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FRANCHISES - PORTRAIT
Roland Beaumanoir
Le corsaire du PAP féminin
Revue PIC-INTER - n°292 - Mai- juin 2005
En dix ans, ce commerçant malouin
est devenu un des leaders de la distribution de prêt-à-porter
féminin avec Cache-Cache. Zoom sur une success-story impressionnante.
On
vous voit rarement dans les manifestations consacrées à
la franchise. Vous communiquez peu. Pas de publicité dans la presse
professionnelle. Et pourtant, avec plus de 400 magasins et trois enseignes,
vous faites partie des leaders de la franchise. Pourquoi cette discrétion
?
Roland Beaumanoir. Nous n’avons rien contre les Salons et les conférences
et nous ne refusons pas du tout de communiquer, bien au contraire. Mais
notre équipe s’est jusqu’ici concentrée sur
notre développement et la rentabilité de nos points de vente.
Ce qui est la meilleure façon de valoriser nos enseignes. Personnellement,
j’ai énormément de travail et, par conséquent,
peu de temps à consacrer aux débats, sans nier leur intérêt.
Pour ce qui est de notre politique de publicité, nous nous sommes
davantage adressés aux consommateurs qu’aux professionnels.
Tout simplement parce que les candidats à la franchise viennent
d’eux mêmes vers nous. Nous n’avons pas besoin d’apparaître
dans les magazines spécialisés pour les contacter. Et aussi
parceque nous gérons notre budget de façon assez rigoureuse.
Nous comptons avant tout sur le bouche-à-oreille. C’est toujours
la meilleure publicité.
«L’univers
du prêt-à-porter est impitoyable. Il faut s’adapter
ou disparaître.»
Votre localisation en Bretagne,
à Saint-Malo, ne vous isole-t-elle pas un peu du milieu de la franchise
?
Peut-être un peu. Il est vrai qu’on ne passe pas par hasard
dans une ville comme la nôtre. Il faut décider d’y
venir ! Ce qui nous permet de vérifier que les candidats qui nous
rendent visite sont sérieux !
Vous êtes issu d’une famille de commerçants, et vous
êtes passé de la situation de franchisé à celle
de franchiseur.
Comme
s’est opérée cette mutation ?
Mon père a tenu un beau magasin à Saint Malo : Aux Corsaires.
Une affaire qui marchait bien. Moi, j’ai fait des études
de sciences-éco et je ne voyais pas les choses de la même
façon que lui. Je croyais au commerce de périphérie
et j’ai tenté une de mes premières aventures avec
Vétimode. Mon père était aussi franchisé de
l’enseigne Pantashop, qui existe d’ailleurs toujours et est
devenue notre client ! J’ai moi même possédé
trois magasins Caroll. Puis, cette enseigne a décidé d’abandonner
la franchise pour le succursalisme et m’a racheté ces trois
points de vente dans des conditions intéressantes. J’ai donc
tourné la page en lançant Cache Cache en 1991. L’expérience
de Pantashop m’a beaucoup aidé. En fait je me suis inspiré
de cette formule de distribution d’articles aux prix très
compétitifs. J’ai testé le concept à Saint-Malo
et, au départ, je pensais qu’il serait intéressant
de placer un Cache Cache à côté de chaque Pantashop
– il y en avait 400 à l’époque ! Les 30 meilleurs
commerçants de la chaîne m’ont poussé à
me lancer. Ensuite j’ai beaucoup appris sur le terrain. Notre groupe
est passé par des périodes délicates.
le groupe BEAUMANOIR
Chiffre d’affaires 2004 : 220 M€
12 millions de pièces textiles distribuées
en 2004
600 magasins livrés quotidiennement
1000 salariés
120 fournisseurs
Trois enseignes :
- Cache cache, prêt-à-porter féminin à
petit prix, cible très jeune, 300 magasins
- Patrice Breal (prêt à porter féminin de
milieu/haut de gamme repris en 2003) 100 magasins
- Scottage (Prêt à porter féminin classique
de milieu de gamme repris fin 2004) 40 magasins
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Quelles ont été
les étapes les plus importantes du développement de votre
groupe ?
En
1991, quand j’ai créé Cache Cache, mon idée
était de m’approvisionner dans le Sentier, de tirer les prix
et de m’associer à d’autres commerçants dans
un groupement souple. Mais, j’ai rapidement réalisé
les limites de cette formule. En 1995, tous les réseaux textiles
ou presque ont connu des difficultés. La consommation a brutalement
chuté. Souvenez-vous, c’est l’époque de l’éclatement
de Camaïeu en trois enseignes différentes. Nous étions
proches du dépôt de bilan. Cette crise a eu des effets positifs
: elle nous a conduit à nous remettre en cause. Le textile est
un univers très dur, il faut s’adapter régulièrement
au marché ou disparaître. Le métier a profondément
changé. Nous sommes donc repartis sur des bases complètement
différentes avec un système de franchise beaucoup plus directif.
L’informatisation du réseau, en 1999 a représenté
un véritable bouleversement.
Toutes nos méthodes de gestion des stocks ont changé. Une
véritable révolution dans l’entreprise ! Cela n’aurait
pas été possible dans le cadre de notre première
formule d’association où chacun tirait de son coté.
Pour s’imposer, il faut maîtriser de A à Z le circuit
court.
La franchise Cache cache
Magasins : 150 à 200 m2 à
un emplacement 1 ou 1 bis dans une ville de plus de 15 000 habitants
Droit d’entrée : 6 500 €
C.A. moyen : 900 000 €
Commission : 35 % du C.A. hors taxe |
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Aujourd’hui, vous maîtrisez
parfaitement cette gestion des stocks ?
La
logistique, c’est le nerf de la guerre dans notre métier.
La logique du circuit court est incontournable dans le commerce du prêt-à-porter.
Le système de la commission-affiliation nous permet de piloter
directement stocks, réassorts, commandes au jour le jour. Il faut
être en mesure de réagir très vite, de commander très
vite, de livrer très vite. Sans maîtriser cette logistique,
nous n’aurions pas pu progresser aussi vite. Nous sommes passés
de 3,5 millions de pièces livrées par an en 2001 à
12 millions en 2004. Nous ne livrons pas que nos propres points de vente.
Notre centrale C Log sert d’autres clients, qui veulent sous-traiter
leur logistique, tels 70 magasins Pantashop, et nous espérons en
convaincre d’autres de nous rejoindre. Nous exécutons aussi
des missions ponctuelles pour divers clients. Nous disposons aujourd’hui
d’une plate-forme de 20 000 m2 à Pleudihen. Pour faire fonctionner
tout cela, nous avons des équipes très jeunes, très
dynamiques. Nous employons près de 1 000 salariés. Au siège
de Saint-Malo, où nous avons 160 administratifs, la moyenne d’âge
est de 30 ans avec 90 % de femmes. Cette structure me permet d’ailleurs
de déléguer et de ne pas avoir en permanence le nez sur
le guidon.
La franchise Patrice Bréal
Magasin : 80 à 120 m2 à un emplacement
N° 1 dans une ville de plus de 15 000 habitants
Droit d’entrée : 5 000 E
C.A. moyen : 500 000 E €
Taux de commission : 35 % du C.A. |
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Côté fournisseurs,
à qui vous adressez-vous ?
Environs 50% de nos articles sont produits en France, 30% dans le bassin
méditerranéen et 20% dans les pays de l’Est. On aurait
tort de croire qu’il est toujours plus rentable de faire fabriquer
à l’étranger. Cela dépend des cas de figure.
En France, on achète des délais plus courts. La marge plus
élevée qu’on peut réaliser à l’étranger
est bien souvent mangée par les coûts de transport. Nous
sommes très exigeants avec nos fournisseurs, mais nous leurs sommes
aussi très fidèles. Les bons fournisseurs sont rares. Nous
en avons une centaine. Nos principes sont ceux de la grande distribution
: nous jouons davantage sur les volumes que sur les marges. Certains commerçants,
voyant leur chiffre d’affaires baisser, augmentent leurs marges
et leurs prix. C’est une très mauvaise politique.
«Les franchisés
d’une enseigne reprise par un nouveau franchiseur hésitent
toujours au départ. Ce sont les résultats qui peuvent les
convaincre et non les discours.»
Vous cherchez aussi à
vous développer en reprenant d’autres réseaux. Ainsi,
vous avez repris Patrice Breal l’an dernier et Scottage cette année.
Les
deux opérations sont assez différentes. Pour Patrice Bréal,
j’ai repris la marque, pas la société. Ce sont deux
bonnes enseignes qui méritent sans doute d’être gérées
un peu différemment. Peut-être ces enseignes n’avaient-elles
pas non plus réussi à dépasser le seuil critique
qui permet de s’imposer sur le marché. Scottage était
une entreprise familiale très sérieuse, très correcte
avec ses partenaires, mais son positionnement n’était pas
excellent. Trop classique. Nous avons l’intention de rajeunir son
image avec des produits plus branchés. C’est une enseigne
qui s’adresse aux femmes de la soixantaine. Mais, aujourd’hui,
les femmes de cet âge ont fait mai 68 et ne s’habillent plus
comme leurs mères. Nous nous adressons désormais aux «nouveaux
seniors». qui ont envie de plaire et toujours une once de fantaisie.
Scottage
Magasins actuels de 50 à 80 m2
Formule de franchise en cours d’étude. |
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Comment ont réagi les
franchisés de ces enseignes ?
J’ai
rencontré tous les franchisés de Patrice Bréal. Curieusement,
ce sont les plus sceptiques au départ qui m’ont suivi. Les
résultats sont parlants : le chiffre d’affaires des 14 magasins
franchisés d’origine a augmenté de 28% en 2003 et
de 38% en 2004. Et surtout, nous sommes parvenus à attirer des
dizaines de commerçants. Le réseau réunit une centaine
de boutiques aujourd’hui. A surface constante, nous avons doublé
le chiffre d’affaires depuis la reprise, c’est sans doute
ce qui les a convaincus. Pour Scottage, c’est encore frais, les
discussions sont en cours.
Vous vous apprêtez à
partir en Chine. Vous espérez exporter votre enseigne dans ce pays
?
Pourquoi pas ? Bien entendu, nous ferons fabriquer les produits sur place.
Nous sommes évidemment loin derrière Etam qui a déjà
2 000 points de vente en Chine, mais les possibilités de ce marché
sont considérables.
Cela ne doit pas être évident de trouver des partenaires
sur place, d’obtenir le feu vert des autorités ?
Il existe assurément des obstacles, mais ils peuvent être
surmontées à condition de bien connaître les mécanismes
locaux, et de les accepter. Les logiques ne sont pas nécessairement
celles auxquelles nous sommes habituées, il faut être modeste
et respecter ses partenaires et leurs usages, pas prétendre s’imposer
en force. Mais je ne voudrais pas vendre la peau de l’ours : rien
n’est fait.
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