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SAGA
VARAGES
De la Terre vient la faïence
Revue PIC-INTER - n°304 - MAI - JUIN 2007
La faïence en Provence, c’est une longue tradition qui se perpétue depuis le néolithique... 1695, à Varages, quand l’argile et le sable devenaient faïence, une marque éponyme naît et gardera son aura pendant plus de trois siècles.
La Provence est le pays de la poterie et de la faïence avec des lieux aussi célèbres que Moustiers, Biot, Vallauris, Varages... Centres séculaires, emblématiques et toujours créatifs qui génèrent des centaines de potiers et des ateliers renommés ou confidentiels. Des carrières d'argile pure entourant Varages, naissent depuis le 17ème siècle, des objets de faïence de plus en plus travaillés, tant dans les formes que dans les décors colorés. En 1676, ce petit village du Haut-Var est le berceau de la faïence Provençale. C’est à cette époque que Maître Fazende, papetier de son état et faisant escale à Varages, épouse une demoiselle Armand. De cette union naît Etienne qui, dès l’âge de 14 ans, part faire son apprentissage à la faïencerie de Saint-Jean-du-Désert à Marseille. En 1695, il installe la première fabrique de faïence à Varages. De cette période existe encore des plats portant au dos l’inscription «fait par moy Estienne armant dans ma fabrique de faïence à varages - 1697». La belle facture de ces objets séduisit tour à tour les rois Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Par la suite tout une cohorte de neveux, cousins, apprentis d’Etienne vont permettre la multiplication des faïenceries varageoises : huit en 1789. Deux en 1957. Celle de Fernand Rousset et celle de la famille Foubert dont les deux fils Denis et Jean-Marc resteront des associés actifs après le rachat de leur usine.
LES PETITES FABRIQUES CHANGENT DE MAIN Malgré des disparitions et des rachats successifs, la faïence conserve tous ses atouts : une tradition de qualité, des motifs inoubliables et un produit emblématique. A partir de 1960, les deux dernières fabriques retrouvent une nouvelle stabilité lorsque un négociant de Marseille, Antoine Del Prete les rachète. Les deux usines sont réunies en 1973 sous la même direction et portent le nom de Manufacture des Lauriers. Puis le fils d’Antoine, François Del Prete, sauvegarde et fait prospérer l’activité au fil du temps pour arriver aujourd’hui à une production industrielle connue dans l’Hexagone, à l’international et reconnue pour ses nombreuses qualités : couleurs, brillance, formes et reliefs. Ceci grâce à des artisans passionnés par cette énigmatique alchimie de la terre, de l'eau, de l'air et du feu.
Lorsque les fils de François Del Prete rejoignent l’entreprise, - Anthony au poste de PDG et Alexandre, responsable du marketing et de l’export, Ils ont des idées plein la tête et entendent bien perpétuer cette riche tradition de la région. Ils élargissent la production et ouvrent un magasin d’usine à Varages en 1999. D’autres suivront : Avignon, Annecy, Cannes, Toulon, Toulouse. S’appuyant sur l’engouement que rencontrent les articles aux couleurs acidulées, l’entreprise assure une partie de l’offre de Geneviève Lethu, des Galeries Lafayettes, de Casa, Maison de Famille, Pier Import et bien d’autres marques nationales et internationales.
LA FAÏENCE SE BRISE 2005, l’entreprise connaît des turbulences. On parle de déposer le bilan et il faut prendre des mesures pour redresser la faïencerie. Elles sont draconiennes. Les murs de l’usine sont vendus à la Communauté de Communes pour permettre de garder la totalité des employés. Mais reste à les faire vivre tout en luttant contre la concurrence asiatique omniprésente. A l’époque, les salariés étaient soutenus par le maire de Varages, Michel Partage, qui avait entamé une grève de la faim au lendemain de l’annonce du plan de restructuration. En juin 2006, une quarantaine de salariés quittent la Manufacture des Lauriers, la mort dans l’âme.

Puis, le pari consiste à relancer l’entreprise à partir de ce qui ne constituait jusque-là qu’une niche : le développement de magasins d’usine. L’idée est simple. Pour susciter l’intérêt de la clientèle, des grandes surfaces ouvrent leur porte pour commercialiser des collections et des excédents de production, fins de séries, annulations de commandes, prototypes et articles comportant de légers défauts. Le tout dans des couleurs étonnantes : bleu cobalt, rouge cerise, vert absinthe, jaune soufre... La gamme s’élargit. Mais la renouveler c’est bien, rester concurrentiel au niveau prix, c’est mieux. «Nos prix sont très compétitifs au regard de la qualité made in Varages. Nous sommes à 30% en dessous des prix du marché, commente Jean-Louis Laurier, responsable du développement des magasins d’usine en propre et en partenariat. Nous avons gardé la tradition des maîtres faïenciers alliée à l’innovation». La Manufacture perpétue ainsi la coutume ancestrale de Varages en refaisant ce que les anciens ont créé, avec une touche futuriste au niveau des formes et des teintes. Un choix qui coïncide avec les évolutions du marché. Les études indiquent en effet que le secteur des Arts de la table a le vent en poupe. Et la vague du cocooning conforte cette tendance.

«Aujourd’hui la Manufacture emploie 50 personnes dont 40 à la production et fabrique plus de 15 000 pièces par jour. C’est la clé pour faire remonter les ventes»... Assure Jean-Louis Laurier. L’exportation représente 40% des ventes. Elle s’oriente principalement vers les Etats-Unis où le label d’origine provençal est apprécié. On parle même d’une filiale à New York. Une des valeurs de l’entreprise : L’environnement. «Notre activité industrielle n’entraîne aucun risque de pollution. L’ensemble des rebuts est recyclé. Nos fours fonctionnent avec du gaz naturel, permettant ainsi d’assurer un meilleur respect du cadre écologique», affirme Jean-Louis Laurier. Le développement de l’entreprise passe aussi par l’ouverture de magasins d’usine en partenariat. «D’une surface de 300 à 400 m2, en périphérie des villes, ils génèrent un chiffre d’affaires moyen de 450 000 après trois ans d’activité. La marge nette est de 50%». Les difficultés de la Manufacture des Lauriers se sont éloignées avec un chiffre d’affaires qui récupère ses belles couleurs.
| CARTE D'IDENTITE |
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APPARITION DE LA FAÏENCE VARAGEOISE : 1695
DATE DE LA CREATION DE L’ACTIVITÉ INDUSTRIELLE : 1957
CREATION DE LA MARQUE VARAGES : 1995
NOMBRE D’IMPLANTATIONS : 6 dont 2 en propre
LANCEMENT DU RESEAU : 2006
C.A. DE LA SOCIETE : 5 M€ |
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