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ENTRETIEN

SÉGOLÈNE ROYAL et NICOLAS SARKOZY
Face aux commerçants

Revue PIC-INTER - n°303 - MARS - AVRIL 2007

Les 35 heures, la TVA dans la restauration, la survie du petit commerce, la création d’entreprises, la taxation des entreprises… A quelques mois des élections présidentielles Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal proposent chacun leurs méthodes pour accompagner la marche de la société. Le candidat de l’UMP et la candidate du PS ont répondu aux questions de PIC International.

Les deux candidats, www.pic-inter.com

SÉGOLÈNE ROYAL
“Créer des zones consacrées aux petits commerces”.

PIC : Jugez-vous «mitigés» les effets de la réduction du temps de travail ? Êtes-vous favorable à une réforme législative permettant à chaque secteur de négocier ?
Ségolène Royal : Les 35 heures sont une avancée sociale qui a permis de créer des emplois, de libérer du temps libre et de relancer le dialogue social dans les entreprises. C’est maintenant le socle de la durée du travail en France et cela doit le rester. Mais l’application uniforme et technocratique des 35 heures a créé des difficultés dans certaines entreprises et entraîné une dégradation des conditions de travail pour certains salariés, notamment pour les plus bas salaires, pour qui les heures supplémentaires ont été plus difficiles à obtenir. Il nous faudra donc revoir cette question avec les partenaires sociaux, de façon à éliminer ces inconvénients. Quoi qu’il en soit, je refuse le discours qui fait des 35 heures la source des maux économiques de la France. Si tous les salariés sont payés 35 heures avec un bon pouvoir d’achat, ils seront motivés et entreprenants et feront gagner leurs entreprises.

Segolene Royal, www.pic-inter.comSachant que Bruxelles possède les vrais pouvoirs sur certains dossiers, comment comptez vous faire avancer la question de la TVA dans la restauration ?
Je ne veux pas d’une compétition entre les Etats membres dans le domaine fiscal. L’harmonisation fiscale est pour moi l’une des priorités de ce que j’appelle «l’Europe par la preuve». Mais il est tout aussi certain que, lorsqu’il n’existe pas de concurrence entre les entreprises européennes, comme la restauration de proximité, il est naturel que les Etats conservent une marge de manoeuvre. Faut-il pour autant modifier la TVA dans le secteur de la restauration ? Sur ce sujet, la droite a agi avec beaucoup de démagogie : elle a beaucoup promis et n’a rien fait. Une telle mesure est souhaitable si des garanties sont données que la baisse profitera aux consommateurs et aux salariés des entreprises de restauration dont les conditions de travail sont difficiles. Dans tous les cas, la France n’agira qu’après discussion avec nos partenaires européens.

Quelles sont les mesures que vous comptez prendre pour assurer la survie du commerce, sachant que la création de grandes surfaces provoque, dans le commerce traditionnel, la suppression d’un emploi sur deux ?
Nos villages et nos villes ont besoin de commerces de proximité. Ce sont des lieux de vie qui contribuent à l’animation économique et sociale d’un territoire. Pour ces raisons, le commerce de proximité doit être soutenu partout et son implantation dans les banlieues doit être encouragée. Et je souhaite que le développement de l’urbanisation en périphérie des grandes villes se traduise par la création de zones consacrées au petit commerce. Toute opération d’aménagement doit intégrer cet objectif. Je pense également que des gisements d’emplois existent dans le développement des productions locales, soucieuses de qualité et de respect de l’environnement, et dans leur commercialisation dans les régions.

Pour rétablir les équilibres entre les grandes surfaces et le commerce traditionnel comptez-vous fixer une taxe différentielle permettant au commerce traditionnel de soutenir la concurrence des supers et hypermarchés ?
Plusieurs instruments peuvent être utilisés pour faciliter l’installation et le maintien des commerces de proximité. La fiscalité peut être l’un d’eux.

Envisagez-vous un rétablissement du «contrôle des prix» qui fixerait les tarifs des produits de consommation et les encadrerait tant à la baisse qu’à la hausse ?
En temps normal, le contrôle des prix n’est ni nécessaire ni adapté dans une économie qui fonctionne sur le principe de la souplesse et de l’innovation. Mais lorsque des phénomènes anti-concurrentiels apparaissent, lorsque des entreprises en position dominante imposent leur loi à des consommateurs ou à des fournisseurs impuissants et qui n’ont pas le choix, on ne doit pas exclure un régime d’encadrement des prix pour rétablir un juste équilibre.   

NICOLAS SARKOZY
“Travailler plus pour gagner plus”

PIC : Les 35 heures font toujours débat. Prévoyez-vous une réforme législative ? Si oui, pour l’aménager de quelle façon ?
Nicolas Sarkozy : Les lois sur les trente cinq heures ont été catastrophiques pour notre pays : dévalorisation du travail, gel des salaires, dysfonctionnement du service public, réduction de notre potentiel de croissance et pas plus de créations d’emplois que dans les autres pays de l’Union Européenne compte tenu du niveau de croissance. La difficulté aujourd’hui est que nous ne pouvons abroger ces lois en proposant aux salariés de travailler 39 heures en étant payés comme pour 35 ! Je souhaite que chacun soit libre de travailler plus ou moins, selon ses besoins et ses choix, et que le travail soit valorisé. Pour cela, il doit payer plus. Je propose donc, d’une part, de donner aux entreprises la possibilité de négocier avec leurs salariés, dans le cadre du dialogue social, le régime des heures supplémentaires ; d’autre part, de porter la rémunération de toutes les heures supplémentaires, quelle que soit la taille de l’entreprise, à 25% de plus que les heures normales ; enfin que celles-ci soient exonérées de toute charges fiscales et sociales. Pour les entreprises, même celles de moins de 20 salariés, la mesure est gagnante : les heures seront moins chères, elles en proposeront plus. Quant aux salariés, quatre heures de travail supplémentaires correspondront, pour un salarié rémunéré au SMIC, à 165 euros net de rémunération en plus, soit 1 980 euros à la fin de l’année. La gauche propose de travailler moins pour gagner moins, nous proposons à ceux qui le souhaitent de travailler plus pour gagner plus.

Nicolas Sakozy, www.pic-inter.comAllez-vous continuer à encourager la création d’entreprises ? Si oui, de quelle façon ?
Depuis 2002, le gouvernement a beaucoup travaillé en faveur de la création d’entreprises : simplifications, guichet unique, campagnes d’information, création d’Oseo à laquelle j’ai contribué en tant que Ministre de l’Économie et des Finances. Les résultats sont au rendez-vous : 1 million d’entreprises nouvelles ont vu le jour ces cinq dernières années et le nombre de créations annuelles d’entreprises a augmenté de 33% par rapport à la période 1997-2002. La France a aujourd’hui un taux de création d’entreprises comparable à celui de nos partenaires, en particulier les Etats-Unis. Notre problème réside désormais, en réalité, dans le développement de ces PME. Au bout de trois ans, un tiers d’entres elles seulement ont réussi à embaucher plus de deux ou trois salariés et 93% de nos PME ont moins de 10 salariés. L’objectif de la France pour les dix prochaines années doit être la création de 2 000 PME de 500 salariés, soit un million d’emplois, qui seront les leaders économiques de demain. A cet effet, je propose une incitation à l’embauche du premier cadre, et l’expérimentation pendant deux ans d’une suspension des seuils, qui dissuadent les entreprises d’embaucher. Cette suspension créera des centaines de milliers d’emplois. Une partie des crédits publics de la recherche et des marchés publics doit être réservée aux PME (à l’instar du Small Business Act qui a fait ses preuves aux Etats-Unis). Le crédit d’impôtrecherche doit également être élargi pour que les PME y aient davantage recours. Plus globalement, je veux que notre pays encourage l’initiative, le risque, qu’il cesse de considérer la réussite comme suspecte. C’est un état d’esprit, une philosophie générale au coeur de laquelle les PME jouent un rôle essentiel.

Quels sont vos projets en matière de taxation des entreprises ? Envisagez-vous, par exemple, une modulation de cette taxation en fonction de la politique pour l’emploi pratiquée par l’entreprise ?
En matière de fiscalité, les priorités doivent être la baisse des prélèvements obligatoires qui pèsent sur les entreprises et les ménages, et la simplification. Je suis hostile à l’excès de niches, de dérogations, etc. Je supprimerai l’imposition forfaitaire annuelle et ramènerai le taux de l’imposition sur les sociétés dans la moyenne européenne.La réforme de la taxe professionnelle est complexe, mais reste nécessaire. Il y aura toutefois toujours un impôt local sur les entreprises afin d’encourager les communes à accueillir des entreprises sur leur territoire. En revanche, à l’échelon des branches, je réserverai les allègements de charges sociales aux secteurs qui réactualisent régulièrement les grilles de salaire en fonction de l’évolution du SMIC. Le but des allègements de charges est la création d’emplois, pas la «smicardisation » rampante de la société.   

Historique

1932 : Pierre Poilâne ouvre une boulangerie à Paris
1959 : Lionel Poilâne intègre le fournil familial à 14 ans
1960’s : ouverture d’une boutique rue de Grenelle et installation d’une manufacture à Clamart
1970 : Pierre Poilâne se retire
1982 : construction d’une manufacture à Bièvres
2000 : ouverture d’une boulangerie à Londres
2002 : disparition de Lionel et Ibu Poilâne
2003 :Apollonia commence ses études à Boston

 

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