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FRANCHISES - QUESTIONS / RÉPONSES

Les dix questions : Transmettre une entreprise en franchise à sa famille

Revue PIC-INTER - n°291 - Mars - Avril 2005

Pouvoir léguer à ses proches une entreprise à laquelle on a consacré une vie de travail est l’objectif de nombreux commerçants et artisans. Il faut savoir que les affaires en franchise posent quelques problèmes particuliers. Ce sont ces spécificités que nous examinons ici.

 

Un commerce en franchise peut-il être légué à ses enfants ou à d’autres membres de sa famille de la même façon qu’un commerce indépendant ?
Non, pas tout à fait. En effet le propriétaire du fonds de commerce est lié par le contrat qu’il a signé avec son franchiseur. Or un contrat de franchise ne peut pas se vendre, se donner ou se léguer comme n’importe quel autre bien. C’est certes un bien immatériel, que le franchisé a payé en versant un droit d’entrée, mais sa transmission est soumise à condition. Le franchiseur a toujours son mot à dire. La transmission d’un commerce en franchise est donc un peu plus compliquée que celle d’un commerce indépendant.


Existe-t-il des règles valables pour toutes les franchises ou les problèmes de transmissions varient-ils selon les enseignes ?
C’est avant tout le contenu du contrat qu’il faut prendre en compte. La plupart des contrats sont signés intuitu personae, c’est-à-dire qu’ils sont signés avec une personne particulière et seulement avec elle. C’est une précaution légitime de la part d’un franchiseur qui souhaite savoir par qui il va être représenté. Une enseigne doit s’assurer que ses franchisés possèdent non seulement les compétences nécessaires à la bonne marche de leur commerce mais aussi une certaine éthique conforme aux principes du réseau. C’est pourquoi les franchiseurs les plus sérieux font passer divers tests aux candidats avant de signer un contrat avec eux. Le problème est donc le risque que le ou les héritiers ne présentent pas nécessairement les mêmes compétences et qualité. Or le franchiseur n’en sait rien car il ne les connaît pas.


Un franchiseur peut-il refuser de confier une affaire en franchise à un héritier qui ne lui conviendrait pas ?
Oui. Son contrat lui en donne le droit, puisqu’il n’a pas signé avec lui. Toutefois, l’intérêt bien compris du franchiseur est évidemment que l’affaire continue à tourner. Il n’a donc aucune raison de mettre systématiquement des bâtons dans les roues des héritiers de ses partenaires, sauf si ses intentions sont d’essayer de profiter de l’occasion pour récupérer l’affaire à un prix intéressant. Ce cas de figure peut se présenter mais est relativement rare. Toutefois, il est parfaitement normal que le franchiseur demande à rencontrer le ou les héritiers qui deviennent ses nouveaux franchisés pour savoir à qui il a désormais affaire. Si le contrat arrive à son terme, il peut décider de ne pas le renouveler s’il estime qu’il y a trop d’incertitude sur la personnalité de l’héritier. La situation peut donc s’avérer gênante pour la bonne marche de l’affaire.


Un franchiseur peut-il exiger le paiement de nouveaux droits d’entrée ?
C’est possible en effet si le franchiseur estime que l’héritier, désormais son nouveau franchisé, doit par exemple suivre une formation comparable à celle de n’importe quel autre nouveau partenaire. Par exemple, dans le cas d’un fils ou d’une fille qui a vécu à l’étranger et vient reprendre l’affaire familiale sans jamais y avoir travaillé. Toutefois, le commerce est déjà lancé et, par conséquent, le franchiseur devrait avoir moins d'effort à consacrer à ce magasin que pour un point de vente complètement nouveau. Le droit d’entrée devrait donc être réduit. D’une façon générale, ce sont des points qui peuvent se négocier entre le ou les héritiers et le franchiseur. Mais, si rien n’a été prévu du vivant du franchisé, les héritiers ne seront peut-être pas en position de force pour mener ces négociations, surtout si le fonds de commerce doit être partagé entre plusieurs personnes.


Que se passe-t-il si le fonds de commerce doit être partagé entre plusieurs héritiers ?
Les héritiers ont deux solutions : vendre le fonds de commerce ou maintenir l’affaire en activité. S’ils vendent le fonds de commerce pour partager immédiatement le fruit de la vente, la transaction obéit aux mêmes règles que la vente du magasin du vivant du franchisé. Le contrat donne généralement le droit au franchiseur de refuser des candidats à la reprise. Il lui accorde aussi assez souvent un droit de préemption, c’est-à-dire de reprendre lui-même l’affaire dans des conditions équivalentes. La négociation sera généralement plus difficile que du vivant du franchisé car celui-ci avait la possibilité de former son successeur, de l’épauler pendant un certain temps en restant dans le magasin. La vente immédiate n’est donc pas une très bonne solution, elle risque de se faire dans de mauvaises conditions. La seconde solution consiste à signer un contrat avec le franchiseur pour continuer à faire tourner l’affaire. Quitte à la vendre plus tard. Pour cela, il est préférable que les héritiers désignent parmi eux un interlocuteur unique qui traitera avec le franchiseur. Si le commerce est en SARL, les héritiers propriétaires des parts devront désigner un nouveau gérant qui sera l’interlocuteur du franchiseur. Celui-ci rendra ensuite des comptes aux autres héritiers qui deviendront ses associés, au moins provisoirement. Ceux-ci peuvent par exemple signer un pacte d’associés prévoyant la reprise complète ultérieure de l’affaire par un seul associé. Soulignons que ces problèmes sont assez complexes et qu’il est indispensable de consulter un juriste spécialisé.


Les héritiers peuvent-ils conserver un commerce en franchise sans le gérer personnellement ?
Cela dépend des cas de figure. Certaines franchises forment des gérants qu’elles mettent à la disposition de franchisés investisseurs. C’est le cas de la plupart des franchises hôtelières et certaines franchises de restauration très structurées, comme par exemple les Restaurants la Boucherie. Les héritiers se trouvent alors dans la situation d’investisseurs. Il peut aussi y avoir sur place un cadre salarié qui a à la fois la confiance des héritiers et celle du franchiseur, parce qu’il a suivi une formation et fait ses preuves sur le terrain. Mais, bien entendu cela suppose une négociation avec le franchiseur. Toutes les franchises n’acceptent pas les investisseurs, surtout les investisseurs dormant. Le franchiseur peut donc refuser cette solution et exiger qu’un des héritiers devienne son franchisé et gère personnellement l’affaire dans les conditions prévues par le contrat.


Peut-on préparer la transmission d’une franchise à son ou ses héritiers ?
Oui, et c’est particulièrement important. Une des premières précautions consiste à faire figurer le nom de l’héritier qui reprendra le magasin dans le contrat de franchise. Ce qui peut bien sûr faire l’objet d’une négociation avec le franchiseur. Il est possible aussi de faire rajouter ce nom en cours de contrat, toujours après négociation avec le franchiseur. La meilleure solution est évidemment que l’héritier participe à la gestion du magasin du vivant du franchisé et figure sur le contrat de franchise. Dans ces conditions, la succession ne devrait pas poser de problèmes.


Peut-on effectuer la donation d’un commerce en franchise ?
C’est en effet une bonne solution pour réduire les frais fiscaux. Plus le donateur est jeune, plus la donation bénéficie d’une réduction d’impôt importante : 35% si le donateur a moins de 65 ans et 10% entre 65 et 75 ans. Toutefois, cette donation est soumise aux mêmes problèmes qu’une vente : le franchiseur doit agréer le bénéficiaire de la donation et éventuellement signer un nouveau contrat de franchise avec lui. Le meilleur préalable à la donation est donc de faire figurer le bénéficiaire sur le contrat et de l’associer à la gestion du magasin. Si ce n’est pas le cas, le franchiseur peut exiger que le bénéficiaire paie un droit d’entrée et suive une formation. Le cas de figure de la donation peut aussi être prévu dans le contrat. Solution intermédiaire : si le bénéficiaire ne convient pas au franchiseur, celui-ci peut reprendre le magasin. Tout se négocie.

Quelle est la meilleure solution pour assurer la transmission par héritage : commerce en nom propre ou SARL ?
S’il n’y a qu’un seul héritier, la forme juridique n’a pas une grande importance. Mais, s’il y en a plusieurs, la SARL est une formule plus appropriée pour la continuation de l’activité. En effet, chaque héritier devient actionnaire de l’affaire et détenteurs de parts du capital à la hauteur de sa part d’héritage. Sinon, pour effectuer le partage, il faut vendre le fonds de commerce. Ou bien passer un accord pour assurer la continuation de la marche de l’affaire. Mais, quand il y a plusieurs héritiers, il n’est pas toujours facile d’obtenir un accord : certains veulent poursuivre l’activité, d’autres préfèrent toucher immédiatement leur part. En société, rien n’empêche un héritier de vendre ses actions. Sauf… si le contrat de franchise prévoit que le franchiseur dispose d’un droit de regard sur l’entrée de nouveaux actionnaires.

Que se passe-t-il dans le cas d’une franchise participative ?
Rappelons que la franchise participative est une formule d’association dans laquelle le franchiseur prend une part du capital du franchisé. Les maisons de la presse Agora, les dépanneurs informatique PC 30, parmi de nombreuses autres enseignes, pratiquent cette formule. Cela signifie nécessairement que la forme juridique du commerce est une SARL.
Les héritiers vont donc devenir les associés du franchiseur au sein d’une même entreprise franchisée. Cela peut évidemment entraîner des complications si les héritiers ne sont pas d’accord entre eux. Par exemple si l’un d’eux vend ses parts à une tierce personne, notamment au franchiseur qui devient alors majoritaire dans l’affaire. Tout peut se régler par la négociation entre associés et partenaires de bonne volonté, néanmoins ce n’est pas une situation très favorable pour la poursuite de l’activité d’un commerce familial. Il est donc préférable de sortir de cette association avec le franchiseur avant de procéder à une donation ou avant le décès du franchisé.

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