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INDEPENDANT - CONSEIL
TVA à 5,5 %
sur la restauration
Le Serpent de Mer
Revue PIC-INTER - n°298 - Mai- juin 2006
Entre les Vingt-Cinq, la mésentente sur
la prolongation des taux
réduits de TVA dans l’Union européenne a mal tourné pour
la
France. Les restaurateurs en font les frais.
La France,pays inventeur du système
de TVA, se trouve aujourd’hui
dans l’incapacité d’en user à sa
guise. De plus cette taxe n’est
toujours pas homogène dans l’Union
Européenne. Les pays membres se sont mis
d’accord en 1993 sur un taux minimal
de 15%, mais ils n’ont pas fixé de taux
maximal. D’ailleurs, certains pays,comme
le Danemark, vont jusqu’à appliquer des
taux de 25%.Toujours, de manière théoriquement
transitoire, plusieurs pays,notamment
l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas ont
obtenu le maintien d’une TVA à taux réduit
sur la restauration. Mais le transitoire
prend des allures de pratique définitive.
Depuis le début de l’année les restaurateurs
français font donc les frais de cette
confusion avec une TVA à 19,60%, alors
que huit Etats membres pratiquent
un taux réduit dans le secteur de la
restauration (Espagne : 7%, Irlande :
13,5%, Luxembourg : 3%, Pays-Bas : 6%,
Portugal : 12%, Autriche : 10%, Grèce :
8%, Italie : 10%) sous le prétexte qu’ils
l’appliquaient avant l’accord de 1993. De
même, les nouveaux pays européens,
comme la Hongrie, la Pologne, la
Slovénie et Chypre, sont-ils autorisés à
appliquer un taux réduit de TVA pour les
restaurants jusqu’au 31 décembre 2007.
Au total, 12 pays sur 25 font bénéficier
leurs restaurants du taux restreint
auquel la France n’a pas droit.
Le secteur de la restauration dans
l’Hexagone s’est toujours adapté aux
chocs extérieurs, permanents ou
momentanés et les restaurants se sont
souvent remplis ou vidés au gré des effets
de cycles économiques et politiques.
Aujourd’hui, ça coince ! Car la restauration
hexagonale semble avoir été sacrifiée sur
la table de la négociation européenne. Et
ceci à cause du refus de certains États
membres, dont le plus ferme,
l’Allemagne. Le Ministre des Finances,
Thierry Breton a demandé que
la Commission Européenne effectue
une étude sur les bienfaits d'une
adaptation du taux réduit de la
TVA dans les secteurs à haute
densité de main-d’oeuvre comme
la restauration. Étude qui serait
rendue vers le mois de juin 2007
pour : «permettre une prise de décision
à la fin de la même année», a-t-il déclaré.
Malgré ces concessions, un pays parmi les
nouveaux États membres s'oppose à
cette proposition d’intégrer la restauration
dans cette expérience : la Pologne qui
bloque un dossier devant être
adopté à l’unanimité.
L’EXASPERATION
D’ANDRE DAGUIN
Ce refus européen
est d’autant plus
mal vécu par les
restaurateurs
que les artisans
du bâtiment ont
obtenu cinq ans
de prorogation de
leur régime fiscal à 5,5%. Cette différence
de traitement a provoqué la colère
d’André Daguin, le président de
l’Union des Métiers et des Industries de
l’Hôtellerie (UMIH) qui a promis au
Président Chirac de devenir «insupportable»
et a ajouté dans une phrase assassine :
«Si on désespère les restaurateurs,
on fait d'eux des
terror istes». Cafés,
hôtels, et restaurants
emploient environ
806 000 salariés
pour un chiffre
d'affaires de 53
milliards d'€ et
on se souvient
que pendant la
campagne présidentielle
de 2002,
le candidat Jacques
Chirac avait
annoncé
Entre les Vingt-Cinq, la mésentente sur la prolongation des taux
réduits de TVA dans l’Union européenne a mal tourné pour
la
France. Les restaurateurs en font les frais.
son intention de faire passer
la TVA dans la restauration
de 19,6% à 5,5%,pour lutter
contre le travail au noir.
«Nous qui passons pour des
amis de la majorité, nous
pourrions changer notre fusil
d'épaule. Et perdre ses amis à un peu plus
d'un an de la présidentielle, ce n'est pas
amusant», épiloguait André Daguin dans
les colonnes du Parisien.
| LE SECTEUR DES CHR EN CHIFFRES |
806 831 actifs
110 000 emplois créés au cours des
dix dernières années
177 092 entreprises, dont 92,8 % ont moins
de 10 salariés
53,38 Md€ de chiffre d'affaires Source
Insee, 2004 |
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Les restaurateurs ont toujours assuré
que s'ils obtenaient cette réduction de
taux, ils créeraient 40 000 emplois et
pourraient augmenter les salaires
de leurs employés. «En revanche, ne
pas l'obtenir rend difficile la poursuite de la
mise en place du Smic et de la sixième
semaine de vacances», affirme le patron
du restaurant Entre les Vignes, Boulevard
Diderot à Paris. «Je travaille plus de 14h
par jour et un troisième salarié permettrait
un meilleurs service au client. Je paye au
dessus du Smic mon serveur et je donne un
salaire très correct à mon chef mais je ne
peux absolument pas faire plus. Si je réclame
une TVA à 5,5%, c’est pour pouvoir reverser
une partie de cet argent à mes salariés. Que
le gouvernement tienne ses promesses, et
nous pourrons gonfler les fiches de paie et
embaucher». Mais, les dits employés
remarqueront-ils une différence tangible
sur leur fiche de paye ? Le secteur n'est
guère réputé pour ses hauts salaires.
Quant au client, ils ne verront pas leur
note diminuer, la majorité des restaurateurs
l’ont annoncé clairement.«Ce serait un ballon
d’oxygène», renchérit notre restaurateur
parisien. «Les horaires sont passés de 52 à
39 heures, les salaires ont augmenté, et
nous devons assumer une sixième semaine
de congés payés...Tout ça, sans compensation.
On ne peut pas diminuer la facture du client
en plus !»
UNE ACTIVITÉ
LIMITÉE
EN 2006
Les métiers de la restauration ont en
commun avec les maçons, les chauffeurs
routiers, les infirmières et les aidessoignantes,
une image peu flatteuse, une
certaine pénibilité et des salaires peu
élevés. La pénurie serait donc liée à une
offre de travail peu motivante. «C’est vrai
que dans la restauration on travaille soirs et
week-ends et que les salaires ne sont pas
fantastiques», reconnaît André Daguin.
Pour la profession une TVA à 5, 5%
devrait changer la donne. De l’avis de
certains professionnels des allégements
de charges auraient déjà permis une
première augmentation des salaires dans
le secteur et, affirment-ils, la «tension» ne
vient pas que de l’offre de
travail. Côté demande, les
candidats ne se bousculent
pas. Ils préféreraient des
revenus d’assistance !
Les conclusions de l'enquête
PME-PMI 2005-2006 de BNP Paribas
Lease Group soulignent la perte de
confiance des dirigeants de CHR dans
leur secteur économique. L'orientation
s'avère mauvaise pour l'emploi en 2006,
avec un indicateur d'intention d'accroissement
des effectifs qui repasserait en
négatif. Le sous-secteur CHR (-5 en
emploi fixe et -6 en temporaire) contraste
avec l’indicateur prévisionnel des services
(+16). Même tendance en ce qui concerne
l'investissement : seulement 61% des
dirigeants de CHR prévoient d'investir
et l'indicateur de volume d'investissement
est à +7. Des chiffres en-deçà de
ceux du secteur des services comme de
l'ensemble des PME-PMI. Une étude
pourtant réalisée au mois de novembre
2005, alors que la profession gardait
encore l’espoir d’obtenir la TVA réduite.
Si les adhérents de l'UMIH suivaient les
conseils d’André Daguin et devenaient
«insupportables», remettant en cause la
convention et déclarant forfait tant pour
le social que pour la formation, certains
objectifs du Gouvernement pourraient
se trouver compromis.
YVES GASPARD, responsable
du développement Chez Flo
«LA TVA à 5, 5 %… permettrait
d’investir
dans le développement» |
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Le Groupe Flo a réalisé un bénéfice net
de 12,1M€ en 2005, en hausse
de 30,1% sur un an pour un chiffre d’affaires de 310 M€.Toutes
les
enseignes du groupe sont en progression : le chiffre d’affaires
de Bistro
Romain a crû de 5%, celui d’Hippopotamus de 7,5%. Le
Groupe a annoncé
la signature d'un protocole d'accord avec les fondateurs du Groupe
Tablapizza en vue d'acquérir les six restaurants de la chaîne
situés en
région Ile-de-France. Une transaction qui permettra au Groupe
FLO d'accéder
au marché de la restauration de pizza de qualité et
au segment de prix
inférieur à 20 € (la chaîne enregistre le
ticket moyen le plus élevé de son
marché grâce à son offre élargie).
«Passer la TVA à 5,5% permettrait d’abord d’augmenter
nos marges,
d’investir dans le développement et d’acheter
des produits de très bonne
qualité. Mais, surtout nous pourrions augmenter notre personnel
pour le fidéliser. Beaucoup de restaurateurs indépendants
achètent
des produits bruts qui sont ensuite mal travaillés car le
personnel n’est
pas qualifié. Nous connaissons de vrais problèmes de
recrutement car
le travail dans ce secteur est pénible, il nécessite
donc une bonne
rémunération. Nous pourrions par la même occasion
attirer les
nouveaux talents. Je pense que l’Europe a servi de bouc émissaire.
C’est un prétexte pour soutenir une volonté politique.
Le bâtiment
garde une TVA à 5, 5% car il est difficile de remettre en
cause le
lobbying de ce secteur. Je comprends tout à fait la colère
de
Monsieur Daguin. Mais j’ai confiance, nous l’obtiendrons
cette
TVA réduite !» |
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