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INDEPENDANT - CONCEPT

Mrs. CHA
C’est dans l'air !

Revue PIC-INTER - n°300 - Septembre - Octobre 2006

La customisation a le vent en poupe ! En témoigne cette «détourneuse» de mode. Mais Charlotte Boutroy a plus d’une corde à son arc. Portrait.

Charlotte Boutroy, originaire de Reims, est le fruit d’une rencontre entre un père huissier de justice et une mère viticultrice accro à la broderie. Mains de couturière sur un corps de pin-up, Charlotte, 27 ans, revendique plus de vingt ans d'ancienneté dans la couture : elle a commencé avec une flottille de poupées habillées maison par elle. Petite fille très douée, Charlotte assemblait, entortillait, collait, bidouillait robes et manteaux dans un esprit très couture. «Ma grand-mère cousait beaucoup, ma mère brode. C'est de tout cela qu'est née ma passion pour la mode et la déco», dit-elle. Elle a continué en bricolant sa garde-robe. Puis, études dans le secteur para-médical : «Je voulais être éducatrice spécialisée pour enfants handicapés».Trop difficile ! Elle change d’orientation. Elle décide d'intégrer l’école Art et Design Polycréa à Toulouse où elle suit une formation de designer polyvalent. Elle obtient son diplôme avec mention «Bien». Après un passage dans une école de stylisme-modélisme à Paris, Charlotte sillonnent la capitale, de stages en stages... Elle attaque enfin son parcours initiatique. Un an à l’atelier Vauclair qui prépare à la fabrication : patronage, moulage sur les mannequins et coupe à plat. «Je voulais apprendre les techniques à l’ancienne», souligne Charlotte. Trois mois chez des jeunes créateurs dans le Marais. Pendant un an, elle apprend les secrets du corset dans les ateliers Caraco dans le 9ème arrondissement, une sorte d'usine à malices, où on fabrique des costumes pour le théâtre et le cinéma. «Ils ont réalisé les tenues pour La Reine Margot et Fanfan la Tulipe». Après deux mois passés dans la propre maison de John Galliano, elle débute une courte vie de salariée :Assistante-styliste chez René Mancini, créateur de la première chaussure Chanel. «Ma fierté est d’avoir travaillé comme styliste chez Green Fit, fabricant de chaussures pour Girbaud enfants».

UN STATUT FISCAL SIMPLIFIÉ

Guidée par le besoin de s'émanciper et l'envie d'explorer sa propre créativité, Charlotte décide d’ouvrir une boutique et de créer sa première ligne de vêtements à son nom, Mrs Cha. «J’avais quelques économie et mes parents m’ont épaulée financièrement. Mes soeurs et mon fiancé ont mis la main à la pâte pour réaliser les travaux. Mrs Cha a vu le jour en trois mois, dans une ancienne boutique de vente de foie gras qui périclitait. Je n’ai pas acheté de fonds de commerce, c’est une location pure». Un endroit magique situé rue Paul Bert dans le 11ème arrondissement de Paris... Un de ces lieux ouverts dont les gens raffolent.Après le stage obligatoire d’une semaine à la Chambre des Métiers, Charlotte a trouvé un réel soutien aux Ateliers de Paris qui l’ont aidée dans ses démarches administratives puis à établir son plan de trésorerie. «Les conseil sont gratuits». Elle a opté pour une Sarl en réel simplifié. «Une vraie société avec toutes les complications fiscales et administratives que cela implique», assure Charlotte. Aujourd’hui, dans sa boutique, ses petites robes évoquent un vestiaire conçu par une femme très romantique : jupes longues et courtes, robes dos nu,toutes recouvertes de dentelle - très Audrey Hepburn dans “Vacances romaines”, mini-robes découvrant les épaules, petits châles en guipure fleuri. «Les femmes, mais surtout les hommes, aiment les choses féminines qui se perdent aujourd’hui», dit Charlotte, en électrisant l'air de ses pupilles bleu lavande. Mais féminine çà veut dire quoi ? Une robe féminine, c'est une enveloppe qui dévoile gorge, jambes, bras, attaches... Charlotte Boutroy est son meilleur mannequin. La jupe qu’elle porte – la sienne – sera vendue à l’automne. Et chez elle une jupe devient une petite merveille sexy.Normal avec ses escarpins à talons hauts et argentés qui soulignent la finesse des chevilles ! «Ce sont des Galliano ancien modèle», précise Charlotte perchée sur un tabouret. Elle coud dans le magasin des pièces uniques pour ses clientes. «J’ai voulu faire une boutique-atelier, sur un modèle qui fait un tabac en Grande-Bretagne».

PIECES UNIQUES POUR MADAME TOUT LE MONDE

Pour se diversifier, elle a lancé une activité «customisation» qui représente un peu plus de 10% de son activité. La customisation ? Une vraie petite révolution fomentée il y a peu de temps. Elle fait ainsi des choses qu'on a toutes tenté de faire à l'adolescence avec un goût parfois incertain. Charlotte est une experte en la matière.Après son intervention, les vêtements reprennent vie, changent de formes. Elle détourne un motif, coud des bandes de jean sur un pantalon très classique, incruste un triangle de cuir au dos d’une jupe en voile, cache un trou sur un blouson en cuir avec des épingles à nourrice ou des broderies, modifie ou rajoute cols, poignets, poches sur des vestes, des manteaux et des chemisiers, change des boutons classiques pour des fermetures inédites… le tout dans un esprit très couture. Une robe de ménagère peut devenir une petite merveille coquine, à coups de dentelles, broderies, perles. «Influence rock avec un côté rétro, sexy mais pas vulgaire», tient-elle à souligner. Une sorte de haute couture dans l'air du temps, entre pièce rapiécée et recyclage de crise. Elle customise même les chaussures. Autres cordes à son arc : elle crée des bijoux, brode et tricote des accessoires : guêtres, mitaines, écharpes, poignets. Cerise sur le gâteau : Ce n’est pas très cher. Mais l’activité est récente.

«Ce que j'apprécie le plus dans la customisation, c'est le sentiment d'être unique et de ne pas être vêtue comme Madame tout le monde». Il faut dire que si elle aime la couture avant tout, elle adore les «détournements» qui en sont une variation. C’est simple, au lieu de partir d’un coupon de tissu, on utilise un vêtement auquel on donne un nouveau souffle. N'est-il pas gratifiant de porter des vêtements totalement uniques, tout droit sortis de l’imagination de Charlotte Boutroy ? Ses sources d'inspiration sont vraiment multiples. Elle glane des idées au cours de ses voyages – Brésil, Espagne dans la rue, dans les livres d’histoire, époque 1800 à nos jours. «Je suis tendance rétro, pas futuriste du tout», lance-t-elle joyeusement. Bien vu ! Le vintage fait un tabac.

«Je travaille également avec des jeunes créateurs qui exposent leurs vêtement et objets dans ma boutique : chapeaux, prêt-à-porter, objets de déco telles que d’originales bougies représentant des corps enlacés». Ses objectifs ? «Une belle collection pour l’hiver 2006 avec des jupes années 1950, et 1970 pour des pantalons». Et quelques produits surprises. Mais chut ! «Des sous-vêtements et accessoires pour hommes, peut-être des chaussures», chuchote-t-elle.

Dans quelques temps, avec un clic de souris, on pourra admirer ses créations sur la toile et traverser les océans pour rentrer dans sa boutique. Son rêve : ouvrir un autre commerce dans le Sud. Pour le moment, c’est un peu tôt. On ne peut même pas aborder la question du chiffre d’affaires. «mon activité est récente», souligne Charlotte Boutroy. Une bonne entente règne entre les commerçants du quartier. «Pas de jalousie mais beaucoup d’entraide. A l’ouverture ils sont venus me voir pour me souhaiter la bienvenue et me donner des conseils. C’est génial !»

 

Carte d'identité  

 

DATE D’OUVERTURE : mai 2006
JOURS ET HEURES D’OUVERTURE :
- du mardi au vendredi de 11 h 30 à 14 h et de 16 h à 20 h
- Le samedi de 11 h 30 à 14 h et l’après-midi sur rendez-vous
PRIX MOYEN : de 15 € pour un collier à 120 € pour une robe De 10 à 30 € pour une customisation, parfois plus
PANIER MOYEN : 40 €

 

 

Sommaire numéro n°300

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