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INDEPENDANT - SECTEUR

Gardiennage et sécurité sous surveillance

Revue PIC-INTER - n°296 - Janvier - Février 2006

Le secteur de la Sécurité et du Gardiennage est en plein développement. Que se soit dans le domaine public ou dans le domaine privé les effectifs ont très fortement augmenté et augmenteront encore dans les années à venir. Etat des lieux de professions mal connues.

Aujourd’hui le gardiennage et la sécurité connaissent un regain d’activité. Depuis septembre 2001,le terrorisme a durablement imprimé dans les esprits la notion de risque. La même année, on a enregistré dans l’Hexagone 47 millions de délits, dont 416 000 cambriolages. D’où une augmentation de 22,9% de la télésurveillance résidentielle. En 2004, le marché de la sécurité a représenté un chiffre d’affaires d’environ 3,2 Mds€. Le secteur regroupe près de 110 000 salariés qui travaillent dans un peu moins de 2 000 entreprises et selon le rapport du commissariat général au Plan, 50 000 emplois seront créés d’ici 2010 et 42 000 agents seront remplacés. Cela représente environ 90 000 embauches. Le marché est réparti entre une multitude de très petites enseignes (parfois l’agent de sécurité se met à son compte pour quelques clients) et de très gros poids lourds de la profession, tel que Securitas, qui ont souvent envahi le marché par le biais de rachats. On assiste à une restructuration chez les grands, à des activités de gardiennage qui se complètent avec des activités de télésurveillance (bien plus rentables) ou avec des partenariats d’audit ou de conseils.

UNE PROFESSION ENCADRÉE


L’ère de l’artisanat serait révolue et comme les grands groupes ne peuvent répondre à toutes les demandes, de plus petites structures, offrant des solutions sur mesure, innovantes et fiables, voient le jour. Il faut savoir que les sociétés à risque sont déjà équipées à 90%, les commerçants et les sociétés plus banales à 25%, les particuliers à 5% (contre 25% aux USA, 15% en Grande Bretagne et 12% en Allemagne). L’Etat a tenté de réglementer, voire d’assainir, une profession qui se développait dans le flou législatif le plus complet. La première loi date seulement de 1983 (texte n° 83-629 du 12 juillet 1983). Une deuxième est venue la compléter en 1986. Ces deux lois avaient pour objectif de réglementer les activités privées de surveillance, de gardiennage et de transport de fonds : dorénavant, toute entreprise de surveillance sécurité doit être juridiquement indépendante.Exemples : une activité de garde du corps est interdite de toute autre prestation, une entreprise multiservices ne peut vendre de matériel, etc. Ces réglementations servent aussi de «contrôle de la moralité» des dirigeants et salariés des sociétés de prévention et de sécurité.

Mais les effets de cette réglementation ne se sont pas fait sentir immédiatement. Plusieurs facteurs expliquent ce nonrespect : les lenteurs administratives qui accentuent considérablement les entraves au dispositif, surtout lorsque les employés sont embauchés comme intérimaires pour des prestations d’une durée très courte... Cela dit, le secteur s’est incontestablement moralisé. Mais certains chefs d’entreprise pensent qu’ «Il faudrait une reconnaissance tangible de la profession avec d’autres réglementations». Le problème de la reconnaissance est en effet une constante dans ce milieu... D’ailleurs, le législateur s'est préoccupé de ces demandes puisqu'il a renforcé le cadre de la loi de 83. La loi n°2002-1094 du 29 août 2002 d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI) avait présenté le programme d'action à mettre en oeuvre jusqu’en 2007. Ce nouveau texte a donc renforcé l'encadrement du métier avec entre autre, l'obligation de justification d'aptitude professionnelle à la fois pour les dirigeants, les personnes exerçant à titre individuel (travailleurs indépendants) et les salariés. L'obligation pour les employeurs et les employés, pour exercer, de ne pas avoir commis d'actes contraires à la loi.

GUY PAUL PARTOUCHE
«LA PROFESSION A UNE LÉGISLATION, MAIS ENCORE TROP FLOUE…»
 

Guy Paul Partouche, consultant en sécurité indépendant, a été officier parachutiste et policier en Israël. Lors de la guerre du Golfe il est rentré en France où il a tenu les fonctions de directeur sécurité dans une grande entreprise de textile, puis responsable sécurité dans un gros groupe national de téléphonie.Aujourd’hui il a monté sa propre affaire. Son domaine : la sureté des vols intérieurs, la lutte anti-terrorisme, la concurrence déloyale, l’intelligence économique. «Jusqu’à présent, mais heureusement de moins en moins, la sécurité a souffert d’une image de marque déplorable : personnel employé au noir, guerre des prix qui tiraient les prestations vers le bas, opacité, voire «mystère» qui entourait les activités de sécurité. La profession a une législation, mais encore trop floue. Ce qui est bien encadré c’est la sécurité des salariés et des visiteurs. Cela dit, le 11 septembre ne se serait pas passé de la même façon en France où l’on dispose d’une meilleure protection en comparaison de celle des Etats-Unis. Quant à moi, je réalise des études de sécurité pour les entreprises. J’étudie l’existant et je propose des améliorations. Je fais des missions, parfois de 6 à 8 mois, que je facture de 500 € à 1 500 € la journée d’audit. Parfois je constate à quel point les entreprises se protègent mal. Un exemple : les réponses au téléphone peuvent être dangereuses. Peu de dirigeants s’en soucient, surtout dans les PME. Je pense que la profession se développera technologiquement mais je préfère l’homme. Mais, il faut être conscient : un agent de surveillance sans qualification ne pourra plus travailler dans ce métier».

 

 

Parmi les autres textes législatifs,notons la Loi Pasqua 95-73 du 21 janvier 1995 d’orientation et de programmation relative à la sécurité. Dorénavant, l’installation des systèmes de vidéosurveillance s’insère dans cette loi. Cela signifie que les enregistrements visuels de vidéosurveillance échappent au champ d’application de la loi informatique et liberté, sauf s’ils sont employés pour la constitution d’un fichier nominatif.En 1997,deux nouveaux textes législatifs ont en outre modifié le paysage de la sécurité en France. Il s’agit des deux décrets du 15 janvier 1997. Leur impact était important. Ces mesures devaient en effet ouvrir le marché de la sécurité et créer des opportunités pour de nouvelles entreprises. Ainsi le décret 97-46 relatif «aux obligations de surveillance ou de gardiennage incombant à certains propriétaires,exploitants ou affectataires de locaux professionnels ou commerciaux» faisait obligation, à compter du 15 janvier 1998, à certains commerçants d’être protégés contre les risques d’intrusion, vols, etc. Et ce, dans les communes dépassant 25 000 habitants. Une mesure qui traduisait une prise de conscience des pouvoirs publics face au sentiment d’insécurité.

Aujourd’hui, la législation et la concurrence aidant, l’écrémage s’est fait tout naturellement. Toutes les entreprises du secteur sont regroupées sous un code générique : NAF 746.Z. Mais, la guerre des prix était aussi une des principales responsables de la mauvaise image de la profession. Pourtant, «le problème d’image est souvent le fait des clients qui ne veulent jamais payer le prix de leur sécurité», constate un responsable d’une société de gardiennage et sécurité basée à Orléans. Il a fallu en effet convaincre la clientèle de faire appel à des entreprises sérieuses, pour faire diminuer les pratiques de la sécurité au rabais, l’un des principaux motifs de la persistance de «bavures». Pour beaucoup de clients, la question de l'opportunité de la sécurité se pose jusqu'au moment où ils deviennent victimes et comprennent alors qu'il était indispensable pour eux d'être protégés : «Puisqu'il ne s'est rien passé depuis que je suis protégé, je paie certainement trop !», entend-t-on souvent.

JAMES BOND AU MILIPOL
 

Une caméra miniature dissimulée dans un paquet de cigarettes, un robot-vigile pouvant être équipé de 200 capteurs différents, tels qu'une caméra infrarouge et un nez renifleur de bombes chimiques. Sommes-nous dans un film de James Bond ? Non ! Nous parcourons les allées du Salon Mondial de la Sécurité Intérieure des Etats, le Milipol qui reste une mine de trouvailles et d'innovations technologiques.

Identité nationale électronique sécurisée, ou INES : tel est le nom de code de la future carte d’identité biométrique que nos concitoyens devraient découvrir à partir de 2006. Et ce afin de pouvoir être identifié par reconnaissance palmaire et faciale. Cette nouvelle carte d’identité contiendra une puce électronique, située au dessus de la photo traditionnelle, qui stockera à la fois les empreintes digitales et la photo numérisée de son propriétaire. Bientôt, l’iris de l’oeil pourrait être également utilisé comme identifiant biométrique. Par la suite, la carte vitale, le permis de conduire seront équipés de la même puce. La société Robowatch Technologies a mis au point plusieurs modèles de robots de surveillance, pour l’intérieur comme pour l’extérieur. Mosro, le vigile du futur, pèse 25 kg, a une autonomie de 14 heures, se déplace à la vitesse de quatre kilomètres à l’heure et peut même emprunter les ascenseurs. Près de 200 capteurs différents sont proposés aux clients. Les principaux composants : Des caméras de surveillance, des sonars d’une portée de dix mètres et des capteurs infrarouges utilisés pour la navigation du robot, des capteurs infrarouges passifs, d’une portée approximative de 12 mètres, pouvant détecter à 360 degrés les émissions de chaleur d’un corps en mouvement... Toutes les données qu’il recueille sont immédiatement transmises à ses «confrères» humains. Son cousin, Ofro, est équipé de chenilles, pèse 50 kg et se déplace à une vitesse de 7,2 kilomètres à l’heure. Il a été conçu pour oeuvrer à l’extérieur, dans les aéroports, sur des bases militaires, sur des parkings de super-marché. Une évolution du modèle de base, peut «renifler» l’air ambiant, déterminer le type et la concentration des gaz toxiques présents dans un endroit donné, ou détecter la présence de substances radioactives. Et ce, sans mettre de vie humaine en danger.

 


Côté formation, certains professionnels estiment qu’il faut avant tout des qualités humaines et des connaissances techniques pour se lancer dans ce secteur. La profession de la surveillance est souvent exercée par des personnes qui possèdent de bons réflexes, un certain degré d'instruction, un permis de conduire, un casier judiciaire vierge et une formation sur le terrain. Le chef d'entreprise est la plus part du temps polyvalent. Une enquête réalisée par la lettre «En Toute Sécurité» permettait d’identifier davantage le profil de l’entrepreneur dans la sécurité : 17% de ceux-ci sont autodidactes, 17% sont ingénieurs, 30% sont commerciaux, 15% sont d'anciens fonctionnaires de police ou de l'armée et 11% ont des profils divers. Alors qu’une formation de 32 heures suffisait pour travailler dans le secteur, la loi Sarkozy de 2003 et le décret du 6 septembre 2005 ont modifié la donne. Le législateur prévoit trois cas : ceux qui ont plus de trois ans d’expérience dans le secteur pourront présenter la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience). Pour ceux qui veulent se lancer dans le secteur, ils doivent dorénavant obtenir un Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) ou un CAP agent de prévention et de sécurité, ou un ERP1 agent de sécurité incendie, ou encore un diplôme au niveau 5. A savoir : l’UNAFOS est l’organisation professionnelle représentative du secteur des organismes de formation spécialisés en Prévention et Sécurité, indépendants ou intégrés.

PLUS DE PROFESSIONNALISME

La clientèle se montrant de plus en plus exigeante, la profession a décidé de créer une norme NF de formation, norme qui permet à l’entrepreneur de convaincre du «sérieux» de son personnel. Car, la qualité est une valeur payante à moyen terme : par exemple, en misant sur des agents polyglottes, suffisamment instruits pour être parfaitement autonomes sur un site, spécialisés dans leur domaine d'action, des petites entreprises de sécurité ont acquis une bonne notoriété. D'autre part, certains créateurs du secteur se conforment aux règles définies par les assureurs et s’affilient à un organisme professionnel. Ils sont ainsi assurés d’être informés à tout moment sur les mesures adoptées par les pouvoirs publics, sur les consommateurs et sur la profession. Qui plus est, les consommateurs font aujourd’hui de plus en plus appel aux syndicats professionnels, tel que le SNES (Syndicat National des Entreprises de Sécurité), avant de choisir un prestataire de services. L’initiative prise par le SNES de rédiger son propre «Livre Blanc de la Sécurité Humaine» publié à la veille du débat parlementaire sur la Loi Pour la Sécurité Intérieure s’inscrit dans la recherche d’une véritable habilitation légale pour exercer ces métiers. Ce Livre Blanc en appelle précisément à une garantie de déontologie, une garantie de compétence et une garantie de moyens. Ces initiatives affichent une volonté certaine de modifier la donne dans un secteur en pleine mutation structurelle et économique, même si les petites entreprises qui n’adhèrent à aucun syndicat sont encore nombreuses.

Sommaire numéro n°296

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