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INDEPENDANT - SAGA

Les toiles de Mayennes
200 ans de réussite et d'indépendance

Revue PIC-INTER - n°298 - Mai- juin 2006

Entrepreneur visionnaire s’inspirant des socialistes utopiques, Gustave Denis a édifié au XIXème siècle une entreprise et des infrastructures sociales originales. Il a également innové dans les méthodes managériales et la gestion d’entreprise. Son oeuvre reste une référence remarquable. Son entreprise, Les Toiles de Mayenne, a résisté au temps.

En 1806, un manufacturier anglais, Thomas Armfield et un négociant parisien, Jean-Pierre Horem, achètent une abbaye cistercienne, construite au XIIIè siècle, située à Fontaine-Daniel dans la Mayenne. Ils y installent une filature où ils fabriquent du fil qu’ils remettent aux tisserands indépendants de la région. Puis ils commercialisent les tissus. Voilà comment à commencer l’histoire de notre famille», explique Grégoire Denis, l’actuel jeune PDG de la prestigieuse société, Les Toiles de Mayenne, qui a fêté son bicentenaire cette année. Mais le véritable fondateur de la dynastie sera Gustave Petit. Né en 1833 à Fontaine-Daniel, ce village unique, construit par et pour l’activité des Toiles de Mayenne, Gustave est français par son père et anglais par sa mère. Il sort de l'école Centrale en 1854. Après une première expérience comme ingénieur dans une entreprise textile d'Amilly dans le Loiret, il revient à Fontaine-Daniel en 1858 et succède à son père, Martin Denis. Quatre ans plus tard, il rachète l'entreprise à sa tante, Madame Horem, épouse du fondateur. Industriel génial et inventeur avisé, il est encore aujourd’hui considéré par beaucoup comme la figure d’un patronat qui aurait mis en pratique une gestion humaniste de l’entreprise et tournée vers le progrès social.

Lorsqu’il reprend la direction de l’entreprise familiale, il est sur tous les fronts. Il a l’idée de réaliser ses propres machines dont certaines seront brevetées, cherche les débouchés et les matières premières en France et en Angleterre, calcule les prix de revient et veille au bon fonctionnement des équipes de travail. Ce qui lui vaut un succès immédiat. Parallèlement il devient un fervent adepte des utopies de ses contemporains (Fourier, Owen, Saint-Simon…). Ses idées matinées de christianisme, lui interdisent de rechercher l'enrichissement personnel. La prospérité de Fontaine- Daniel est l’une de ses préoccupations principales et il le prouve en réinvestissant ses propres bénéfices. Pour Gustave, la prospérité doit être mentale et matérielle. Il désire que les habitants dulieuaient la possibilité de trouver l'équilibre et pour compenser les durs travaux à l'usine, il engage d'importants travaux d'assainissement des immeubles de 2 ou 3 étages construits par son père Martin Denis. Gustave chercha tout au long de sa vie à mettre en pratique ses idées de progrès social auxquelles il consacra une bonne partie de son énergie. Il met en place tout un système d’instruction et de protection sociale pour ses employés. Il encourage les activités culturelles - théâtre, bibliothèque – et décide de rouvrir l’école créée en 1833 par sa tante anglaise. «Le véritable instrument de progrès, de force morale sera l'école», disait-il. Gustave Denis plaide pour la scolarité obligatoire de tous les enfants de moins de quatorze ans. «Il était socialement avant-gardiste, expose Grégoire Denis. Il a créé une école laïque et gratuite et rendu la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans, bien avant Jules Ferry». Sur le plan départemental, Gustave sera président du Conseil Général de la Mayenne pendant plus de trente ans, président de la Chambre de Commerce de Laval de 1871 à 1910. Il s'y illustrera notamment par ses travaux sur le travail des enfants et le travail de nuit. Il prendra nettement position contre ce dernier. A l'échelle nationale, Gustave siègera au Sénat pendant 23 ans. «Dans cette assemblée, il établira sa notoriété par ses travaux sur les questions ouvrières, agricoles, douanières et sur la question du blé», rappelle son héritier.

DIVERSIFICATION REUSSIE

De son union avec Eugénie Merle d’Aubigné naîtront 8 enfants dont deux, Paul et Georges, dirigeront la société avec leur père. Gustave décède en 1925. Deux ans après l’usine sera électrifiée et après la seconde guerre mondiale, un tissage est construit pour le tissu d’ameublement. «Jusqu’en 1939 nous ne faisions que du tissu d’habillement. C’est mon grand-père qui a pensé à diversifier». L’activité ne suffisait plus sur ce marché fortement atomisé et très concurrentiel. Manquait une grosse opération de croissance externe pour se démarquer et stabiliser l'ensemble créé par Gustave Denis. «Une entreprise de la taille de la nôtre ne peut pas être forte dans différents domaines», explique Grégoire Denis. Aujourd’hui, les vêtements ont disparu pour faire place à l’ameublement : canapés et chaises sont fabriqués à l’extérieur mais finalisés par les Toiles de Mayenne.Avec plus de 450 références de tissus, toutes les composantes d’un intérieur s’exposent à Fontaine-Daniel. La décoration est devenue un concept global et dans l’entreprise on sort du simple tissu, on attire le client par des gammes d'accessoires qui le poussent à revenir. Une politique agressive qui rend les Toiles de Mayenne incontournables, avec des articles coordonnés, pour tous les prix, qui permettent de créer chez soi des ambiances harmonieuses. «Nous faisons dans le haut de gamme. Les tissus fabriqués sont exclusifs», souligne Grégoire Denis. L’Entreprise confectionne également sur mesure tous types de tissus d’ameublement.

Comme beaucoup d'établissements, Toiles de Mayenne a subi un gros creux en 2003. Mais l’activité a repris en 2004 et en 2005 avec l’ouverture de plusieurs boutiques. L'importante force de frappe dont la société bénéficie aujourd'hui consacre l'acharnement de sept générations à défendre le raffinement à la française, en France et aujourd’hui à l’étranger. Un axe de développement à l'international que la stagnation du marché français rend d'ailleurs indispensable. Puisque notre art de vivre s'exporte très bien. L’entreprise s’est largement développée aux Etats-Unis par le biais d’un distributeur. Et Grégoire Denis ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Une coopération avec un distributeur canadien a vu le jour.

Les magasins sont importants pour l’entreprise. Ce sont 75 boutiques à l’enseigne Toiles de Mayenne à travers le monde où l’on peut trouver coussins, rideaux, nappes, plaids déjà prêts, mais les boutiques servent surtout de relais entre le client et l’usine dans le cas d’une confection sur mesure. Conseils et idées sont fournies sur place.Chaque commande est ensuite acheminée sur Fontaine- Daniel où le sur-mesure est réalisé à 100%. C’est bien là l’atout de Toiles de Mayenne, selon Grégoire Denis. «Nos produits sont associés aux services qui les accompagnent. De plus, nous maîtrisons la chaîne de bout en bout». Un fonctionnement sans intermédiaire qui permet à l’entreprise «de proposer des produits de qualité au prix juste avec une grande souplesse et une grande réactivité».

Travailleur acharné, Grégoire Denis est entré dans l’entreprise après ses études. Héritier légitime, il fait rapidement ses preuves et c’est tout naturellement qu’il devient PDG. Son frère Raphaël est directeur financier et son cousin Michaël s’occupe tout l’aspect technique de la production, tous les nouveaux modèles passant par lui. L'héritage de de la dernière génération Denis tient à une expérience : leurs ancêtres leur ont donné le goût de toucher à un tissu en fermant les yeux pour juger de la qualité.

  1806 : Création de la manufacture de Fontaine-Daniel
1816 : la manufacture emploie 760 ouvriers filateurs et tisserands
1833 : construction de la première école laïque par les créateurs de la société
1858 : Arrivée de Gustave Denis aux commandes de l’entreprise 1901 : 350 salariés
1929 : électrification de l’usine
1951 : la marque Toiles de Mayenne est déposée
2005 : 75 boutiques à travers le monde
 

 

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