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REGION - ORLÉANS - TOURS

S’installer dans la région centre :
tours ou orleans ?

Revue PIC-INTER - n°292 - Mai- juin 2005

«Il vaut mieux travailler à Orléans et il vaut mieux vivre à Tours» : s’il a un peu perdu de son actualité, l’adage n’en illustre pas moins une profonde rivalité. La première est capitale de la région Centre. La seconde a longtemps pensé que ce rôle lui revenait. Même la Loire, qui traverse les deux villes, peine à les départager.


En 1964, Orléans fut érigée au rang de préfecture de la région Centre. A une centaine de kilomètres de là, Tours, pourtant plus puissante démographiquement, culturellement et économiquement, accusa le coup. En préférant la ville de Jeanne d'Arc à celle de Saint Martin, l’Etat raviva le feu d’une rivalité historique. Au cours des quarante années qui ont suivi, son choix a même contribué à changer la donne. Orléans s’est ainsi vu dotée de divers équipements dignes de son nouveau statut et a bénéficié de la délocalisation de l’université, des services financiers de La Poste ou encore des laboratoires du CNRS… Autant de créations d’emplois hautement qualifiés.

Les différentes mandatures municipales ont fait le reste. D’un côté, la préfecture du Loiret, modèle de concertation politique entre les élus de la ville, du département et de la région, a rattrapé son retard en faisant une cour assidue aux entreprises. Bâclant, au passage, le soin de son environnement. De l’autre, son homologue d’Indre-et-Loire, moins douée pour la concertation – la création d’une communauté d’agglomération, Tours Plus, en 2001, y a un peu remédié – a négligé son développement économique au profit d’un sage équilibre, sans classe sociale dominante ni folie urbanistique. Pas une grande ville mais une ville où il fait bon vivre.

Bien ancrées, les tendances commencent pourtant à s’inverser. Que ce soit du côté d’Orléans, qui retape entièrement ses murs et fait de la culture une priorité, ou du côté de Tours, qui a réussi à séduire des candidats à l’immigration tels que Zebank (alias Egg), Bouygues Télécom, ST Microélectronics ou encore Safety. Aujourd’hui de même taille et disposant d’une puissance économique similaire, les deux villes sont plus rivales que complémentaires. Elles profitent (et l’entretiennent) pareillement du dynamisme régional.

Cinquième région industrielle depuis 1999 (la construction automobile occupe deux fois plus d’emplois qu’au niveau national), premier pôle santé-beauté (elle produit deux médicaments français sur cinq), première région céréalière et troisième en électronique-informatique, le Centre affiche également l’un des plus bas taux de chômage depuis toujours. Ainsi que la plus forte croissance démographique hexagonale. Pas étonnant que la Vallée de la Loire, terre de bâtisseurs (110 châteaux en témoignent), draine les entrepreneurs. C’est à eux qu’il appartient sans doute de dépasser une querelle de clochers ligériens bien dérisoire à l’échelle européenne.

 

ORLÉANS
LA BUCHEUSE

Démographie
Forte d’une unité urbaine de 270 000 habitants (630 000 dans le Loiret), Orléans a connu la plus forte croissance démographique nationale (+0,9%) entre 1990 et 1999.

Transports
Si Orléans n’est pas desservie par le TGV, elle est néanmoins mieux placée sur les réseaux autoroutier et ferroviaire, qui la mettent à une heure de Paris en train. La proximité de la Capitale et de ses centres de décision en font une destination privilégiée des entreprises. La médaille a son revers : celui de devenir une simple banlieue. Quelques 5 000 Orléanais font ainsi la navette chaque jour pour travailler à Paris.
Quant aux transports urbains, ils sont excellents, notamment grâce au tram, inauguré en 2000 sur une portion de 18 kilomètres.

Environnement
La forêt d’Orléans, les beautés de la Sologne et les châteaux de la Loire tout proches sont autant d’atouts. Un peu insuffisants, toutefois, pour faire oublier des bords de Loire négligés et les problèmes d’urbanisme.

Urbanisme
Celui-ci, un peu vieillot, souffre surtout d’un certain déséquilibre. Le développement, dans l’après-guerre, du quartier de La Source, véritable ville dans la ville (25 000 habitants) qui accueille également le campus universitaire, 0rléans ne s’est pas fait sans pots cassés : absence de mixité sociale, insécurité, désaffection du centre.
Du coup, le nouveau maire, Serge Grouard a fait de l’embellissement et de l’animation du centre-ville une priorité, dont la mise en œuvre est sur le point d’aboutir. Au programme : rénovation (gare, façades, quartier Chatelet-Les-Halles), piétonisation de places et d’axes symboliques, retour des étudiants de la fac de lettres…

Sécurité.
En matière de délinquance, plus importante que dans d'autres villes comparables, les efforts ont été payants : en 2002, les actes commis ont baissé de 20% dans la ville et de 43% à La Source.

Culture
Les derniers chantiers (création de la Médiathèque, construction d'un Zénith, attribution d'un centre dramatique national et d'une scène nationale, création d'un festival de Loire…) ont resserré, à défaut de le combler, l’écart avec Tours.

Economie
Cinquième pôle français de logistique, cinquième ville, aussi, pour les centres d’appels, Orléans cultive également sa spécialité dans les secteurs santé-beauté (23% de l’emploi), de l’électronique et des technologie de l’information (30% de l’emploi). Le desserrement industriel de la région parisienne lui vaut aujourd’hui la présence de nombreux sièges nombreux comme celle de leaders internationaux, de Pfizer à Christian Dior.


Emploi
Taux de chômage : 7,9% pour le Loiret, contre 8,7% pour la région et 9,9% pour la France.
C'est le taux le plus faible de la région. Pourtant, en 2002 comme en 2003, c’est dans le Loiret (155 000 emplois) que le nombre de demandeurs d’emploi a le plus fortement augmenté.


Création d’entreprises
Nettement en retrait de la moyenne nationale (11,6%), le taux de création d'entreprises du Loiret (10,4%) est légèrement supérieur à celui de la région (10,3%). Orléans concentre d'ailleurs le quart des nouvelles entreprises du Centre.


Accompagnement
Le premier Salon de la Création et de la Reprise d’Entreprises a été organisé en octobre 2004.
Une palette variée d'outils est mise à disposition des créateurs : la Pfil Loiret Création Initiative, l'association de chefs d'entreprises Val de Loire Entreprendre, la plate-forme Orléans Val de Loire Technopole (www.tech-orleans.fr), trois pépinières d'entreprises...


Immobilier
A la location, le marché est plus restreint qu'à Tours, ce qui explique un surcoût

 

Site : www.tech-orleans.fr

 

Un créateur à Orléans
Jean-Pierre Briend,52 ans
gérant de Bisous Calins

Pourquoi une boutique pour bébés ?
«Ancien commerçant à Châteauroux, j'ai vendu des vélos pendant 26 ans. En 2000, j'ai cessé mon activité pour des raisons économiques. Puis j'ai vendu des voitures, travaillé pour Airbus, effectué des missions d'intérim... Quand ma fille a trouvé un poste chez Doudou et Compagnie, ma femme et moi, séduits par le produit, avons eu l'idée d'ouvrir une boutique spécialisée dans l'environnement de bébé : pas de vêtements ni de puériculture mais de la décoration, de l'ameublement et ces objets que l'on dit transitionnels, notamment des doudous les plus variés, de la simple peluche au doudou qui imite le bruit du ventre de sa maman.»


Comment avez-vous concrétisé votre projet ?

«On a commencé par réunir nos dernières billes avant d'aller voir les banques. Le plus difficile a été de trouver un local : à Orléans, il y a pénurie ! On a fait le tour de la ville, en profitant du bouche-à-oreille, en rentrant chez les gens... On a finalement acheté un espace de 50 m2, dans le coeur historique d'Orléans. Heureusement, le prix était tout à fait abordable. Il nous a fallu six mois entre le moment où est née l'idée et l'ouverture de Bisous Calins, en juin 2004.»


Avez-vous atteint vos objectifs?
«Non, car les travaux de rénovation dans la rue ont duré jusqu'en décembre. Mais cette réhabilitation a été très bien faite : elle va permettre au quartier Les Halles-Chatelet, qui avait mauvaise réputation, de revivre. C'est aussi pour cela que nous avons choisi Orléans : c'est une ville attachante et qui a de l'avenir sur le plan économique. La proximité de Paris est également un atout. En attendant de pouvoir vivre de mon activité, je travaille depuis peu pour une agence immobilière. C'est ma femme, Sylvie, qui tient la boutique. Pour créer son entreprise, il faut avoir une volonté énorme car personne ne vous aide !»

 

 

TOURS
LA CHARMEUSE

Démographie
Les 298 000 habitants de son pôle urbain (563 000 en Indre-et-Loire), placent Tours au 17ème rang français. Un dynamisme démographique qui ne s’est pas essoufflé depuis les années 1980. Entre 1990 et 1999, le département a ainsi bénéficié du meilleur taux de croissance migratoire de la région.


Transports
Comme Orléans, Tours, pourtant plus éloignée de Paris, n’est qu’à une heure de train. Une proximité qu’elle doit au TGV, dont le tronçon atlantique, direction Bordeaux, est actuellement à l’étude. Autre avantage de taille pour les entrepreneurs : la présence d’un aéroport international.


Environnement
A Tours la palme de la qualité de vie ! Avec ses pierres blanches et ses toits d'ardoise, son climat océanique et ses rives soigneusement aménagées (celles de la Loire et du Cher), la cité aux pierres blanches et aux toits d’ardoise, idéalement placée au cœur des châteaux de la Loire, ne séduit pas seulement les cyclistes, chouchoutés depuis les années 1970.


Urbanisme
Son centre ancien a ainsi eu la chance d’être réhabilité à l'heure où tant d'autres tiraient un trait sur les vestiges du passé. Avec un souci de mixité sociale, qui s’est traduit par une répartition harmonieuse des logements sociaux, et la garantie d’une certaine animation en gardant à proximité le campus universitaire.
Sécurité
Longtemps plus préservée, Tours a vu le nombre d’actes de délinquance rattraper celui d’Orléans en 2002.


Culture
Tours a toujours eu de l’avance en la matière. Témoin le bilan de la mandature de Jean Royer : un Palais des Congrès, de nouveaux quartiers sur les rives du Cher et d’autres grandes institutions culturelles. La ville dispose également d’un centre chorégraphique national.


Economie

La vague de délocalisations d’entreprises au milieu du XXème a développé l’essor de secteurs industriels nouveaux tels que le caoutchouc, le plastique, l’électronique ou la pharmacie. Dans les services, l’action sociale et la santé, l’administration et l’éducation occupent les trois premières places. Les activités liées au tourisme, à la recherche (CEA, INRA…) et les technologies de l’information ont également été renforcées. Les 1 800 chercheurs et les 24 000 étudiants attestent de l’importance de la matière grise.
Activité traditionnelle en Touraine, le commerce reste aujourd’hui un secteur économique important, plus qu’à Orléans. Grossistes et détaillants confondus, ce secteur compte en Touraine près de 6 400 entreprises et 28 800 salariés. On constate, en outre, une forte densité de marchés en plein air.


Emploi
Taux de chômage : 8,7% pour Indre-et-Loire, 8,7% pour région et 9,9% pour France.
Si ce taux est en très léger repli, le marché du travail (soit 153 000 emplois sur le département) ne s’est pas amélioré pour autant, et ce malgré l’embellie de l’activité.


Création d'entreprises

En 2001, l'Indre-et-Loire a enregistré le meilleur taux régional de création d'entreprises. Les services aux entreprises (53%) sont, avec le commerce (27%), les secteurs les plus créateurs de nouvelles activités. Détail non négligeable : 55,5% des sociétés créées sont toujours en activité.


Accompagnement
Initiatives de la CCI : la CCI organise chaque année en partenariat avec le réseau Val-de-Loire Entreprendre un Forum de la création reprise sur deux jours.
Longtemps, il a manqué une structure unique avec un numéro d’accueil. Un oubli

Site CCI : www.touraine.cci.fr

 

 

Deux créatrices à Tours
Nathalie Congy, 41 ans, et Christelle Faure, 40,
co-gérantes de Brunch et Goût thé

Pourquoi un salon de thé ?
«En janvier 2004, mon amie Christelle Faure et moi étions sans emploi : elle, suite à la fermeture de Habitat, dont elle était directrice, moi, en fin de congé parental, après avoir travaillé dans la publicité, puis au journal municipal de Tours. J'avais envie de retrouver l'adrénaline du monde de l'entreprise. Seul impératif : ne pas avoir à gérer de stock. L'idée nous est venue lors d'une promenade à Nantes, en tombant sur un salon de thé. A Tours, il n'existait pas d'endroit chaleureux, lumineux, un peu féminin, non fumeur, pour papoter, déjeuner ou lire un magazine autour d'un verre ou d'un café. En plus de 30 places assises, nous avons aussi trois tables en terrasse.»


Quelles aides avez-vous obtenu ?
«Mon mari, directeur d'un centre de formation en création d'entreprise, nous a d'abord aidé à réaliser un prévisionnel. C'est encore avec lui que nous avons fignolé notre dossier pour l'Accre. Ensuite, nous avons eu la chance de trouver un local de 70 mètres carrés dans un quartier central. Nous l'avons aménagé toutes seules. Une subvention de 200 E de la CCI a financé des travaux de vitrine. C'est un comptable qui s'occupe de notre gestion.»


Quel bilan un an après ?

«On tient nos objectifs. Depuis l'ouverture, le 22 avril 2004, nous attirons essentiellement des femmes. Un groupe de copines vient ainsi déjeuner tous les jeudis dans la salle du sous-sol, réservée aux groupes (anniversaires, réunions de travail...), dans un esprit table d'hôte. Pâtisseries, tartes aux légumes ou aux fruits : nous cuisinons tout nous-mêmes. On propose aussi des plats à emporter. Mais nous voulons encore étendre notre activité, en louant notre sous-sol, par exemple, pour des ateliers divers. Quoiqu'il en soit, on n'embauchera personne : nous voulons rester toutes les deux !»

 

 

Sommaire numéro n°292

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