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INDEPENDANT - CONCEPT
Cassiquiare plus proche des artisans du Sud
Revue PIC-INTER - n°298 - Mai- juin 2006
Soutenir la diversité culturelle, encourager
l’essor des
artisans, rompre les barrières, provoquer des rencontres,
faire passer la création avant tout, telle est la raison
d’être de Cassiquiare. Une boutique très éthique
qui
réintroduit l’homme au coeur des échanges.
Ana Sandrea est heureuse. Elle
vient de mettre la dernière
main aux collections rapportées
de pays lointains : pierres à
porter en bijou ou à poser dans la maison,
vêtements d’enfants en coton brodés,
draps en lin, vanneries aux teintures
naturelles, jouets en bois colorés...
Enfin tout ce qui occupera les rayons
de son magasin. Ces beaux objets sont
parfois nés de son imagination : «Pour
l’immense majorité de nos produits, nous
avons serré les mains qui les ont faits»,
dit-elle. Mais elle ne s'est pas contentée
de serrer des mains au Vénézuela, au
bord du fleuve Orenoque ou à
Madagascar. C’est avant tout la valeur
humaine qui compte pour cette
«commerçante équitable». «Je connais
Carmelo, Emiliana, Naïna, Félix et tant
d’autres. Leurs entreprises familiales sont
bien organisées, le niveau de travail est
rigoureux et de qualité. Ils sont payés
mensuellement d’un salaire plus élevé que
la moyenne locale, parfois le double. Les
conditions de travail sont bonnes». Car
travailler dans l'équitable, ce n'est pas
faire du tourisme. C’est avant tout de
pouvoir rencontrer des producteurs,
des artisans et oeuvrer à leur confort
sans se soucier des actionnaires.
Réintroduire l’homme au coeur des
échanges, c’est le commerce équitable
tel que le vit Ana Sandrea.
CASSIQUIARE,
DANS UN SENS
ET DANS L’AUTRE
Né dans les années soixante en
Angleterre,sous l’appellation «commerce
alternatif», à l’initiative d’ONG, le
commerce équitable a fait son apparition
en France il y a une trentaine d’année.
Selon un sondage IPSOS, 77% des
Français estiment que les relations
commerciales entre pays riches et pays
pauvres ne sont pas équitables.
Pourtant, toujours selon un sondage
IPSOS, seuls 9% des Français avaient
entendu parler du
commerce équitable
en 2000. En 2004,
ils n’étaient encore
que 38%. Les
produits issus du
commerce équitable
sont plus chers
d’environ 10 à 20%,
mais l’idée de
« consommer
engagé» devrait
séduire ceux qui
tentent de résister à la
mondialisation.Le consommateur
achète un produit
non plus sur le rapport
qualité/prix, mais sur sa qualité sociale,
à des commerçants qui s’engagent à
n’importer que des denrées ou objets
dont la production et la fabrication
respectent les droits de l’homme et du
travail.
Ana Sandrea, la trentaine, est une exavocate
qui a suivi des affaires au pénal
pendant 10 ans au Venezuela. C’est en
se rendant dans les villages le long des
berges de la Cassiquiare qu’elle a
découvert l’artisanat vénézuélien.
Cette rivière est une bizarrerie de la
nature : elle joint les deux bassins de
l’Amazone et de l’Orénoque et, suivant
les crues de part et d’autre, la ligne de
partage des eaux coule dans un sens
ou dans l’autre. «Nous avons choisi ce
nom pour la boutique parisienne car il
nous paraît symboliser parfaitement le
commerce équitable», dit-elle. C’est au
cours de ses expéditions, qu’elle saute
le pas et décide de commercialiser
en France des objets admirables
et particuliers à chacun des
créateurs rencontrés dans le
Haut Orénoque-Cassiquiare.
Son nouveau métier consiste donc
à importer des objets commandés à
des artistes indiens du Vénézuela puis
par la suite, à des artisans des hauts
plateaux Malgaches : des lapidaires,
tailleurs de pierres fines et de cornes
de zébu, tisseuses de soie sauvage ou
de raphia. Elle n'est pas passée par
une école de commerce et sait que
sa maîtrise en droit et son Capa
auraient été insuffisants pour réussir.
«Mais j'ai travaillé avec une artisane
Guajira de Maracaibo primée par
l’Unesco. Elle dirige un groupe de tisseuses
dont le travail est unique. Cela m'a appris
à nouer des relations commerciales, à
comprendre les cultures, les difficultés
logistiques et politiques qu'on rencontre sur
le terrain».Ana Sandrea s’est identifiée
aux femmes Guajiras car son grandpère
était originaire de cette ethnie.
«Un jour je leur ai demandé d’où elles
tenaient leur savoir-faire. Elles m’ont
répondu que l’une d’elle avait vu en rêve
une araignée qui lui montrait les points de
tissage». Actuellement, elle part 4
mois par an pour trouver des objets,
parfois dans des conditions extrêmes.
A Madagascar elle commande le linge
brodé main dans deux ateliers de femmes
(filière équitable certifiée) et dessine
elle-même les motifs. Elle achète des
pierres gemmes récoltées à la main.
Elle rapporte elle-même les objets
achetés directement sans passer par
des intermédiaires. La filière équitable
est ainsi préservée et assurée, parfois
au prix d'efforts surhumains.
«Il faut connaître les artisans, discuter,
corriger, se comprendre, se démarquer
d’une production trop «touristique», avoir
les fonds disponibles, connaître leurs
techniques et les matières. Ainsi la
confiance se met en place. Pour démarrer
avec Madagascar, j’ai dû y passer 5 mois
pour trouver des ateliers qui travaillent à
partir de mes propres dessins», détaille
Ana. Mais ce qu’elle ne dit pas c’est que
parfois on peut fulminer quand, par
exemple, des produits qui devaient
être livrés en mai ne le sont toujours
pas en septembre. L'exemple fait sourire
mais c'est le genre d’incidents qui peut
faire couler un entrepreneur dénué
d'expérience. «C’est vrai, il est difficile de
travailler régulièrement avec les indiens.
Les aides de l’Etat créent une dépendance.
Ainsi ils produisent de façon aléatoire.
Nous pouvons parfois nous trouver face à
une production nulle ou inexistante».
ÉQUITABLE = TOURISME
Ana a décidé de travailler avec une
femme qui défend les intérêts des
indiens et qui habite à Ciudad Bolivar,
à côté de la forêt amazonienne. Dans
sa propre demeure elle a créé un
dépôt où les indiens lui vendent leur
marchandise. La question indienne en
Amazonie remplirait des milliers
de feuilles de commentaires
et toute une bibliothèque de
témoignages d’indignation
quant au sort qui leur a été
réservé. «Sachez, qu’ils sont
au coeur de nos préoccupations
et que nous souhaitons
collaborer activement avec
des associations de défense
des peuples indigènes»,
affirme Ana Sandrea.
La boutique de 50 m2 de la rue
Traversière à Paris ressemble à un
véritable bazar éthique où l’on renonce
à comptabiliser les références. Les
aficionados, du bobo au retraité de
province, flâne entre les rayons en
écoutant les anecdotes et les conseils
avisés de la maîtresse des lieux.A Noël
on y a battu des records de vente
par correspondance pour une série
d’anges vénézuéliens peints à la main
et taillés dans un seul morceau de
bois : 80 cm de haut et des couleurs
dignes des polychromies d’une
basilique gothique. Les concurrents
directs ? «Toutes les autres boutiques de
commerce équitable. Mais en fait chez
nous on trouve des choses qu'on ne voit
pas ailleurs parce que les achats ne
passent pas par des coopératives». Les
objectifs d’Ana Sandrea sont clairs :
Continuer à travailler et à faire
découvrir le travail de ethnies isolées,
développer les ateliers de linge à
Madagascar pour une offre toujours
plus raffinée à des prix raisonnables.
«C'est important pour tous les artistes
et artisans que nous soutenons et que
nous mettons en lumière. Mon prochain
challenge : une boutique plus grande pour
exposer du mobilier».
| Carte
d'identité
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NOM DU MAGASIN : Cassiquiare
DATE DE NAISSANCE : 2003
STATUT JURIDIQUE : SARL
NOMBRE DE SALARIES : 1
JOURS ET HEURES D’OUVERTURE : 6j/7 de 10h30 à 19h
VENTES EN LIGNE : oui |
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numéro n°298
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