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REGION - POITIERS / LIMOGES

S’installer à POITIERS OU LIMOGES ?

Revue PIC-INTER - n°301 - Novembre - Decembre 2006

Elles appartiennent à deux régions différentes, le Poitou-Charentes et le Limousin. Mais de la Vienne à la Haute-Vienne, il y a plus qu'une rivière, il y a aussi la ville à la campagne. Et ça plaît.

De l'espace, de la verdure, de l'eau. Il n'y a pas si longtemps, ces caractéristiques étaient considérées comme des handicaps. Aujourd'hui, ce sont devenus des atouts précieux. Pour des régions telles que le Poitou-Charentes et le Limousin, longtemps terres d'exode, c'est même l'assurance de lendemains qui chantent. Ainsi, après 25 ans de déclin, la seconde se repeuple enfin, accueillant 10 000 nouveaux arrivants chaque année. Un renversement de tendance spectaculaire, pour lequel deux départements frontaliers tirent particulièrement bien leur épingle du jeu : la Vienne et la Haute-Vienne . La première compte 400 000 habitants, la seconde, 350 000. Plus pour longtemps. Car la forte tradition rurale de l'une et le paradis vert de l'autre sont devenus des gages d'attractivité. Même le climat, du fait de la proximité de l'Océan, y est clément. Du coup, les retraités reviennent enfin passer leurs vieux jours au pays. Les jeunes, eux, décident de plus en plus de rester. C'est que beaucoup, à l'heure de l'urbanisation sauvage, aspirent à une qualité de vie que l'on ne retrouve plus dans les grandes métropoles.

POITIERS LA MEDIEVALE

10 000 BRITANNIQUES

La campagne aux portes de la ville ? Cet équilibre entre une nature préservée et le dynamisme citadin existe encore. On le trouve à Poitiers, l'une des plus petites capitales régionales de la métropole, et Limoges, ville, elle aussi, à taille humaine. Dotées d'un cadre de vie agréable et envié,ces deux voisines,distantes de 120 kilomètres , présentent, en outre, l'intérêt d'être encore abordables sur le plan immobilier. Les Britanniques ne s'y sont pas trompés : réjouis à l'idée d'investir un hameau isolé ou de retaper une vieille ferme, ils sont arrivés en masse (10 000 sont installés dans le Limousin), au point qu'ils ont largement contribué à faire monter les prix (892 € le m 2 pour un appartement en 2000 , contre 1418 € en 2005). Mais pas assez pour combler le retard : il fait toujours bon venir acheter sur les bords de la Vienne. Il fait également bon s'y soigner, y poursuivre des études supérieures, y faire du shopping et. y travailler. Si les Britanniques ont fortement dopé l'économie locale (ils remplissent des avions entiers des compagnies "low cost" qui assurent des liaisons régulières avec l'Angleterre), ils ne sont pas les seuls. Certes, des progrès restent à faire. Poitiers et Limoges ont beau faire partie des dix villes françaises où les chômeurs sont les moins nombreux (8,1% à Poitiers, 8% à Limoges et 9,5% sur le plan national fin 2005), elles n'en sont pas dynamiques pour autant : en allant tenter leur chance ailleurs, les demandeurs d'emploi font baisser le taux de chômage de leur ville d'origine.Mais l'on est sur la bonne voie. L'attribution récente de pôles de compétitivité en constitue un excellent signe.

DÉMOGRAPHIE

Avec 83 500 habitants, la préfecture de la Vienne est l'une des capitales de région les moins peuplées de France. Elle n'en est pas moins attractive. La croissance démographique, de 6% au cours des années 1990, atteint 12% pour la communauté d'agglomération (123 600 âmes).

CADRE DE VIE

Le charme romantique de la cité médiévale ne fait aucun doute. Pour s'en convaincre, il faut flâner dans les rues pavées du Plateau, coeur historique médiéval dont le patrimoine architectural exceptionnel (église romane de Notre-Dame-la-Grande, Baptistère Saint-Jean, cathédrale Saint-pierre.) témoigne de 2 000 ans d'histoire. Bonne nouvelle pour le promeneur : de la place d'Armes à la médiathèque François- Mitterrand , le piéton est roi. Et il suffit de sortir de la ville pour arpenter les grands espaces. En outre, les manifestations culturelles ne manquent pas (Jazzellerault, Rencontres internationales Henri Langlois. Carnaval de Poitiers.). Il n'y a guère que l'été que la ville, désertée par ses étudiants, manque un peu d'animation !

TRANSPORTS

Reliée à Paris et à Bordeaux par l'autoroute A10 et le TGV Atlantique, Poitiers se trouve à 1h30 de l'une et l'autre en train. L'aéroport de Poitiers-Biard assure également des liaisons régulières avec Lyon, La Rochelle, Londres, Genève,Turin. Concernant les transports urbains, les bus de la STP circulent de nuit. Et depuis le lancement de l'opération Vélocampus en 1998, les étudiants bénéficient d'un vélo pour la modique somme de 5 euros par mois.

ECONOMIE

L'économie de la Vienne se caractérise par le poids encore important des activités agricoles (68% de la surface leur est consacrée). Les services ont également un poids particulier : premier employeur public de la région, le Centre Hospitalier Universitaire emploie plus de 5 000 salariés. Quant à l'industrie, elle s'est développée sur l'axe Poitiers-Châtellerault, bassin d'emploi où plus de 200 000 personnes ont élu domicile. Deux domaines d'activité émergent : la mécanique automobile et aéronautique, la construction électrique et électronique. Des spécialités, avec l'imprimerie et l'agroalimentaire, qui valent à Poitiers d'être régulièrement classée en tête des villes d'affaires dans sa catégorie. On est loin du cliché récurrent d'une ville enkystée au coeur d'un département rural ! Implanté à 13 kilomètres , le Futuroscope est devenu tout un symbole. Cette technopole s'est orchestré autour des nouvelles technologies de l'information et de la communication et de la relation-clients (centres d'appels de Cegetel, Chronopost, E-Laser, Caisse d'Epargne.). Le site regroupe plus de 130 entreprises,un palais des congrès,un complexe hôtelier, une pépinière d'entreprises, une offre immobilière parfaitement adaptée aux activités high-tech, un ensemble de services permettant aux entreprises de travailler dans des conditions optimales. Autre institution emblématique du dynamisme poitevin : l'Université. Fondée en 1431, elle est la première de France, avec 25 000 étudiants pour 85 000 habitants. C'est également le premier employeur de la ville (2 460 personnes). Malgré la création d'une université rivale à La Rochelle, elle continue de représenter un facteur d'attractivité indéniable pour les entreprises.

COMMERCE :

Les activités tertiaires, en particulier le commerce, ont connu un développement notable avec l'implantation de nombreuses grandes surfaces à la périphérie de Poitiers. On y distingue quatre grandes zones d'activité Chasseneuil-du-Poitou, Fontainele- Comte, Migné-Auxances, Poitiers-Saint Benoît. Le Centre-ville, où une galerie de 16 000 m 2 , a ouvert ses portes en 2001, n'est pas en reste.

CRÉATION D'ENTREPRISES

La création d'entreprises (439 en 2005, et déjà quasiment autant en mai 2006) n'est pas le point fort de Poitiers. Pourtant, un forum ( Créafort ) lui est dédié et la ville offre des conditions optimales d'accueil aux investisseurs : plus de 700 hectares aménagés en zones d'activités, un large choix de bureaux et bâtiments industriels, une chaîne complète de services aux entreprises, des aides adaptées au commerce et à l'industrie...

IMMOBILIER

Poitiers reste une ville abordable.On notera l'offre croissante de logements locatifs en milieu rural.

Une créatrice à Poitiers
41 ans, gérante de Jardins secrets

Pourquoi les végétaux ?

«Ce n'est pas la première fois que je change de métier. J'ai d'abord travaillé pour le Futuroscope, puis dans un cabinet parisien de muséographiescénographie. En 1993, je suis retournée à Poitiers, où j'ai ouvert un restaurant. Après l'avoir revendu, j'ai choisi un domaine qui m'attirait depuis longtemps : la jardinerie en centre-ville. Ici, les jardins citadins sont nombreux. Ayant moi-même une terrasse, je sais qu'on trouve peu de matériel adapté aux petites surfaces. Aujourd'hui, je vends à la fois des végétaux (oliviers, potées fleuries, graminées.), du matériel (des porte-pots aux ciseaux pour couper les buis) et de la décoration (bancs, tables, vases Médicis, nichoirs, angelots.)».

Comment s'est monté votre projet ?

« J'ai d'abord suivi une formation d'un an dans un lycée horticole à Niort. Ensuite, la recherche du local a duré pas moins de sept mois ! Pas facile de dénicher un emplacement central. J'ai trouvé mon bonheur dans la rue de la Regratterie, la dernière rue de commerces indépendants, dans le centre historique. Le loyer est de 1 400 pour 60 m 2 . Grâce à la revente de mon restaurant et à l'aide de ma famille, je n'ai pas eu besoin d'emprunt bancaire. Au total, j'ai investi 150 000 dans ce magasin».

Quel bilan aujourd'hui ?

«L'ouverture a eu lieu en mars 2005. Pour attirer les passants, j'ai mis en scène un jardin de grand-mère, puis une rocade pendant la canicule. Depuis, je vis chichement mais l'affaire est rentable. Et ce même si la population étudiante de Poitiers n'est pas une clientèle idéale. J'interviens également chez les particuliers, avec des études et des travaux d'aménagement paysager. Les gens apprécient le service de proximité et je compte bien développer cette activité. Pour cela, il faudrait que j'arrive à embaucher une personne».

 

LIMOGES
LA VERTE

DÉMOGRAPHIE

Malgré une légère croissance démographique ces dernières années dans le département et la région, la préfecture de Haute-Vienne (137 500 habitants, et 173 500 dans l'agglomération) reste affublée de l'image d'une ville vieillissante. Le taux de personnes âgées y est d'ailleurs supérieur à la moyenne nationale.

CADRE DE VIE

Ville à taille humaine, Limoges est chaleureuse et agréable. Son principal atout ? La nature, avec ses places faites pour le farniente, ses 200 000 arbres et l'une des plus vastes surfaces d'espaces verts de France ( 50 m 2 par habitant). Ici, l'été indien pare le Limousin de magnifiques couleurs. Et sa verdure, Limoges la bichonne. Première grande ville à avoir lancé le tri sélectif des déchets, elle fait office de vitrine nationale en matière environnementale. La verte attitude passe aussi par les trolley-bus, véhicules électriques non polluants bien pratiques pour se déplacer dans des rues un peu raides pour le vélo. A noter la construction de petites unités dans le centre et de nombreux lotissements, grâce à une surface communale équivalente à celle de Paris, qui permettent une installation à des conditions intéressantes. Et ce dans une relative sécurité : Limoges est l'une des villes où le taux de délinquance est le plus faible.

TRANSPORTS

A défaut d'avoir obtenu le passage du TGV (Limoges reste à 2h50 de Paris et 2h15 de Bordeaux), le département a plus ou moins réussi son désenclavement routier et aérien, grâce à l'A20 (Paris-Toulouse), gratuite sur 300 kilomètres entre Vierzon et Brive, et la future autoroute transversale A 89 (Bordeaux- Clermont-Lyon). L'aéroport international de Limoges Bellegarde ( 8 km du centre-ville), lui, dessert les grandes villes françaises et européennes. Son activité a même été multipliée par deux en cinq ans grâce aux liaisons vers l'Angleterre.

ECONOMIE

C'est la porcelaine qui a fait connaître le nom de la ville au XIX e siècle, un siècle après la découverte du kaolin, cette argile blanche et fine. Autoproclamée capitale des arts du feu, Limoges incarne, via Bernardaud , Haviland ou Royal Limoges , une idée du luxe à la française. Son excellence en la matière lui a permis la labellisation d'un pôle céramiques. Pourtant, la préfecture de Haute-Vienne délaisse peu à peu le carcan d'une image traditionnellement marquée par l'émail et la porcelaine (les effectifs salariés, de 1 500 salariés, on baissé de 45% en 4 ans). Legrand , Renault Trucks , Madrange . les grandes entreprises ne manquent pas. Parmi les secteurs phares du département : l'électriqueélectronique (témoin Legrand et son centre international de formation) et la filière bois, papier-carton (3 200 personnes dans le Limousin, dont 80% en Haute-Vienne). Limoges a également été labellisée pôle Elopsys pour ses compétences dans les micro-ondes de la photonique et les systèmes sécurisés. N'oublions pas non plus le dynamisme de la ville universitaire, riche de 21 500 étudiants, dont 17 000 pour la seule ville de Limoges. Désormais, la qualité de l'enseignement supérieur et le nombre de places permettent à Limoges d'exister face à sa rivale poitevine.

COMMERCE :

Quatre grands centres commerciaux quadrillent l'agglomération : Beaubreuil au nord, Corgnac à l'ouest, Saint-Martial au centre-ville et Boisseuil au sud. Par ailleurs, l'attractivité de la ville s'est renforcée avec arrivée, fin 2005, de la Fnac en centreville, à deux pas de la rue Jean-Jaurès , artère emblématique du dynamisme limousin. Bientôt, un observatoire du commerce permettra de voir plus précisément les résultats de la politique de redynamisation du centre-ville entreprise par Limoges.

CRÉATION D'ENTREPRISES

Avec 793 créations en 2005, Limoges a enregistré une hausse de 18,4% par rapport à 2004. La spécificité régionale ? Un taux de création (9,4) inférieur à la moyenne nationale (11,6), mais un taux de survie supérieur quelle que soit l'année de création. Peut-être faut-il chercher un début d'explication du côté des incubateurs, pépinières d'entreprises et divers parcs d'activités ( 900 hectares au total).Témoin la technopole Ester avec sa soucoupe volante futuriste, créée ex-nihilo par la ville il y a 20 ans (110 sociétés et 1000 emplois).

IMMOBILIER

En 2005, le prix maximum du droit au bail a atteint 240 000 € dans l'hyper centre-ville, 38 000 € dans les autres quartiers et 16 000 € dans les communes périphériques. Pour la location de commerces, la fourchette moyenne annuelle s'établit entre 110 et 400 € le m 2 dans l'hyper centre ville, entre 55 et 180 € dans les autres quartiers, entre 70 et 105 € en zone commerciale périphérique.

Une créatrice à Limoges
31 ans, gérante du magasin Les Libellules

Quel est votre parcours ?

«Diplômée d'un BTS en assistance gestion de PME-PMI, j'ai toujours voulu travailler dans la vente. Après sept ans d'expérience dans une boutique de Limoges, où j'étais responsable, j'ai saturé, voulu changer de vie et partir dans une autre ville. Mais j'ai rencontré mon mari : je suis donc restée, avec l'idée de me mettre à mon compte. Je connaissais ma clientèle, il fallait juste trouver un produit prêt-à-porter original, mettable et abordable. Du coup, chez moi, on ne trouve pas de noir, mais des vêtements colorés».

Quelles aides avez-vous reçu ?

«Outre l'Accre, j'ai surtout suivi un stage de création d'entreprises à la CCI : étude de marché, gestion, communication, droit... en sept semaines, j'ai eu le temps d'étayer mon projet. En parallèle, je poursuivais mes recherches sur les marques, visitais les salons professionnels et démarchais les représentants. Ensuite, trouver un local n'a pas été facile. Mais finalement, je suis idéalement située, dans un espace de 35 m 2 sur la place de la République, que je loue 900 € . Toutes mes économies y sont passées, ajoutées à un gros emprunt !»

Le démarrage est-il satisfaisant ?

«A l'ouverture en août 2004, les clientes étaient ravies. Depuis, l'affaire est rentable, mais il faut s'accrocher. Je renouvelle sans arrêt mes collections, je fais tout pour que ma boutique soit conviviale. Certaines clientes parties vivre à Paris reviennent acheter chez moi quand elles sont de passage. C'est l'avantage d'une ville à taille humaine, où le commerce est très concentré. Et être son propre patron est particulièrement gratifiant, même si la pression du chiffre est constante».

 

 

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