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INDEPENDANT - CONCEPT
Florent ROINA la plume à la boutonière
Revue PIC-INTER - n°296 - Janvier - Février 2006
Au coeur du Marais à Paris, l’atelier
Roina attire le chaland. A la suite des stars, de
la haute couture au show-biz, en passant par les créateurs, des
dizaines de curieux
battent chaque jour la semelle devant cette enseigne. Explication : ils
viennent tous
pour la boutonnière de Florent Roina.
La
saison n’invite pas à la
flânerie,mais dès l'ouverture,
l’atelier Roina est déjà plein :
Des femmes, des hommes,
des adolescents, des touristes
attirés par la renommée de cet
artisan et intrigués par l'animation
de l’endroit, incontournable dans
ce quartier du Marais. «Beaucoup
viennent pour une simple boutonnière,
d’autres pour le cloutage d’une ceinture
ou la pose de pressions pour faire de
leur sac un objet unique. Ce n’est pas
ce qu’on appelle la customisation ?»
Florent Roina, 30 ans, est le
patron des lieux et représente
la deuxième génération des
boutonniéristes du quartier.
«C’est mon père qui a débuté
l’activité. Je suis aujourd’hui le seul
sur toute la France». L'aventure a
débuté en 1970 avec l'installation
du père de Florent, Willy
Akselrad, d'origine polonaise,
venu rue Charlot pour ouvrir un
atelier de boutonniériste dans
ce haut lieu de la confection.
Actuellement, un quartier en voie
de «boboïsation». «Après des études
de Math, j’ai repris l’atelier où je
venais régulièrement pendant mes
vacances scolaires. C’était en 1995,
j’avais 20 ans. J’ai tout appris sur le
tas». Et il faut, paraît-il, des années
pour acquérir le doigté, maîtriser
l’outil, assimiler les matières.
«Deux ans pour devenir un bon
professionnel et aucune école
n’apprend cela».
LES BOUTONNIERES
DES ROIS MAUDITS
Florent Roina voit son travail d'artisan
plutôt comme celui d'un artiste.
Son atelier reflète d'ailleurs cette
vision : ça sent bon l’huile à lubrifier,
les murs sont ornés de fils multicolores
et de tableaux parés de
dizaines de clous différents, tout y
est sobre, mais fonctionnel, sans
garniture inutile. Florent, penché
sur une antique machine couleur
pistache, explique en quelques
mots son travail. «Il ne faut pas
confondre ce métier avec le boutonnier.
Il confectionne les boutons, tandis
que moi je leur ouvre le passage en
découpant les petites fentes sur les
vêtements». Tout un art ! Florent
ne se contente pas de découper,
il pique, brode, cloue. «Faire une
boutonnière dans les règles de l’art,
c’est très difficile». Quand on sait
que Florent Roina a réalisé toutes
les boutonnières des costumes
pour la série «Les Rois Maudits»,
on imagine la tâche. À notre
époque où tout le monde se préoccupe
de marché et de rentabilité,
Florent Roina perçoit le rôle de
l'artisan comme complémentaire
de celui de la production de
masse. «Le défi des artisans sera de
produire sur demande soit des
prestations, soit des objets uniques
pouvant satisfaire les besoins spécifiques
de ceux et celles qui ne trouvent pas,
dans la production en série, les qualités
recherchées». Les artisans ont en
effet un rôle majeur à jouer dans
la création et aucune industrie ne
pourra les remplacer. Florent
Roina serait-il un visionnaire ?
«Je travaille pour les particuliers
mais aussi pour la haute couture, les
créateurs, les façonniers, le clergé,
l’armée, la Garde républicaine, le
cinéma...». Dernièrement il a réalisé
les boutonnières d’une chemise à
huit manches : «deux manches pour
les bras, deux pour les jambes, deux en guise de ceinture et deux en
guise d’écharpe.Ah ces créateurs !»,
lance-t-il avec un large sourire. Il
a recouvert un perfecto de 2 400
clous pour un client célèbre dont
il tait le nom. La discrétion fait
partie de ce métier précieux.
Précieux, c’est le mot quand
on sait que cet «orfèvre» peut
immédiatement rectifier une
boutonnière mal faite sur une
veste vendue la bagatelle de
15 000 € dans le triangle d’or
parisien de la haute couture. «J’ai
la réputation d’être un magicien».
Ce magicien a aussi fixé des
rondelles de métal sur des casques
de soldat pour un film récent. On
peut affirmer que cet artisan a
le sens de la diversification :
«Indispensable si on ne veut pas
disparaître».
ENTRE LE CISEAU
ET LA PLUME
Penché à 90° sur son antique
machine, Florent entaille. Il joue
avec virtuosité de ses ciseaux. Le
geste est sûr. Il fait partie de ces
artisans qui ont une passion
commune, celle de la belle ouvrage.
Créatifs, ils perpétuent les savoirfaire
traditionnels,tout en s'adaptant
aux innovations de la mode. C'est
de cette passion que sort toute la
production réalisée selon des
techniques immuables depuis des
décennies. Au fil des ans, l’atelier
Roina a élargi son offre avec près
d’une dizaine de prestations :
boutonnières simples ou brodées,
piqué bord point sellier, point
puce, oeillets simples ou brodés,
anneaux de rideaux, boutons
recouverts, pose de pression,
cloutage, broderies d’initiales...
Pour l’aider, sa fidèle collaboratrice
Marcelle, 58 ans, ancienne fabricante
de sacs. «Deux c’est suffisant pour
le moment, bien que mon activité ne
soit pas saisonnière. J’ai du travail
toute l’année. Je ferme mon atelier
un mois, en août».
Ce jeune boutonniériste ne se
contente pas d’être un artisan un
peu magicien, en plus il versifie et
il écrit. «Tout petit, j’avais la plume
facile. Je lisais beaucoup sans tout
comprendre. J’écrivais des poésies
qui ne voulaient rien dire comme
des tableaux abstraits. Aujourd’hui,
mes poèmes sont remarqués».
Le poète, distingué deux fois au
concours de la RATP dans la
catégorie les 100 plus beaux poèmes
de la décennie, a eu le plaisir de
voir cet étonnant quatrain affiché
partout dans le métro : «J’allais
oublier / L’éphémère beauté / De
compter jusqu’à un / Pour celui qui
n’a rien». Lorsqu’il rentre chez lui
le soir, il continue a noircir des
pages blanches. Mais il ne se voit
pas écrivain à temps complet : «il
faut que je sois dans la vie».
Florent Roina croit beaucoup en
l'attrait des métiers traditionnels
comme celui qu’il exerce. Une
activité symbolisant le retour aux
sources et qui rencontre la faveur
du public. «Mes nombreux
clients sont fidèles à 95%».Audelà
de son travail et de l’écriture,
Florent Roina a une autre
marotte, sa famille. S'il peut
manquer de temps pour mener
tous ses projets à terme, quoiqu’il
arrive, il quitte l’atelier à 18 h.
«Je refuse de faire des heures
impossibles. Je veux profiter de mon
épouse et de notre enfant». Il peut
prendre un peu de repos, son
savoir-faire est unique en France
et les clients qui franchissent le
seuil de sa porte lui disent : «Chez
vous, on est bien». L’artisan-poète
est étonné lorsqu’on lui demande
son chiffre d’affaires. «Je ne m’en
rappelle plus, j’étais en train
d’imaginer un nouveau poème»,
indique ce personnage rayonnant.
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NOM : Atelier Roina.
DATE D’OUVERTURE : 1970. Repris en 1995.
PARTICULARITE : seul artisan boutonniériste
de l’Hexagone.
SALARIE : 1
JOURS ET HEURES D’OUVERTURE : du lundi au vendredi de 8 h 30 à 18
h.
QUELQUES PRIX : à partir de 2 € la pièce.
Exemple : 3 800 € pour poser deux milliers de clous
sur un vêtement. |
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