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REGION - Normandie

S’installer en Normandie ou Caen OU Rouen

Revue PIC-INTER - n°298 - Mai- juin 2006

L’une se développe sur le modèle des villes du Grand Ouest, l’autre, davantage sur celles du Nord et de la Picardie. Les deux métropoles poursuivent pourtant le même objectif : assurer l’excellence normande face à la Bretagne, l’agglomération parisienne et même l’Europe.

Rouen, Caen et Le Havre : trois grandes métropoles, c’est pas mal pour une seule région. Seul hic pour la Normandie : aucune n’a la dimension européenne. Seule solution : coopérer. Les trois voisines, qui réunissent 850 000 habitants, pourraient ainsi atteindre une sorte de masse critique. De quoi commencer à exister. Oui, mais voilà. L’union ne se décrète pas, elle se construit avec beaucoup de bonne volonté. Et il semble qu’il en ait manqué depuis la naissance de Normandie-Métropole, entité juridique permanente née en 1990 et rassemblant les trois villes. A son seul actif : un pôle universitaire commun.
Si l’objectif est de mettre en branle une série de chantiers dans des domaines fondamentaux (santé, enseignement supérieur, routes…), on est encore loin de la métropole «tripolaire» dont rêvent certains. Un exemple illustre parfaitement l’éclatement normand : le maintien de cinq aéroports lilliputiens, dans des villes (Caen, Rouen, Le Havre, Cherbourg et Deauville) qui refusent de sacrifier leurs positions pour permettre aux Normands d’être reliés aux grandes villes du continent.
Pourquoi cette incapacité à travailler ensemble ? Entre les Hauts-normands et les Bas-normands, le torchon brûle depuis le Moyen-Age. Ancienne deuxième ville du Royaume, Rouen a longtemps considéré Caen avec condescendance. De son côté, Caen craint encore, si elle se décide à collaborer, d’être reléguée au rang de sous-préfecture de Rouen. La politique s’en est également mêlée, avec des maires de bords différents jusqu’en 2001… puis des maires du même bord mais incapables de s’entendre ! La géographie, enfin, n’arrange rien. Caen, cheflieu d‚une région agricole plus éloignée de Paris, se sent davantage d’affinités avec le Grand Ouest, dont elle se rapproche par le développement démographique et économique. Les usines et les grands ensembles de Rouen ne l’attirent guère. Rouen, elle, se développe davantage selon le modèle des villes du Nord et de Picardie. Pourtant, c’est bien l’excellence normande qui est en jeu.A charge pour la première, d’un tempérament marin, et la seconde, plus fluviale, de mettre de l’eau dans leur vin.Après tout, il s’agit toujours d’une histoire de fluides.

CAEN LA MARITIME

DÉMOGRAPHIE

Avec 114 000 habitants intra muros, mais seulement 199 490 dans son agglomération et 370 000 au sein de son aire urbaine, Caen souffre de sa petite taille. Mais compense par une croissance démographique qui prouve sa belle attractivité.

ENVIRONNEMENT

Avec son incroyable maillage en espaces verts, son château médiéval, son champ de courses en plein centre, son canal et son bassin de plaisance, Caen est une ville où il fait bon vivre. Même la plage est proche. Ce n’est pas un hasard si la métropole figure dans tous les palmarès des villes vertes établis dans la presse nationale. Même sa politique volontariste en faveur des transports en commun est montrée en exemple.

TOURISME

Détruite en partie lors du débarquement de juin 1944,la cité construite par Guillaume le conquérant peine à se débarrasser de cette image de ville mutilée. Dans la capitale du Calvados, il n’y a pourtant pas que des pommes et des tripes. Il reste également un Château ducal et trois abbayes magnifiques.Mais il aura fallu la construction, en 1988, du Mémorial pour la Paix, musée dédié à la Seconde Guerre Mondiale, pour que les touristes reviennent en masse sur les plages du débarquement. Du coup, Caen est la troisième ville française pour la fréquentation des sites touristiques.

TRANSPORTS

Si le réseau autoroutier permet de rejoindre Paris ou Rennes en deux heures, les dessertes ferroviaires et aériennes doivent être améliorées.Absence de TGV oblige, i l faut encore compter 1h45 pour rallier la capitale. En outre, la fréquence des trains est relativement peu élevée dans la journée. Et si l’aéroport de Caen-Carpiquet est le premier de la région, les vols nationaux et internationaux sont quasiment inexistants. Pour atteindre les autres villes françaises et européennes, il faut transiter par Lyon. En revanche, le ferry accoste en Angleterre trois fois par jour. Et si l’activité du port de commerce Caen-Ouistreham se développe à nouveau, il en est de même pour le port de plaisance. Les deux souhaitent d’ailleurs en créer un troisième, en eau profonde celui-là. Quant aux transports urbains, la capitale basnormande offre de loin le meilleur réseau de la région,avec de nombreuses lignes de bus,des tarifs très raisonnables et une excellente fréquentation.

EQUIPEMENTS

Dans plusieurs domaines, Caen est mieux dotée que sa voisine. Cela vaut, par exemple, pour la santé ou le sport (deux fois plus de gymnases par habitant !), mais aussi, et surtout, pour la culture, avec des équipements d’envergure nationale : un théâtre, un centre chorégraphique, un centre dramatique, un musée des Beaux-Arts, un Zénith, un centre d’art contemporain et une Salle de Musiques actuelles qui ouvrira cette année.

ECONOMIE

En dépit de sa petite taille, c’est à Caen que revient la palme du dynamisme. Cette prospérité, la capitale bas-normande la doit en grande partie à son port, à la fois maritime et fluvial. Celui-ci a fait de Caen l’une des premières cités jusqu’au XVIème siècle. Aujourd‚hui, sa position reste importante (le sixième port de France et le premier pour les céréales), mais ses relations avec la cité se sont distendues. Parmi les secteurs traditionnels représentés, se distinguent l’agroalimentaire (avec notamment la zone d’activités Normandial), l’automobile (plus de 6 000 salariés avec RVI, Citroën et Robert Bosch SA) et la santé (11 500 salariés au total), qui comprend le CHU, des organismes de recherche publics et des groupes internationaux comme Schering- Plough ou Gilbert-Batteur. L’agglomération concentre également l’essentiel de l’activité électronique de la région (Oberthur, Crouzet Automatismes, Philips Composants). Cet atout a permis l’implantation d’entreprises high-tech et de start-up sous l’impulsion de la technopole Synergia et la pépinière d’entreprises Emergence.Le développement d’un tissu d’entreprises high-tech est d’ailleurs l’un des objectifs de Caen, dont l’université, avec 24 000 étudiants et trois campus (reliés par le tramway), représente un pôle de formation majeur. Certains déplorent le manque d’écoles d’ingénieurs, d’autres font valoir les nombreux centres de recherche publique (chimie, biologie, informatique, agroalimentaire, santé),dont le Grand accélérateur d’ions lourds.

COMMERCE

De ses grandes surfaces spécialisées, très nombreuses en périphérie, à ses deux gros marchés (Saint-Sauveur et Saint-Pierre), en passant par ses commerces de proximité (boulangeries, restaurants…), tous les indicateurs semblent montrer que Caen est mieux lotie que sa voisine _ seul contre-exemple, les grandes surfaces d’alimentation générale. Les mesures prises pour redynamiser le commerce du centre-ville n’y sont sans doute pas étrangères. Parmi elles : le lancement de www.achatcaen.com, plateforme permettant à chaque enseigne de se doter d’une vitrine électronique. Lancé en mars 2005, le site accueillait déjà une centaine de commerçants en ligne en février.

EMPLOI

Avec un taux de 9,7% fin 2005, le chômage dans le Calvados continue de s’aligner sur la moyenne nationale (9,5%). Pendant la décennie 1990, le nombre total d’emplois a augmenté de 8% à Caen.

CRÉATION D’ENTREPRISES

Les créations pures ont augmenté de 10% entre 2003 et 2005. Le département enregistre même des pics de plus de 20% pour les activités commerciales. En revanche, si l’on prend en compte les réactivations et les reprises, le Calvados a vu ses créations totales, au nombre de 2 832 en 2005, baisser de 2,1% par rapport à 2004. L’accompagnement des futurs patrons créateurs est varié : de l’accueil en pépinière (la Basse-Normandie en compte quatre) au dispositif Plato, à la fois programme de formation et réseau de chefs d’entreprise, qui repose sur le parrainage des petits patrons par des dirigeants de grandes entreprises.

IMMOBILIER

Les projets d’aménagement fourmillent , depuis le bassin Saint-Pierre jusqu’aux rives de l’Orne. Ils devraient donner un coup de fouet au marché de l’immobilier dans le centreville tout proche.

 

 

Un créateur à Caen Rémi Jobin, 50 ans, gérant de la cave à vins «Le rouge et le blanc»

Pourquoi le vin ? «Québécois, je m’intéresse au vin depuis mon arrivée en France, il y a 25 ans. Pendant tout ce temps, j’ai réalisé des études d’urbanisme pour une association de restauration immobilière. Mais j’ai aussi régulièrement fait les vendanges et je me suis fait de nombreux amis vignerons. Ouvrir une cave à vins était un vieux projet. Mon licenciement économique, en mars 2005, a été l’occasion de sauter le pas». Comment avez-vous concrétisé ce projet ? «Facilement ! L’étude de marché n’a pas été plus compliquée que mes études d’urbanisme. Après une formation de 5 jours à la CCI, j’ai trouvé un local rapidement : 20 m2 avec une petite cave, dans un quartier central épargné par la guerre et, par conséquent, plein de charme. En outre, le droit au bail (47 000 €) et le loyer (un peu plus de 600 € mensuels) sont raisonnables.Au total, j’ai démarré avec 100 000 €, dont la moitié empruntée à la banque. Pour constituer le stock, j’ai contacté directement les vignerons, sans passer par des négociants». Les débuts sont-ils prometteurs ? «Ouverte en octobre, la boutique a connu un très bon mois de décembre. Mon seul souci a été d’avoir affaire à des guides professionnels pratiquant des tarifs publicitaires malhonnêtes. Pour me faire connaître, je contacte les restaurants afin d’y placer quelques bouteilles. Je propose également des cours d’oenologie et des dégustations : tous les samedis, je débouche trois bouteilles et invite qui veut à venir les goûter. Dans le quartier, les jeunes couples aisés constituent une clientèle idéale. J’espère réaliser 100 000 € de chiffre d’affaires cette année».

 

 

ROUEN LA FLUVIIALE

DÉMOGRAPHIE

D’une taille équivalente (106 000 habitants) à celle de Caen, Rouen est, en revanche, nettement plus imposante si l’on prend en compte son agglomération (390 000 âmes) ou son aire urbaine (518 000). En outre, après plusieurs décennies de solde migratoire négatif, la vapeur s’inverse : d’après l’Insee,5 000 nouveaux Rouennais ont été accueillis entre 1999 et 2004.

ENVIRONNEMENT

Pluie, usines et chômage : malgré l’image grisâtre qui lui colle aux murs, la capitale de Seine-Maritime a de beaux atouts. Sur le troisième méandre de la Seine, se dressent aussi bien les cheminées des raffineries que les tours gothiques. Et si la mer n’est pas toute proche, le fleuve rend la vie plus douce. Ce n’est pas un hasard si le port fut longtemps le coeur de la cité.Avec son déménagement plus en aval, les quais ont été laissés à l’abandon. Mais de nombreux projets témoignent d’une prise de conscience salutaire. A la clé de celui baptisé Seine-Ouest, lancé en septembre 2002 : la reconquête des anciens docks (environ 800 hectares), avec un tramway déjà en service et, bientôt ; un centre d’activités commerciales et de loisirs (construction d’une grande médiathèque), des logements et même, à long terme, un palais des sports, un port de plaisance et des commerces. Un sixième pont (levant) permettra de contourner le centre par l’ouest dès 2007. Des quartiers entiers sont ainsi réhabilités peu à peu, illuminés grâce au «plan lumières». Enfin, Rouen, déjà pionnière en matière de zones piétonnes, bichonne également ses cyclistes, avec un vaste plan vélo.

TOURISME

Une cathédrale vieille de 1 600 ans, le Gros-Horloge, une cité médiévale plantée de maisons à pans de bois : malgré la guerre, «la ville aux 100 clochers», selon l’expression de Victor Hugo, a réussi à préserver un patrimoine exceptionnel. Le tourisme en bénéficie. Et la tradition gastronomique (fromage, canard au sang, sucre de pomme…) ne gâte rien.

TRANSPORTS

A défaut de passer par Caen, le TGV traverse Rouen, qui reste toutefois à une grosse heure de Paris. En revanche, les transports urbains sont desservis par la géographie de cette ville enserrée dans ses coteaux. Sans parler des rivalités politiques entre les différentes mairies de l’agglomération.

EQUIPEMENTS

Un millier de représentations de spectacles divers par an, les bibliothèques les mieux fournies, plus de cinémas… Plus importante que l’offre culturelle de Caen, celle de Rouen lui est néanmoins inférieure quand elle est rapportée au poids démographique.

ECONOMIE

La grande ville de Normandie, c’est Rouen, moins dynamique, certes, que sa voisine, mais plus puissante (avec, notamment, le plus de sièges sociaux de grandes entreprises). Sa forte tradition industrielle explique en partie cette prédominance. En la matière, Rouen a vu ses industries lourdes prendre le pas sur ses entreprises textiles, autrefois florissantes (l’emblème de la ville est un mouton). Depuis l’installation du site Cléon de Renault dans les années 1960, c’est l’industrie automobile, l’un des principaux employeurs de l’agglomération, qui joue les superstars. Pourtant, le modèle ancien, fondé sur le port et l’industrie, s’est essoufflé. Et le secteur tertiaire est moins développé que dans les autres villes françaises. Sans doute la Haute-Normandie a-t-elle réagi dix ans plus tard que la Lorraine ou le Nord à la perte de ses emplois industriels. La proximité de Paris, en bridant son rayonnement, n’a rien arrangé : les effectifs universitaires (33 000 étudiants), déjà entamés par le déclin démographique, ont fondu. Résultat, le développement économique de Rouen et démographique s‚apparente davantage à celui du Nord ou de la Picardie voisine. Heureusement, une prise de conscience a eu lieu. Témoin la reconversion des quais en pôle tertiaire, prévue par le projet Seine-Ouest. En matière de services, le secteur de la santé, traditionnellement implanté en Seine- Maritime, ne cesse de se développer.

COMMERCE

La ville compte aujourd’hui plus de 3 000 boutiques, dont certaines fort pérennes. Mais l’exceptionnelle densité commerciale du centre ne compense pas le souséquipement chronique de la rive gauche et de sa banlieue. Du coup, Rouen ne prend l’avantage sur Caen que sur un critère, celui des commerces d’alimentation générale. Elle accueille ainsi le plus grand centre commercial de Normandie (Saint-Sever), le plus vaste hypermarché (à Barentin) et le plus grand magasin (le Printemps).

EMPLOI

Désignée préfecture de la future Seine- Maritime dans les années 1790, puis de la Haute-Normandie au début des années 1970, Rouen a vu fleurir de nombreux centres administratifs, source d’emplois et donc de dynamisme. Mais elle a raté le virage de la décentralisation. Le nombre d’emplois a même très légèrement reculé au cours de la décennie 1990.Aujourd’hui, avec un taux de chômage de 10,7% fin 2005, la Seine-Maritime reste en deçà de la moyenne française (9,5%).

CRÉATION D’ENTREPRISES

Avec 3 938 créations totales (réactivations et reprises comprises), la Seine-Maritime a accusé une baisse de 4% en 2005. Ce n’est pas faute de s’occuper des aspirants entrepreneurs, par le biais, entre autres, de trois pépinières et du système de parrainage de Rouen Initiative. Les dispositifs locaux de financement sont nombreux. Les créateurs ont également accès à la bourse des locaux de la CCI ou de Seine-Maritime Expansion.

IMMOBILIER

Longtemps épargnée par la flambée des prix, Rouen tend désormais à se rapprocher des prix d’autres capitales régionales. En dix ans, les prix on sauté de 50% _ preuve, aussi, de son attractivité. Mais la ville reste moins chère que Caen, et même la moins chère pour se loger en Normandie.

 

 

Un créateur à Rouen Eric Lormée, 31 ans, gérant du garage Meca Sport

Comment est né Méca Sport ? «Après le bac, j’ai cofondé une première société de mécanique, mais l’association a tourné court. Il nous a ensuite fallu quatre ans, avec ma femme, Céline, pour créer cette seconde société.A l’origine, je voulais aussi en construire les locaux, dont la seule recherche a duré deux ans ! Finalement,j’ai trouvé un espace de 600 m2 à la location (plus de 3 000€TTC mensuels), dans la zone du Mont Riboudet, où sont implantés tous les concessionnaires auto. L’investissement a été de 120 000 € (60 000€ de prêt bancaire,40 000 € de fonds propres et 20 000€de prêt d’honneur de la région).Méca Sport a ouvert en 2001». Quelles est votre activité ? «Elle est double.Au premier étage,nous vendons des pièces et des accessoires de compétition et de tunning multi-marques.Tandis que l’atelier du rez-de-chaussée est dédié à l’entretien, à la réparation et au montage des accessoires. En 2003, Bosch nous a proposés de rentrer dans le réseau de services Bosch. Du coup, nous avons investi dans l’achat d’un appareil de diagnostic Bosch. Cette diversification, réalisée en août 2004, a donné un coup de fouet à l’activité». Quel est le bilan de ces premières années ? «L’entreprise emploie aujourd’hui huit salariés et pèse 900 000 € de chiffre d’affaires. Une grosse agglomération comme Rouen a l’avantage d’être attractive : nos clients viennent du Havre, de Dieppe et même du Calvados. Les magasins de ce type sont rares dans la région. Bientôt, nous vendrons dans toute la France, grâce à un site internet de vente par correspondance. Nous avons investi 16 000 € dans ce projet. Le site sera mis en ligne en septembre».

 

 

Sommaire numéro n°298

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