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SAGA...
AUBRIN imprimeur - Impression dynastique
Revue PIC-INTER - n°302 - JANVIER - FEVRIER 2007
Quatre générations d’Aubin se sont succédé à la tête de l’imprimerie du même nom. En un siècle, la petite entreprise poitevine est devenue un pôle majeur de l’édition française.
A l’heure où Ségolène Royal vante la gratuité des manuels scolaires dans sa région du Poitou-Charentes, d’autres préfèrent en pointer le revers de la médaille. «A la rentrée, mon fils est revenu à la maison avec six livres à recouvrir, dont cinq imprimés en Espagne et en Italie. Vous imaginez ?» Gilles Aubin, lui, imagine très bien. La concurrence de l’Espagne et de l’Italie, qui se sont arrogés 80% du marché tricolore des manuels scolaires, le président d’Aubin Imprimeur la combat depuis longtemps. Et il s’en sort plutôt bien : avec un chiffre d’affaires de 420 millions d’€ en 2005, des succès commerciaux tels que Le Guide du Routard, le Petit Futé, la Pléiade, Harry Potter ou encore le dernier Asterix, son entreprise de 290 salariés se situe parmi les premières sur le marché du livre en France.
A 46 ans, Gilles Aubin représente la quatrième génération à la tête de cet ancien atelier, fondé en 1881 par les moines bénédictins de l’Abbaye de Ligugé, en Poitou-Charentes. Eugène Aubin, qui avait participé à sa création, rachète le fonds de commerce en 1906. Il est bientôt rejoint par ses deux fils, Raymond et Paul. Leur clientèle : des éditions religieuses et de littérature générale. Ils se convertissent à l’offset* en 1948, avec le rachat par Dominique Aubin de l’imprimerie lithographique Naudeau-Redon, à Poitiers, spécialisée dans les étiquettes de parfums de luxe et d’images de communion solennelle. Les deux systèmes, offset et typo, coexistent jusqu’en 1975, année qui voit Philippe Aubin succéder à son père,Paul. Essor de la photocomposition oblige, le matériel typographique est progressivement mis à la casse. Bientôt, le nouveau slogan de la société annonce la couleur : «Aubin : imprimeur de tous les livres». Pour atteindre cet objectif, de gros investissements techniques sont réalisés. Puis, dans les années 1990, la société se diversifie en attaquant d’autres marchés que le livre : cartographie, périodiques, catalogues industriels, imprimés de surface de conditionnement…
RACHAT EN LBO
C’est à cette époque qu’arrive Gilles Aubin. Venu de l’informatique, ce diplômé d’École de Commerce a commencé sa carrière à la Compagnie des Signaux, avant d’intégrer Sun Microsystems, constructeur d’ordinateurs américain. «Au bout de quatre ans, les gênes familiaux ont repris le dessus. J’avais 29 ans, mon père en avait 57. Mais c’était encore trop tôt».Avant de mettre ses pas dans ceux de trois générations d’Aubin, leur futur successeur préfère se faire la main en reprenant une autre entreprise, spécialisée dans la photocomposition. Celle-ci est finalement absorbée par Aubin Imprimeur en 1994.
«De Pdg de ma société, je suis devenu directeur de celle de mon père. Mais nous de la passation de pouvoir et tout s’est passé en bonne intelligence». Une fois aux manettes - en 1999, il rachète l’ensemble des actions familiales en LBO - Gilles Aubin décide de prendre le contre-pied de la politique menée pendant les vingt dernières années. «En se diversifiant sur différents marchés, Aubin a fait preuve de prudence, mais a aussi perdu ses spécificités. J’ai donc voulu inverser la tendance et en faire une entreprise multispécialiste, en créant trois lignes d’activités différentes».
DES LIVRES… ET DES HOMMES
Désormais, les livres, les magazines et les catalogues, le packaging font l’objet de stratégies distinctes. Les machines multi-tâches sont remplacées par des machines mono-tâche. «Maîtriser l’outil avant les autres» : telle est la devise de Gilles Aubin qui investit, entre 2000 et 2005, pas moins de 24 millions d’€, notamment dans des machines robotisées dernière génération. L’objectif : être plus réactif, plus compétitif.
«C’est parce que notre entreprise a été pionnière des nouvelles technologies en Europe qu’elle a pu contrer la concurrence italienne», affirme-t-il. Lui-même, en augmentant la capacité de production, a pu baisser ses prix, les rendre plus attractifs face aux tarifs pratiqués par les imprimeurs italiens, aidés par une fiscalité plus avantageuse qu’en France.
Aujourd’hui, le livre reste, avec 50 millions d’exemplaires par an, le coeur de l’activité de la société (55% du CA), par ailleurs leader du guide de voyage. Suivent le magazine (25%), le catalogue (10%) et le packaging (10%). Aubin propose également de nouveaux services, notamment en matière d’édition numérique. Mais c’est encore dans le management que Gilles Aubin se révèle le plus moderne. Cet ancien des EVH (Entreprises Vivantes pour des Hommes vivants), membre de l’APM (Association Progrès pour le Management), club de réflexion dont il préside la section de Vienne, prône un système original centré sur l’homme. «Je crois en une pyramide inversée. Il est plus intéressant de faire éclore les talents que les sur-diriger». Deux fois par an, l’équipe dirigeante reçoit ainsi le personnel par groupes de 30 personnes pour faire le bilan de l’année et fixer les objectifs de la suivante. Tout cela laisse une bonne… impression.
| Carte d’identité |
1881 : les moines de l’abbaye de Ligugé fondent l’Imprimerie Saint-Martin
1901 : loi sur les associations et dispersion des moines
1906 : Eugène Aubin reprend l’activité
1918 : ses fils Raymond et Paul le rejoignent
1929 : déménagement dans de nouveaux ateliers à Ligugé
1939 : achat d’une presse à retiration spécialisée
1945 : création de la filiale Offset-Aubin
1948 : acquisition de l’imprimerie lithographique Naudeau-Redon
1975 : conversion à l’offset. Philippe succède à son père Paul
1994 : Gilles Aubin intègre l’imprimerie paternelle
1997 : délocalisation de la saisie des données à Casablanca (société Sagma)
1999 : Gilles Aubin rachète les actions en LBO . |
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Sommaire numéro n°302
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