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FRANCHISES - QUESTIONS / RÉPONSES

10 QUESTIONS
Comment obtenir les meilleurs pris et les meilleures ristournes de ses fournisseurs ?

Revue PIC-INTER - n°300 - Septembre - Octobre 2006

Les géants de la grande distribution imposent leurs conditions aux producteurs et aux fournisseurs. Il n’en va pas de même des commerçants qui paient parfois les mêmes produits plus cher que leurs concurrents. En se groupant, ils peuvent pourtant eux aussi espérer obtenir des tarifs et des ristournes intéressantes. Mode d’emploi.

Le commerce organisé offret- il la garantie d’obtenir des tarifs préférentiels et des ristournes des fournisseurs ?

Il en offre la possibilité, mais pas la garantie. Le fait d’acheter en grandes quantités pour un réseau regroupant des dizaines voire des centaines de magasins donne évidemment du poids au franchiseur qui se charge de ces achats. Mais, d’une part tous les franchiseurs ne se chargent pas des achats, d’autre part tous les franchiseurs ne présentent pas les mêmes compétences,enfin tous ne répercutent pas les ristournes qu’ils obtiennent. Il n’existe donc pas de véritable garantie.Tout dépend de quelle façon le franchiseur est organisé, quelle est sa fonction exacte, quels sont ses engagements. Et aussi du secteur considéré, car toutes les professions ne fonctionnent pas selon les mêmes principes, bien que leurs méthodes d’approvisionnement présentent des points communs.

Une centrale d’achats estelle plus avantageuse qu’une centrale de référencement ?

Impossible de répondre de façon tranchée à cette question. L’avantage de la centrale d’achats, c’est qu’elle libère le franchisé de nombreuses tâches. Si la logistique du franchiseur fonctionne bien, le franchisé gagne un temps et une énergie considérable. Mais une centrale d’achats a un coût : il faut réceptionner les marchandises, les stocker et les dispatcher dans les points de vente du réseau. Il arrive que ce coût de fonctionnement soit si élevé que, en bout de chaîne, le franchisé paie aussi cher que s’il s’adressait directement aux f ournisseurs. En revanche, la centrale de référencement, dont le coût se limite à la sélection des produits et aux négociations avec les fournisseurs, donne tout de même moins de poids au réseau dans la mesure où ces fournisseurs ne sont pas absolument certains que les franchisés achèteront chez eux, et ne savent pas en quelles quantités.Ajoutons que tout dépend aussi du secteur considéré : certains produits conviennent mieux que d’autres aux centrales d’achat pour des raisons techniques, par exemple parcequ’ils ne peuvent pas être conservés longtemps et parceque leur transport est délicat.

Les franchises sont-elles plus avantageuses que les coopératives ou les réseaux souples pour obtenir des tarifs préférentiels et des ristournes ?

La catégorie de commerce organisé choisi ne joue pas. Ce qui importe, c’est de savoir de quelle façon fonctionne le réseau. Est-il le fournisseur exclusif de l’affilié ? Possède-t-il une centrale d’achats ? Une centrale de référencement ? Fabrique-t-il lui même ses propres articles ? Il existe des coopératives qui imposent une exclusivité d’achat par contrat et des franchises qui jouent uniquement le rôle de prestataires de services, et vice-versa. C’est donc le contrat qu’il faut examiner attentivement.

Comment être certain que le franchiseur va répercuter les ristournes ?

C’est évidemment un problème important. «Il est fréquent que les franchiseurs réalisent des marges arrières, à la manière de la grande distribution, explique par exemple l’avocat spécialisé Serge Méresse. C’est-à-dire qu’ils négocient des tarifs préférentiels avec les fournisseurs, mais conservent la part du lion». Le franchisé doit donc essayer d’imposer une certaine transparence. Il existe plusieurs solutions : une centrale d’achats indépendante de l’entreprise du franchiseur et gérée directement par les franchisés ou de façon paritaire; une commission d’achats à laquelle participent les franchisés pour sélectionner les articles et discuter des prix. «La transparence complète est toujours difficile à obtenir, précise Serge Méresse, et ces solutions supposent évidemment que le franchisé accepte de consacrer une partie de son temps à la gestion de la centrale ou pour faire vivre une commission d’achats efficace». Les comptes de la centrale d’achat peuvent aussi être soumis aux franchisés et à des experts désignés par eux, comme par exemple les comptes d’un syndic de copropriété. Mais bien entendu, cette vérification des comptes ne peut pas empêcher le versement de ristournes déguisées au franchiseur, sous différentes formes. Les aménageurs de magasins savent par exemple que, pour obtenir un marché, ils doivent accepter de faire bénéficier les enseignes de toutes sortes d’avantages, par exemple des remises sur l’aménagement des points de vente appartenant en propre au franchiseur, et parfois sur l’aménagement de magasins d’un autre réseau lié aussi au franchiseur, ce qui rend les vérifications difficiles. La transparence complète n’existe pas, mais il y a en revanche des degrés variés d’opacité…

Faut-il accepter une clause d’exclusivité d’achats et celle-ci a-t-elle des conséquences sur les tarifs ?

De toute évidence, un fournisseur unique va être tenté de profiter de son monopole. Mais l’exclusivité ou «la quasi-exclusivité» fait partie des principes mêmes de la franchise. Cette exclusivité n’a cependant pas la même signification dans un réseau de distribution dont la marque joue un rôle déterminant et dans une franchise de services ou dans une franchise qui vend des produits de marques différentes. Une marque connue, comme par exemple les chaussures Timberland ou les polos Lacoste, ne peut pas accepter de voir n’importe quels articles côtoyer les siens dans les vitrines de ses franchisés. En revanche, un franchiseur de services a peu d’argument pour justifier un monopole d’approvisionnement. Par exemple, le réseau de centres de lavage de véhicules Eléphant Bleu a d’abord tenté d’imposer la vente de pièces de rechange à ses franchisés, puis y a renoncé face à leurs réticences. En l’occurrence, le franchiseur est en droit d’imposer un cahier des charges pour s’assurer de la qualité du matériel utilisé par son franchisé, mais pas une marque précise puisque celle-ci ne joue aucun rôle dans l’image du réseau. Il est donc logique d’exiger que le contrat contienne une clause précisant que le franchisé a le droit de choisir un autre fournisseur si celui-ci lui propose un meilleur rapport qualité prix. Le franchiseur se trouvera ainsi en concurrence avec les autres fournisseurs, ce qui l’obligera à surveiller ses tarifs.

Peut-il arriver que les prix d’un franchiseur soient plus élevés que ceux des autres fournisseurs ?

Oui, cela arrive malheureusement. Soit parce que le franchiseur n’est pas suffisamment compétent pour négocier des prix intéressants, soit parce qu’il se montre trop gourmand sur les marges. Le franchiseur Physiomins (centres d’amincissement) s’est ainsi fait épingler par une association de franchisés qui constatait que ses tarifs étaient très supérieurs à ceux du marché. Dans certains réseaux de fleuristes, des franchisés ont aussi parfois été surpris de trouver certains produits sur les marchés régionaux à des tarifs plus avantageux que ceux pratiqués par leur centrale d’achats. Ces cas ne sont pas exceptionnels. Ces écarts ne proviennent pas nécessairement de la gourmandise du franchiseur. Ils peuvent avoir pour origine l’instabilité d’un marché particulier. Par exemple, le marché des fleurs est particulièrement volatile : les prix varient chaque jour à la manière des cours de la Bourse. Le marché de l’informatique bouge lui aussi presque aussi vite : les produits se démodent en quelques jours et les prix des composants sont établis au jour le jour.C’est pourquoi, sur ce dernier marché, les réseaux ont beaucoup de mal à s’imposer. Les centrales d’achat ne peuvent pas stocker les produits et sont inefficaces. Toutefois, il ne faut pas confondre les écarts exceptionnels de prix avec des écarts permanents. «Ca ne m’intéresse pas de faire un coup en me levant à quatre heures du matin pour acheter au marché régional, dit par exemple Jean-Marc Donce, propriétaire de trois magasins Monceau fleurs. Je juge les prix de mes fournisseurs sur l’année, pas sur une courte période».

Faut-il se réserver une marge d’achats en dehors du réseau ?

Oui. C’est généralement préférable, non pour des questions de prix mais parce qu’il peut arriver qu’un franchiseur ne soit pas en mesure de faire face à une montée de la demande sur un produit précis. Cette marge d’achats «libre» représente donc une soupape de sécurité davantage qu’un moyen de faire pression sur le franchiseur. Sur ce plan, les politiques des franchiseurs sont très variées. Cette marge va de 10% à 50% selon les chaînes.

Le franchiseur peut-il imposer ses prix au franchisé ?

Théoriquement non, puisque, au terme de la loi, les prix doivent toujours être négociés entre les deux parties. En pratique, la négociation n’est pas aisée quand on a affaire à un fournisseur unique. La question des tarifs a parfois engendré des conflits, par exemple quand le franchiseur Yves Rocher a imposé à ses affiliés des ristournes… à la clientèle dans le cadre d’une opération de promotion. Dans ce cas, le coût de l’opération était entièrement supporté par les franchisés qui se voyaient obligés de réduire leurs marges. Ce qui n’est pas non plus conforme à la législation puisque, toujours en principe, un commerçant, même franchisé, est libre de fixer ses prix. Mais, cette liberté a ses limites, dans la mesure où, si les prix varient de façon significative d’un point de vente à l’autre, l’image de l’enseigne risque de se dégrader. Quand il franchit la porte d’un magasin, le consommateur ne se pose en effet pas la question de savoir s’il entre dans une franchise ou dans une succursale. Il s’attend à obtenir les mêmes prix et les mêmes services. Un compromis est donc indispensable pour parvenir à ce résultat. Le meilleur moyen reste la transparence au travers de commissions spécialisées : achats, prix, promotions, etc...

Peut-on négocier ses ristournes directement avec les fournisseurs ?

C’est possible évidemment, y compris pour un franchisé ou l’adhérent d’une coopérative, s’il n’a pas signé un contrat d’exclusivité d’achats avec son enseigne ou sa centrale d’achats. Le commerçant peut s’adresser directement aux fournisseurs, leur soumettre les prix pratiqués par son enseigne et leur demander s’ils leur proposent mieux. Son poids individuel ne sera pas très important, mais les fournisseurs n’ignorent pas que l’information peut se transmettre de bouche-à-oreille au sein du réseau, ce qui leur fera gagner de nouveaux clients. Dans certains secteurs, comme la parfumerie, qui pratiquent la «distribution sélective», le franchisé est même censé traiter directement avec les fournisseurs. Toutefois, la situation est en train d’évoluer et plusieurs réseaux mettent en place des dispositifs permettant de faire bénéficier leurs franchisés de ristournes de fin d’année.

Les franchiseurs pratiquent-ils des ententes sur les prix ?

Chacun a pu constater que le même modèle de téléviseur ou d’appareil photo est vendu exactement au même prix chez Darty et à la FNAC, et que, quand l’un des deux concurrents baisse son prix, l’autre suit immédiatement. Les réseaux de franchises sont eux aussi obligés de tenir compte des prix de vente pratiqués par leurs concurrents, que ce soit sur les prix affichés officiellement ou sur les prix pratiqués après négociations avec les clients. Un bon franchiseur doit conseiller intelligemment ses franchisés sur les prix, mais ne peut pas, en principe, imposer les prix de vente locaux. Les guerres de prix sont plus dangereuses pour les franchises que pour la grande distribution ou les réseaux intégrés car elles mettent en péril la marge des franchisés. De telles guerres de prix ont eu lieu par exemple dans le secteur de la coiffure d’entrée de gamme. Selon certains professionnels, ses effets ont été dévastateurs. En revanche, nous n’avons pas eu connaissance d’accord entre enseignes sur les prix, ni sur les prix pratiqués vis-à-vis des franchisés, ni sur ceux proposés à la clientèle. Aujourd’hui, beaucoup de franchisés connaissent les tarifs des enseignes concurrentes, y compris les prix payés par les franchisés des autres réseaux pour s’approvisionner, car l’univers du commerce est petit. On peut donc considérer que la concurrence joue entre les réseaux, sur les prix comme sur les ristournes : un franchiseur ne peut pas durablement être plus cher que ses concurrents, sinon ses franchisés risquent de l’abandonner rapidement. Plus les enseignes sont nombreuses sur le créneau, plus les prix sont fluides. Par exemple, sur le marché des fleurs, les trois enseignes leaders se suivent et s’observent de très près. Rien n’interdit à un franchisé de signaler à son franchiseur que son concurrent propose des tarifs et des ristournes plus intéressantes.

Sommaire numéro n°300

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