FRANCHISES - ENTRETIEN
10 questions
Comment aménager un magasin au meilleur prix ?
Revue PIC-INTER - n°301 - Novembre - Decembre 2006
L'aménagement d'un magasin représente un investissement important. Le choix de l'aménageur doit donc faire l'objet d'un soin particulier. Faut-il faire confiance à l'agenceur proposé par votre franchiseur, en chercher un autre moins cher ou vous adresser à des artisans locaux ? Chaque formule a ses avantages et inconvénients.
Combien coûte l'aménagement d'un magasin ?
Ce coût, qui se calcule au mètre carré, varie considérablement d'une catégorie de magasin à l'autre. L'échelle de prix s'étend de 1 à 10 ! Les grandes surfaces discount, les magasins de dépôt-vente sont les moins coûteux : 380 € au m 2 pour un magasin de sport Twinner , 450 € au m 2 pour Troc de l'Ile . Les boutiques de luxe, qui font appel à des matériaux raffinés, sont évidemment beaucoup plus chères : 1 300 à 1 600 € au m 2 pour Fruits et Passion . La note peut atteindre 4 000 € au m 2 dans des boutiques de très grand luxe. « Les plus coûteuses sont les boutiques de prêtà- porter de très haut de gamme », explique l'architecte-aménageur Vincent Houot .
Faut-il systématiquement ouvrir un «très beau» magasin ?
Le magasin doit correspondre à la vocation de l'enseigne. « Un magasin, c'est une usine à vendre, ce n'est ni un entrepôt ni un salon , dit Stéphane Tahar , franchiseur de l'enseigne de lingerie discount Body One . Ce qui m'intéresse, ce n'est pas d'avoir le plus beau magasin mais le plus rentable ». Même discours chez ses concurrents de Soleil Sucré , qui se refusent à faire dépenser plus de 600 € au m 2 à leurs franchisés. De même, La Compagnie des Petits vend des vêtements pour enfants fabriqués en Chine dans un décor réduit au minimum : quelques linéaires pour présenter les articles. Inutile donc de se ruiner pour «se faire plaisir» : un décor trop luxueux par rapport aux articles proposés risque même d'effrayer une clientèle qui craint de dépenser trop ! La folie des grandeurs peut conduire à l'échec.
Les commerces haut de gamme justifient-ils des dépenses élevées ?
Oui, car le luxe appelle le luxe. Et il coûte beaucoup plus cher. « Goldy les montres, c'est un commerce haut-degamme, il faut que ça ait de la gueule. Le décor écrin des magasins, avec des matériaux nobles comme l'acier et le bois a joué un rôle important dans le succès de cette enseigne », lance Claude Perseil , ex-développeur de cette franchise. L'addition peut monter très vite quand on doit utiliser de l'acajou, de l'acier, des barres de cuivre, des éclairages sophistiqués, des moquettes moelleuses pour créer une atmosphère feutrée propice à la vente d'articles raffinés ». Le montant de la facture est évidemment inquiétant, mais il faut savoir qu'il s'agit d'un investissement rentable. « Sur le conseil de mon franchiseur, j'ai changé la déco de mon magasin voici quelques années , explique François Santucci , franchisé du Comptoir Irlandais . Nous avons fait poser du parquet, des linéaires en bois, ce qui donne une «ambiance bateau» plus chaleureuse. Ça s'est répercuté très vite sur le tiroir caisse. » Enfin, il ne faut pas oublier qu'un magasin doit être adapté au quartier dans lequel il est implanté.
Le franchiseur prend-il en charge l'aménagement du magasin ?
En principe non. Ce n'est pas son métier. Il peut arriver qu'un franchiseur très structuré intègre un cabinet d'architecte-décorateur, mais c'est rare. En général, il traite avec un cabinet d'architecte extérieur qui supervise les travaux.Quant à l'installation du magasin, elle est toujours sous-traitée. En revanche, tout franchiseur a des exigences en matière d'aménagement de magasin, car son concept doit être reproduit à l'identique. Ces exigences passent par un cahier des charges que le franchisé doit respecter. Mais la signature du contrat de franchise et celle d'un devis d'aménagement du magasin sont deux opérations différentes, même si le franchiseur affirme apporter une boutique «clés en mains».
Un franchisé peut-il librement choisir son aménageur ?
Oui. Il est arrivé que des franchiseurs imposent par contrat leur aménageur maison ou un aménageur avec qui ils avaient passé des accords, par exemple Zannier , mais la loi a condamné strictement ces pratiques. Il ne faut donc pas accepter des clauses qui vous obligeraient à traiter avec l'aménageur du franchiseur. Au cas où vous l'auriez fait néanmoins, sachez que ces clauses sont illégales. En cas de litige, un tribunal les refusera. La jurisprudence est formelle. En revanche, un franchiseur peut parfaitement vous conseiller un aménageur. Certains franchiseurs admettent d'ailleurs qu'il s'agit. d'une «recommandation ferme». Cela n'implique d'ailleurs pas que le franchiseur ait des intentions malhonnêtes. Savoir que son franchisé traite avec un aménageur qui a fait ses preuves le sécurise.
L'aménageur proposé par le franchiseur est-il toujours plus avantageux ?
Tout dépend de la situation. Certains franchiseurs ne sont en fait que des installateurs de magasins et des vendeurs de matériel, pas toujours compétents ! (Certains prenaient des marges sur des sous-traitants recrutés au coup par coup et se sont faits épingler par la justice pour ces pratiques.) En revanche, la plupart des grandes enseignes traitent avec des groupes spécialisés qui ont fait leurs preuves. L'intérêt est alors de bénéficier des économies d'échelle réalisées grâce au grand nombre de points de vente semblables installés. L'expérience de l'installateur, qui connaît bien le concept, met généralement le franchisé à l'abri de retards, d'erreurs grossières et de malfaçons. Mais cela n'empêche pas d'examiner attentivement les devis avant de les signer.
Comment savoir si l'on paie le «juste prix» ?
Il existe plusieurs méthodes. La première consiste à faire des appels d'offre auprès des artisans locaux et des aménageurs spécialisés et de comparer leurs devis. Encore faut-il comparer ce qui est comparable, à savoir la qualité du travail, la fiabilité des entrepreneurs et le respect des délais. Pour connaître ces données, il faut vérifier les références des artisans et des aménageurs sollicités en visitant des magasins et en interrogeant les commerçants. La seconde méthode consiste à évaluer le coût au mètre carré pour se faire une idée générale. Chaque franchise, selon la nature du commerce exercé, a en général calculé le coût moyen de l'aménagement au mètre carré, hors grands travaux. Les devis doivent donc se maintenir dans ces limites. S'ils les dépassent, c'est souvent parceque les aménageurs ou les artisans essaient de vous vendre des matériaux trop luxueux pour la destination de votre commerce. Enfin, vous pouvez essayer de vous informer auprès des autres franchisés. Et notamment leur demander à qui ils se sont adressés et combien ils ont payé.
Comment avoir la garantie que les délais seront respectés ?
Le respect des délais est un point particulièrement important. Si vous ouvrez avec trois mois de retard, c'est autant de manque à gagner dans votre tiroir-caisse. Ce retard va donc faire monter l'addition. Enfin, le franchiseur prévoit généralement un planning de lancement d'un nouveau point de vente, avec la présence d'un de ses cadres pour vous assister pendant la période d'ouverture, une campagne de publicité, des dates de livraison, etc. Si ce planning est bouleversé par un retard, vos relations avec votre franchiseur vont mal commencer. Sur le plan juridique, le seul moyen de se prémunir contre des retards est de faire signer un contrat prévoyant des indemnités par jour de retard. Mais, d'une part il est très rare qu'un aménageur signe ce genre d'engagement ; d'autre part, même s'il les signe, il faudra encore l'obliger à verser ces indemnités : vous risquez d'entrer en conflit avant la fin des travaux, ce qui est toujours source de tracas, et ensuite de vous retrouver devant les tribunaux, ce qui est long et très coûteux. La réputation de l'aménageur restera donc la meilleure garantie. D'autant que celui-ci ne voudra pas perdre la clientèle du franchiseur.
Peut-on diriger les travaux pour économiser des frais d'architecte ?
Oui, si l'on s'en sent la compétence et le courage. L'architecte choisi par le franchiseur sera alors chargé seulement d'agréer les travaux une fois ceux-ci terminés, pour s'assurer qu'ils sont conformes au cahier des charges.Vous économiserez donc sur les honoraires d'architecte qui passeronT de 7 à 12% du montant des travaux à 2 ou 3%. Mais, coordonner les travaux de plusieurs artisans différents va vous demander du temps, de l'énergie et de la patience.Tous ceux qui ont fait faire des travaux dans une maison ou un appartement savent qu'il est toujours très difficile de coordonner les travaux d'artisans différents : maçons, vitriers, électriciens, chauffagistes, etc. Et surtout il est bien rare que tous ces artisans tiennent leurs délais. Or il suffit qu'un seul d'entre eux prenne du retard, pour entraîner une cascade de retards de plus en plus importants. En revanche, vous ferez évidemment une économie si vous négociez habilement car ces artisans n'ont pas les mêmes frais de structure qu'une grosse PME d'aménagement. Attention aux travaux «au noir» : en cas d'incendie par exemple, vous ne serez pas remboursé. D'une façon générale, cette solution est déconseillée à ceux qui n'ont aucune expérience de la direction de travaux et des relations avec les artisans. A noter : il existe une franchise spécialisée dans la mise en relation des artisans et des commerçants : Activ'travaux . Mais ce réseau débute et n'a pas encore fait ses preuves.
Peut-on faire une partie des travaux soi-même ?
C'est possible, mais pas évident. En effet, dans le cadre d'une franchise, un magasin doit être impeccable de A à Z le jour de son ouverture. On ne peut pas le «bricoler» petit à petit. Il faut donc être très compétent pour se lancer dans cette aventure. Certaines enseignes se prêtent mieux que d'autres à ces travaux d'amateur. Les réseaux de boutiques d'articles de bas-de-gamme peuvent se contenter de rayonnages simples et d'une signalétique fournie par le franchiseur. Mais c'est totalement impossible pour des magasins d'articles de luxe. D'une façon générale, les franchiseurs n'apprécient pas les «bricoleurs » car ils veulent traiter avec des partenaires qui ont les moyens d'investir dans un magasin à leurs normes. Il peut y avoir des exceptions pour des enseignes débutantes, mais la formule n'est pas recommandée.
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