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COMMERCANT
LAMARTINE enchante Neuilly
Revue PIC-INTER - n°303 - MARS - AVRIL 2007
Les livres ? Tout droit. Les cadeaux ? À gauche. La papeterie ? En bas. Bienvenue chez Lamartine, vaste la librairie - papeterie de Neuilly-sur-Seine, où se retrouvent les Neuilléens.
On ne découvre pas la librairie papeterie Lamartine par hasard. C'est à cent mètres à peine, en prenant la rue Achille Peretti, des anciens Etablissements Félix Potin construits en 1910. On passe devant l’Hôtel de Ville.À deux pas de là résidèrent Talleyrand, Murat, puis Louis-Philippe. Cela suffit pour donner à la rue son aura. La librairie se fait remarquer avec ses boiseries extérieures rouge carmin et ses jolies vitrines. Deux vitrines qui fonctionnent de manière assez distincte. De temps en temps on mélange les arts, la littérature, la poésie, de prestigieux stylos et des carnets chamarrés. Elles sont un reflet de ce qu’on trouve à l’intérieur et donnent envie d’entrer. Au rez-de-chaussée, la boutique cadeaux et la librairie. En bas, la papeterie qui recèle des trésors :produits pour les loisirs créatifs et les arts graphiques, matériels pour écoliers, cahiers et carnets divers traditionnels ou inattendus, beaux papiers à lettre, crayons classiques ou bariolés... et toutes sortes de gadgets pour la correspondance et la lecture. Jean-François Ruckstuhl, 60 ans, est le maître des lieux. Son amour pour les livres, les crayons et autres stylos et jolis papiers est tenace. Dès son plus jeune âge il attrape le virus de la création et débute avec un dépôt de journaux. Puis à force de travail, il grandit. Ce ne sont pas moins de six librairies qui voient le jour en Alsace, sa région natale. Nom de baptême :Ruc. Ce nom évoque des choses aux habitants de Colmar ou de Mulhouse. Mais d'où sort ce nom ? aucune idée, néanmoins il réussit à la famille Ruckstuhl qui ne s’arrête pas là. Au milieu des années 1990, Jean-François Ruckstuhl revend ses magasins alsaciens et arrive à Paris où il rachète la librairie parisienne Lamartine et celle de Neuilly à la famille Mulliez. Ses affaires marchent bien. Depuis près de 40 ans qu’il exerce ce métier, il a vu le développement des Fnac et autres librairies géantes, la vente en ligne et pourtant il a tenu le coup. Le secret de cette réussite ? Une gestion rigoureuse et le souci de s’adapter tout en gardant jalousement son indépendance. La concurrence des mastodontes du livre ne lui fait pas peur, bien au contraire. Histoire de souffler un peu, en 2006, Jean-François Ruckstuhl se fait aider par son fils Jérôme. Après son bac, ce dernier a la nostalgie de son enfance passée au milieu des papiers, des stylos et des livres. Car, toute sa jeunesse, il a baigné dans une atmosphère à la croisée des chemins entre littérature, papeterie et entreprise. «J’ai d’abord travaillé dans l’un des magasins de mon père». Il y croit dur comme fer et achète deux librairies. «L’une à Paris, l’autre à Auxerre», précise-t-il.
PERPETRER LA TRADITION FAMILIALE
Aujourd’hui, rien d'étonnant à retrouver Jérôme Ruckstuhl à Neuilly. «Cet espace nous permet d’avoir une offre supérieure et de bien étaler les ouvrages, en développant encore plus le fonds». Malgré tout, la grande officine reste dans une dimension «humaine» et ne modifie en rien la relation avec les clients. Car avant d’être un commerce, une librairie est un lieu d’échanges. Le relationnel y tient une place fondamentale. Si les conseils directs ont leur importance, la spécialisation d’une librairie, mais surtout la compétence du personnel, jouent un rôle primordial. On peut dire qu’un libraire est un peu un mouton à cinq pattes. Il est à la fois amoureux des livres, gestionnaire, animateur. Il doit aussi être en forme car il travaille debout et déplace de lourdes charges. «Nous gérons 30 000 références qu’il faut mettre en place», précise Jérôme qui redoute la période des inventaires. Car, le libraire est avant tout un manutentionnaire qui transporte chaque semaine des tonnes d’objets, de papier et de livres, les enregistre sur son ordinateur et les met en place sur ses présentoirs. C’est une profession où pour réussir, il ne suffit pas d’aimer passionnément la littérature. Il faut aussi être un décorateur qui apprend à réaliser une vitrine, un acheteur qui rencontre les fournisseurs, un gestionnaire qui doit optimiser ses stocks.
LE CASSE-TÊTE DES OFFICES
La gestion du stock est considérable mais au delà de la gestion, la notion d’«office» est essentielle. Il s’agit d’un service d’envoi des nouveautés par lequel les éditeurs «ravitaillent» les librairies. Le processus est le suivant : le libraire signe un contrat avec le diffuseur par lequel il s’engage à recevoir, d’office, toutes les nouveautés produites par les éditeurs. Le nombre d’exemplaires expédiés pour chaque nouveauté est précisé à la signature du contrat. Attention ! Si on surévalue les besoins, on gère un nombre important d'invendus d’autant plus quand on sait que les nouveaux livres ou nouvelles éditions sont en constante augmentation (53 462 ont été mis sur le marché en 2005).Or, il est courant qu’un libraire achève de mettre en rayonnage la précédente livraison alors que les cartons de la suivante attendent déjà devant la porte. A terme le métier pourrait nécessiter plus de biceps que de discernement culturel ! On vient chez Lamartine pour acheter, lire, découvrir mais aussi regarder, parler, se faire plaisir. Comme dans toute librairie, 20% des visiteurs entrent sans intention d’acheter. Mais s’ils aiment la librairie, ils en parlent, y amènent leurs amis. «Nos clients sont notre meilleure publicité. Près de 60% d’entre eux habitent ou travaillent à Neuilly qui concentre de nombreux sièges de grandes sociétés hexagonales». Le chiffre d’affaires se répartit entre la librairie (30%), la boutique cadeaux (15%) et la papeterie (45%). «Comme la loi Lang de 1981 impose, sur les livres, un prix de vente unique au grand public, c'est sur la papeterie que nous réalisons les meilleures marges», souligne Jérôme Ruckstuhl. Lamartine est une librairie-papeterie qui se porte bien. Elle a résisté à tous les bouleversements de ces dernières années et continue même de prospérer avec un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros et 16 salariés. Bien sûr la vente en ligne a de l’avenir, mais Lamartine a su conserver la tradition d’une librairie de quartier, avec un pas-de-porte. Il y a quelques années,on pensait que le e-book allait tuer le livre sur support papier. Ce fut le contraire ! Le libraire a un avenir car le lecteur a et aura toujours plaisir à acheter un livre, le toucher, le feuilleter, le prêter.
| CARTE D'IDENTITE |
NOM DE L’ENSEIGNE : Lamartine
DATE DE REPRISE: 1999
JOURS ET HEURES D’OUVERTURE :
lundi de 14 h à 19 h
Du mardi au vendredi de 9 h 30 à 19 h
Le samedi de 10 h à 19 h
MEILLEURS JOURS : mercredi et samedi
MEILLEURES PÉRIODES : septembre et décembre
NOMBRE DE SALARIES : 16
NOMBRE DE RÉFÉRENCES : 30 000
CHIFFRE D’AFFAIRES : 3 M€ |
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