d’Aubagne. Sur le front de l’emploi, l’évolution récente est très positive : 9,5% d’augmentation pour le nombre total d’emplois entre 1999 et 2004 (contre 4,8% pour la moyenne nationale). Et une baisse de 15,8% du chômage (en augmentation de plus de 4% sur le territoire national) entre 2000 et 2005. Toutefois, le chômage reste à un niveau élevé dans la région et surtout à Marseille. Il n’empêche : son horizon en Paca s’arrête à Toulon. Quand le port de Marseille est en grève, ce n’est pas de Nice, mais de la préfecture varoise que partent les bateaux pour la Corse...

COMMERCE
Pour les GMS d’alimentation générale et non alimentaires, Marseille et Nice se valent. La première, en revanche, se distingue par ses cafés (8,3 pour 10 000 habitants, contre 5,8 à Nice).

CRÉATION D'ENTREPRISES
Marseille (taux de création d’entreprise de 12,5%) compte 33 000 entreprises, dont 48,3% dans le commerce et 36% dans les services (à Nice, ce sont les services qui sont majoritaires).Quelque 250 entreprises se sont installées dans le nouveau quartier de la Joliette.

IMMOBILIER
Se loger dans la région est devenu un casse-tête tant les prix ont flambé ces dernières années. A Marseille, le mètre carré revient en moyenne à 2 333 euros à l’achat pour un appartement ancien et 11,7 euros à la location pour un appartement ancien.

Une créatrice à Marseille, Fatiha Kacichaouche
54 ans, gérante des Bains des Suds

www.bains-des-suds.frPourquoi un hammam ?
«Diplômée en architecture, j’ai enseigné plusieurs matières (dessins de bâtiment, techno, arts plastiques), notamment en Afrique, où j’ai vécu pendant vingt ans. Je suis revenue à Marseille il y a cinq ans. J’y avais fait mes études après une scolarité à Alger et j’aimais cette ville pour le soleil, la mer et la vie culturelle. Me mettre à mon compte et ouvrir un hammam était un vieux projet , j’avais d’ailleurs suivi des formations de réflexologie plantaire. De plus, l’activité était en plein essor».

Un projet concrétisé de quelle façon ?
«Pour la partie gestion, j’ai suivi une formation de deux mois à la CCI. La recherche du local a duré plus de deux ans. J’ai trouvé en plein centre, près de Castellane, dans une rue pas très passante mais à un prix raisonnable : 15 000 euros de droit au bail et 700 euros TTC de loyer pour 200 m2. Au total, j’ai investi 140 000 euros (dont 40 000 empruntés). Plomberie, chauffage, carrelage : il a fallu tout refaire. J’ai moi-même dessiné les plans et suivi le chantier. Bains des Suds a ouvert en avril 2005».

Quel bilan au bout de deux ans ?
«Aidée par quelques annonces payantes, l’activité a démarré progressivement, aidée par des annonces payantes des sujets dans les journaux locaux (M6, La Provence). Ma clientèle, essentiellement féminine (les hommes ont des horaires plus restreints), est de tous les âges. Elle vient surtout pour se détendre et faire un gommage, mais aussi pour un massage (55 euros pour les 3). L’ambiance est zen, avec luth oriental et jazz en fonds sonore. J’expose aussi des peintres et organise des soirées contes. Je n’ai pas encore fait le tour du sujet, mais j’aimerais bien recréer autre chose. Pourquoi pas dans l’hôtellerie ? Il me faut du lourd : c’est ma formation d’architecte qui veut ça !»

www.bains-des-suds.fr

 

Nice la touristique

DÉMOGRAPHIE
Avec 500 000 habitants dans la communauté urbaine et plus de 900 000 dans l’aire urbaine (+4,7% au cours de la décennie 1990), Nice est, certes, de taille plus réduite que sa voisine phocéenne, mais elle se peuple plus vite. La décennie 1990 a ainsi vu l’arrivée de 40 000 habitants. En revanche, elle compte moins de jeunes (21,3%) et plus de seniors (27,4%) que la moyenne nationale. Les étrangers y sont également plus nombreux (8,1%).

NICE, LA TOURISTIQUECADRE DE VIE
Soleil (15,6 ° de température moyenne), mer, montagne : tous les clignotants sont au vert ! Dans cette ville à la situation exceptionnelle, les plages sont en centre ville et les stations de ski, à seulement 1h30 de voiture : de quoi compenser la proportion d’espaces naturels (32%), plus faible que chez la voisine. Comme à Marseille, néanmoins, les cyclistes niçois bénéficieront de nouveaux aménagements dans le courant de l’année.

Côté culture, elle tient son rang de 5e ville de France, avec son opéra, son orchestre municipal, son théâtre de région, ses musées d’art moderne et d’art contemporain, ses musées Chagall et Matisse… La Côte d’Azur brille également par la qualité de ses festivals (le cinéma à Cannes, Jazz à Nice et à Juan…). A défaut de briller par son animation nocturne. Et ce malgré le 38 500 étudiants, nombreux à investir les pubs du vieux Nice. A noter également la qualité des lycées privés et publics. Enfin, Nice est aussi mauvaise élève que sa consoeur en matière de sécurité (malgré des effectifs de police particulièrement importants). Elle affiche même les plus mauvaises statistiques. Mais celles-ci, rapportées au nombre d’habitants et non de visiteurs, ne tiennent pas compte du statut de ville de passage de Nice.

TRANSPORTS
Le désenclavement constitue un dossier majeur pour Nice. D’où l’enjeu de la future (mais encore hypothétique) ligne ferroviaire à grande vitesse Paca, qui permettrait de relier Nice à Paris. Pour l’instant, il n’y a guère que l’avion (9 755 000 passagers, avec 22 liaisons quotidiennes vers la France et des vols réguliers vers 29 villes étrangères) pour rallier facilement la Côte d’Azur. Las ! La saturation de l’aéroport menace...
En ville, pas de métro mais, comme à Marseille, un tramway, qui sera mis en service fin 2007.

NiceECONOMIE
Comme à Marseille, les clignotants sont au vert. L’évolution du nombre d’emplois a même été encore plus positive à Nice, avec une augmentation de 10,2% de 1999 à 2004 (contre 4,8% pour la moyenne nationale).Quant au chômage, toujours à un niveau élevé, il a baissé de 7,1% de 2000 à 2005 (quand il augmentait de 4% en France).
Plus riches que leurs voisins (revenu moyen de 15 000 euros), les Niçois (15 900 euros) profitent d’une économie posée sur trois piliers.A commencer par le tourisme, qui représente 5 milliards de chiffre d’affaires et plus d’un emploi sur deux . Depuis plus d’un siècle que la Promenade des Anglais, la Croisette, Juan-les-Pins et le vieil Antibes accueillent les touristes, la Côte d’Azur l’emporte nettement sur sa voisine (capacité hôtelière, tables étoilées au Michelin...) sur les Bouches-du-Rhône.
Deuxième pilier, incarné par Sophia Antipolis : les technologies de l’information (3,9 milliards de CA et 18 000 emplois). Le troisième est celui des sciences du vivant (un CA de 1,8 milliard d’euros, largement réalisé à l’export, et 8 000 emplois), avec les arômes et les parfums grassois.

COMMERCE
Le commerce demeure un enjeu majeur pour les Alpes-Maritimes, avec 20 500 commerces, 80 000 emplois et un chiffre d’affaires en croissance de plus de 4,5% au troisième trimestre 2006. A noter que Nice est particulièrement riche de petits commerces et de restaurants (42 pour 10 000 habitants, contre 23,3 à Marseille).

CRÉATION D'ENTREPRISES
Nice compte 19 400 établissements, dont 51% dans les services et 35% dans le commerce. Forte d’un taux de création d’entreprises de 12,9%, Nice a enregistré près de 6700 créations par an au coursdes dix dernières années. 7 créations sur 10 sont réalisées dans le commerce et l’immobilier. Côté services (+ 12% de 1993 à 2005), ce sont les hôtels, les restaurants et les services aux entreprises qui profitent de la hausse.

IMMOBILIER
La Côte d’Azur remporte la palme de la folie immobilière. Les chefs d’entreprise de la région niçoise ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme : leurs salariés n’arrivent plus à se loger, ce qui rend également plus difficile l’installation de nouvelles entreprises. A Nice, le mètre carré revient en moyenne à 3 033 euros le mètre carré à l’achat pour un appartement ancien et 12,6 euros à la location pour un appartement ancien (contre 11,3 en France).

Une créatrice à Nice, Lantonirina Fournier
gérante de la boutique Madagasc’Art

Boutique Thalie, Carcassonne, revue PIC-INTER - n°304 - MAI - JUIN 2007, www.pic-inter.comQuel est votre parcours ?
«Malgache, j’ai quitté mon île pour faire mes études (gestion, comptabilité, anglais). Devenue secrétaire de direction à l’Ambassade de Madagascar à l’Île Maurice, j’ai travaillé sur un projet de promotion de l’artisanat et de la culture malgaches, avec la création du label «Made in Madagascar». Puis, j’ai suivi mon mari (français) en Afrique, avant qu’il soit muté à Nice, il y a trois ans. C’est là, pendant une formation d’un an à la comptabilité, que l’idée d’une boutique dédiée à l’artisanat malgache a germé. Un créneau encore inexistant à Nice».

Comment ce projet s’est-il concrétisé ?
«J’ai d’abord suivi des formations de créateur à la CCI. La recherche d’un local a été très difficile à cause des prix. J’ai trouvé en plein centre, à côté du centre commercial Nice Etoile, pour un prix bien inférieur à la moyenne (le lieu était abandonné depuis un an) : 25 000 euros de pas-de-porte et 670 euros TTC de loyer pour un espace de 45 m2. L’investissement total s’est monté à 53 000 euros, dont 37 000 empruntés. Ouvert début mai, Madagasc’Art propose des objets déco : des articles plutôt haut-de-gamme, comme des tables en bois fossilisé ou décorées de labradorites (de 1 500 à 8 000 euros), mais aussi des petits sacs en croco ou des colliers en corne de zébu (à partir de 10 euros). Tout vient de Madagascar, où j’ai créé une petite société d’export tenue par ma famille».

Comment se passe le démarrage ?
«Les travaux du tramway tombent mal, mais les gens de fin d’année pour être rentable en six mois. Entre les touristes et les Anglais, souvent propriétaires de résidences secondaires dans l’arrière-pays, je cible une clientèle à fort pouvoir d’achat, très sensible aux produits exotiques et à la recherche de pièces uniques. Le revers de la médaille, c’est que la vie est très chère. Mais la région est belle, les gens sont moins ternes ! Habitant le centre-ville, je fais tout à pied et ma fille peut faire du vélo sur la Promenade des Anglais».

Sommaire numéro n°305
Sommaire Dossier REGIONS
Commerces en vente en région PACA

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