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PATRON eT COMMERCANT
Michel DERVYN des ciseaux et des hommes
Revue PIC-INTER - n°296 - Janvier - FEvrier 2006
En vingt cinq ans, le patron de Shampoo
a bâti l’un des plus
grands groupes français de coiffure, fort de quelques 200
salons et 1600 personnes. Parcours d’un artisan né avec
une
âme d’entrepreneur.
Installé au coeur d’un parc arboré de
Marcq-en-Baroeul, le cube futuriste
réhabilité par l’architecte bruxellois
Guy Stapels a fière allure. Le premier
étage, plus grand que le rez-de-chaussée,
semble flotter dans l’espace. Dévoilant
des pièces à la blancheur immaculée
(seules les portes sont de couleurs vivres),
les immenses baies vitrées accentuent
encore l’impression aérienne du bâtiment.
«Quand on travaille dans la coiffure, on vit
dans un monde de beauté. Cela justifie
bien le 1,3 million d’€ que j’ai investi dans
ces locaux», justifie le patron des lieux,
riches d’un centre de formation high-tech,
d’une école de coiffure privée et d’un
salon concept Shampoo.
Avec ses 1 800 m2, le nouveau siège
social de Michel Dervyn serait le plus
gros siège social européen de coiffure.
«Maintenant qu’on a le porte-avions, il
faut lancer les avions», annonce le Pdg.
A la tête d’une flotte de 200 salons de
coiffure, soit 1 600 personnes, il espère
atteindre les 500 en 2010. Déjà, il a
ouvert 50 salons Shampoo cette année.
Il faut croire que Michel Dervyn, 59
ans, a l’art de faire rimer beauté avec
succès : Ernst & Young et le magazine
L’Entreprise viennent de lui décerner
le Grand prix de l’Entrepreneur.
Notamment pour la croissance (20%
sur les trois derniers exercices) de son
chiffre d’affaires, qui a atteint
60 millions d’€ en 2005.
«Ce prix en dit long sur l’importance qu’a
pris la coiffure dans l’économie nationale.
En 2004, c’est Bonduelle qui l’avait reçu !
C’est une belle récompense pour moi qui
me suis toujours comporté comme un
entrepreneur et pas comme un artisan».
Ce goût d’entreprendre, il dit le devoir
à son père en premier lieu : «Officier de
police, il n’a jamais emprunté un centime
de sa vie, n’a jamais pris aucun risque,
alors que j’ai fait tout le contraire. Mais
c’est lui qui m’a empêché de casser mon
contrat d’apprentissage quand j’allais
pleurer dans les jupes de ma mère».A sa
première patronne ensuite, pour l’avoir
«envoyé dans les milieux artistiques».
BRUSHING AU SALON
Doté d’un «enthousiasme inébranlable»,
ce natif de Brétigny devient son propre
patron à l’âge de 23 ans. S’installant
ensuite dans l’hôtel particulier qu’il
habite à Tourcoing avec sa première
femme, il reçoit ses clients dans sa salle
à manger ! Cette véritable bête à concours
collectionne les médailles. «J’y ai puisé
mon sens de la compétition et de la
créativité». Franchisé chez Dessange
ou faisant le tour du monde pour
L’Oréal, il apprend tous les métiers.
Mais sa «soif de reconnaissance
sociale» le pousse vite
à se remettre à son compte.
En 1980, il crée son premier
salon Shampoo, à Lille.
«L’idée était de concevoir un
espace arrondi comme un
théâtre, en mettant les bacs à
shampoing au centre, en
revalorisant les gestes intimes que sont le
shampoing et le massage». Bientôt, le
concept est lancé en franchise. «A
l’époque, le développement des franchises
et des centres commerciaux a révolutionné
la profession de coiffeur. Shampoo est
ainsi devenu le moteur du groupe».
En 1990, Michel Dervyn rachète
Alexandre de Paris, PME de 40
salariés. L’enseigne haut-de-gamme de
la capitale permet au groupe d’être
présent sur tous les créneaux : entrée
de gamme avec Shampoo, plus chic
avec Michel Dervyn et même sur le
marché masculin avec le lancement du
réseau Le Barbier. L’acquisition s’avère
une petite folie : «J’ai failli passer à la
trappe. J’ai perdu 15 millions de francs et
il m’a fallu dix ans pour m’en remettre».
SHAMPOO À PARIS
Pour pouvoir garder sa luxueuse
danseuse, des salons sont fermés. Le
développement des franchises, moins
coûteux prend également un nouvel
essor à cette occasion. «La franchise
permet une croissance plus rapide. Quand
on est franchiseur, on doit avancer plus
vite que le franchisé pour ne pas le
décevoir : c’est une course à la croissance
permanente. Quant aux franchisés, ils
bénéficient chez nous à la fois de l’esprit
familial d’une petite affaire et de la
puissance d’un grand groupe».
Leur proportion (155 des 200 salons
du groupe) devrait pourtant s’inverser.
En mars dernier, la holding rachetait
ainsi le réseau Axelle D., soit 30
salons en Haute-Savoie, représentant
un chiffre d’affaires de 10 millions d’€
et destinés à passer sous l’enseigne
Shampoo. A raison d’un nouveau
réseau racheté chaque année, le patron
lillois entend «accélérer son développement
en direct». Et vient de faire rentrer
Siparex Nord dans le capital de
Shampoo, à hauteur de 23%, pour
financer encore sa croissance. Au
programme : l’arrivée de l’enseigne,
présente surtout en centre commercial,
au coeur de Paris.
Il est loin le temps où Michel Dervyn
mettait la main au cheveu. Sa dernière
coupe ? C’était il y a quinze
ans, lors d’un défilé Yves-Saint-
Laurent : «Monsieur Alexandre m’a
pris les ciseaux des mains en me disant :
«maintenant, tu es mon financier !» Ce
jour là, j’ai changé de métier. Devenu
manager, puis gestionnaire, je suis
maintenant financier». Le Pdg oublie
celui de formateur, embrassé avec
l’ouverture de sa Michel Dervyn
Academy.
En septembre, 100 élèves ont ainsi
inauguré les locaux flambant neufs de
Marcq-en-Baroeul. «C’est fabuleux de
disposer de sa propre pépinière de
talents !» Début 2006, s’ouvrira
également une Académie Alexandre,
à Paris : «une sorte de Sup de Luxe
Coiffure où la formation se fera selon les
mêmes critères que dans l’hôtellerie. A
force de valoriser le savoir-faire, on a
oublié le comportement», regrette
Michel Dervyn. D’autres projets ? «Une
entrée en bourse, peut-être… Quoique
que je fasse tout me plait. C’est l’avantage
d’être patron : je m’amuse partout». Sans
doute parce qu’il le vaut bien.
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1970 : Michel Dervyn ouvre son
premier salon de coiffure.
1973 : titre de champion de France.
1974 : titre de champion du monde.
1975 : ouverture d’un salon dans un hôtel particulier
de Tourcoing.
1980 : création du concept Shampoo, à Lille.
1985 : lancement du réseau Shampoo en franchise.
1990 : acquisition du salon Alexandre de Paris et lancement du réseau
pour hommes Le Barbier.
1997 : présidence du Conseil National des Entreprises de Coiffure.
2000 : ouverture de Michel Dervyn à Paris et Tokyo.
2005 : acquisition du réseauAxelle D.,près d’Annecy
et inauguration du nouveau siège social.
2006 : une entrée en bourse, peut-être ? |
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Sommaire
numéro n°296
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