INDEPENDANT - SAGA
PARABOOT la qualité marche toujours
Revue PIC-INTER - n°292 - Mai- juin 2005
Depuis 1919 et la naissance de la première
chaussure à semelle de latex, la famille Richard-Pontvert édifie
avec patience la légende Paraboot, jusqu’à faire de
cette affaire familiale une valeur sûre du luxe. Rencontre avec
une dynastie qui a mis la chaussure au rang des beaux arts.
Chel
Richard, Essec de 60 ans, est rentré dans l’affaire familiale
en 1983, à un moment où l’entreprise déposait
le bilan. Serait-il allé au bout de ses rêves et de ceux
de sa famille ? Indubitablement, non ! Il va tirer le fil d’une
histoire commencée à la fin du XIXème siècle
par son grand-père, Rémy Richard-Pontvert. Un petit cordonnier
qui a développé son atelier grâce à la réparation
de chaussures de soldats, pendant la première guerre mondiale.
En 1919, au cours d’un voyage aux Etats-Unis, le cordonnier isérois
découvre les boots ainsi qu’un produit étonnant, le
latex qui transitait par le port de Para en Amazonie. De retour dans son
atelier, au pied des Alpes, il a l’idée d’associer
les deux noms pour inventer un style de chaussures inusables et inspirées
des boots américaines. Les godillots porteront le nom de Paraboot.
Une marque venait de naître. «Les premiers clients de mon
grand-père étaient des agriculteurs, des chasseurs et des
pêcheurs. Une clientèle agricole qui avait besoin de chaussures
solides et étanches», explique Michel Richard.
Dans les années 50, Julien Richard, fils de Rémy, rentre
en scène. Ce commercial hors-pair entreprend de faire sortir la
chaussure de la région dauphinoise pour développer la marque
dans tout l’Hexagone avec l’idée d’adapter, pour
la ville, la chaussure à semelle de latex. En 1944, Julien fête
la naissance de son fils Michel. Un évènement qui va donner
à la marque un parfum de mythe : la chaussure robuste, à
semelle vulcanisée, devient la «Michaël». Un coup
de génie, puisque la mythique chaussure porte toujours le même
nom aujourd’hui.
Passant d’une clientèle agricole à une clientèle
citadine, profitant de la mode «gentlemen farmer», Paraboot
va connaître un essor sans précédent pendant les Trente
Glorieuses. A l’époque, Julien Richard est l’ami d’Eugène
Blanchard, le propriétaire de la très prestigieuse maison
Weston. Un jour, Eugène dit à Julien : «Je te laisse
la chaussure de sport, je garde la chaussure habillé.» Et
c’est ainsi que, lors d’une partie de chasse, Paraboot et
Weston se sont partagés le marché de la chaussure de luxe
pour hommes. Julien Richard va s’inventer une nouvelle vie dans
le luxe. Il a sans doute contribué à bousculer les règles
de l’élégance en prouvant que l’on pouvait mener
plusieurs activités sans être obligé de changer de
chaussures. Rapidement, on voit toute la jet-set porter “la Michaël”.
Et pour être absolument raccord avec l’image, Julien Richard
surveille de près la fabrication pour obtenir la meilleure qualité.
Mais, pour lui, le luxe résidera toujours dans la fonction d’usage.
En effet, la première caractéristique de la chaussure à
semelle de latex c’est son confort, un message pas très glamour
qui a mis du temps à passer mais qui tient toujours. La logique
? «C’est une chaussure intemporelle», lance Michel Richard.
UNE MUTATION NECESSAIRE
1983,
l’entreprise est malade. A son chevet Michel Richard, fils de Julien
et actuel PDG de la société. La situation nécessite
un dépôt de bilan et l’entreprise va passer quatre
ans sous tutelle judiciaire. En 1985, deuxième coup dur : des copies
de la mythique chaussure, vendues moins cher, affluent en France. Mais
il en faut plus pour décourager l’ancien contrôleur
de gestion d’IBM. Expérience oblige, il trouve des solutions
: exporter son produit haut de gamme. Les Italiens sont au rendez-vous
et adoptent la chaussure vedette de la marque. Un hic : le distributeur
italien qui avait signé avec Paraboot ne voulait que “la
Michaël”. Deuxième coup de poker réussi : il
dessine des lignes plus urbaines et lance une ligne de chaussures pour
femmes qui représente actuellement 40% de la production. La diversification
se pratique avec parcimonie mais çà marche.
Aujourd’hui, les chaussures sont fabriquées dans deux usines
basées à Iseaux et Tullins dans l’Isère, berceau
historique de la société. Michel Richard a été
rejoint par sa fille Clémentine Colin, chargée de la distribution
et de la mise en place des collections. Son fils, Marc-Antoine est au
bureau des méthodes, son gendre, Pierre Colin, partage la direction
commerciale avec un cousin, Frédéric Tersen. «Le capital
de la société est détenu a 100% par la famille»,
souligne Pierre Colin. «Et nous tenons à notre indépendance.»
Le clan inflige un démenti cinglant à tous ceux qui prévoyaient
le déclin fatal de la chaussure française. Paraboot a bien
négocié son virage stratégique dans le haut de gamme
et a évité le sort de nombreuses enseignes laminées
par la concurrence asiatique. Pourquoi ? «Nous avons sur garder
le meilleur de notre tradition», lance Pierre Colin. Il est vrai
que dans les ateliers de fabrication règne un parfum d’antan.
Les gestes sont identiques et le travail artisanal garde la même
exigence de précision. Il ne faut pas moins de 150 opérations
pour réaliser une chaussure avec la technique du cousu Norvégien.
Elle consiste à fixer la tige de la chaussure à la semelle
grâce à une double couture sur une bande de cuir (trépointe),
visible de l'extérieur et garantissant étanchéité,
résistance et durabilité. Quant au cousu Goodyear, du nom
de son inventeur américain, il s'effectue en cousant une trépointe
de cuir entre la tige et la semelle, laissant apparaître une seule
couture sur le pourtour. Solide et raffiné, il offre également
l'avantage de permettre plusieurs ressemelages.
Le
design et la qualité ne suffisent pas. Il faut vendre aussi. La
marque est distribuée en France et à l’étranger
par des multimarques triés sur le volet. La société
se distribue également elle-même à travers 18 boutiques
dont 5 à l’étranger. «Nous avons aussi 4 corners
: Galeries Lafayette, Bon Marché, BHV et la Samaritaine»,
souligne Pierre Colin. Avec 800 références et la vente annuelle
de 300 000 paires de chaussures à 250 e la paire en moyenne (les
prix sont compris entre 100 et 400 e), le marché français
est largement couvert. Les efforts portent sur l’international -
surtout le Japon - qui représente 25% du chiffre d’affaires.
«Nous n’ouvrirons pas des boutiques partout dans le monde,
mais nous sélectionnerons quelques pays et les grandes capitales
régionales françaises. Le partenariat ne sera pas notre
cheval de bataille.»
Il paraît qu’une marque de luxe doit charmer les stars pour
réussir. Paraboot n’a pas failli à la règle.
“La Michaël” séduit les citadins BCBG, mais aussi
le Premier Ministre Belge et Jacques Chirac. Effet bouche-à-oreille
garanti. La liste des Paraboot-maniaques en vue n’a cessé
de s’allonger : Edouard Balladur, Francis Huster, Alain Souchon,
Florent Pagny, Vanessa Paradis… Georges Clooney, l'acteur américain,
en personne, a fait venir de la boutique d'Anvers la seule paire de Paraboot,
en 47,5 du modèle désiré. Cette belle marque a bâti
un îlot de résistance et ses dirigeants successifs ont souvent
bousculé un lourd héritage mais ont vécu en près
d’un siècle, étape par étape, une belle métamorphose.
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DATE
DE NAISSANCE DE LA MARQUE : 1919 NOMBRE DE SALARIES
: 200 PRODUCTION : 90% dans l’Isère
BUDGET COMMUNICATION 2004 : 350 000 € CHIFFRE
D’AFFAIRES 2004 : 16,6 M €
CHIFFRE
D’AFFAIRES D’UNE BOUTIQUE : 350 000 € |
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