INDEPENDANT - COMMERCE DU MOIS
LE NOZ VAD PARIE SUR LE CŒUR DE LA BRETAGNE
Revue PIC-INTER - n°291 - Mars - Avril 2005
Pour Elisabeth et Alain Abéguilé, imaginer
un hôtel c’est créer une histoire pour interpeller
les gens, les amuser, les émouvoir, leur donner du plaisir. Le
Noz Vad, c’est l’âme bretonne et le résultat
d’heures de travail de deux entrepreneurs discrets mais déterminés.
Situé
à Carhaix Plouguer dans le Kreiz Breizh (le centre de la Bretagne),
le Noz Vad (bonne nuit en breton) a constitué un micro-événement
lors de son ouverture le 5 juin 2002 : Ici, les clients sont immergés
dans la culture bretonne, la vraie. Dès qu’ils passent la
porte de l’établissement ils découvrent les broderies
des fauteuils, canapés, rideaux et couvre-lits représentant
des binious, bombardes et cornemuses. Le bar met en scène l’ardoise
caractéristique du pays de Carhaix. Les luminaires sont inspirés
des broderies des coiffes de la région. «Trois mois de travaux
ont été nécessaires pour adopter cette identité
culturelle forte», explique Alain Abéguilé.
Son parcours d’entrepreneur, il le débute avec sa femme en
évitant de justesse une erreur d’orientation. «Après
20 ans passés dans une société de matériel
agricole nous avons quitté le monde du salariat pour créer
notre entreprise. Nous nous apprêtions à nous lancer dans
le métier de diffuseur de presse», se souvient ce breton
originaire de La Martyne. Mais, au dernier moment, ils se sont dit que
ce n’était pas fait pour eux. Ils opèrent un revirement
de direction et cherchent un hôtel-bureau en bordure de mer. «Trop
cher», précise Elisabeth Abéguilé, bretonne
originaire du même pays que son mari. Ils trouvent un peu par hasard,
à Carhaix, un hôtel dont les gérants avaient mis la
clé sous la porte. «Il n’y avait plus de fonds alors
nous avons acheté les murs. Et tout était à refaire.»
Une entrée brutale dans le métier qui leur assure quelques
erreurs de débutants mais qui forge l’expérience et
les fait avancer.
Cette reprise leur demande beaucoup d’investissement personnel et
un besoin de financement important. «Nous avions un apport personnel,
mais modéré. Nous avons eu la chance d’être
épaulés par de bons conseillers. La Fédération
Régionale du pays d’accueil touristique du centre Finistère
nous a accompagnés dans la mise en place de notre projet, notamment
en nous aidant à constituer des dossiers de demandes de subventions
auprès de l’Europe et des collectivités territoriales»,
explique Alain.
ENTRE BINIOUS ET CORNEMUSES
Après
quatre mois pendant lesquels ils s’investissent corps et âmes
dans les fonctions très larges de bâtisseur puis de patron
de PME, ils approfondissent leurs connaissances du métier d’hôtellier.
C’est ainsi qu’à la quarantaine ils appréhendent
très rapidement les exigences pratiques du fonctionnement d’un
hôtel. Côté décoration ? «Nous avons choisi
la créatrice du concept Celtia, Danielle Novello-Floc’hlay»,
souligne Elisabeth. Animée par le désir de faire découvrir
les richesses de sa Bretagne natale, cette décoratrice livre sans
relâche un combat pour faire tomber les clichés caricaturaux
qui collent à cette région française. Pour l’hôtellerie
indépendante, Celtia est devenu un concept pionnier et incontournable
qui répond parfaitement à l'attente de la clientèle
d'aujourd'hui de plus en plus à la recherche de lieux de caractères.
Tous les établissements passés entre les mains de cette
créatrice, conservent leur personnalité et bénéficient
d'une décoration propre, liée à l'histoire et à
la géographie du lieu concerné. Au Noz Vad, on a privilégié
le thème de la musique bretonne qui donne aux 43 chambres une ambiance
très particulière. Les clients ont également le loisir
de découvrir des expositions de peintures, de photos, de sculptures.
«Nous vendons des produits d’artisanat d’art dans un
petit emplacement qui nous permet de mettre en valeur les artistes régionaux.»
Certains soirs la clientèle confortablement installée dans
le bar de l’hôtel peut découvrir chanteurs, musiciens,
danseurs et conteurs de la région.
L’hôtel, classé 2 étoiles, accueille une centaine
de personnes, touristes ou personnes en déplacement professionnel,
lasses des chambres standardisées. Il est vrai qu’une partie
grandissante de la clientèle ne trouve plus son compte dans les
chaînes. «Notre force est de pouvoir sortir des stéréotypes»,
affirme Alain Abéguilé. Si l’on veut réussir
aujourd’hui, il faut se personnaliser, avoir une image propre. Le
Noz Vad a relevé le défi.
«La qualité du personnel est également un atout. Nous
avons des salariés compétents qui s’identifient facilement
à l’entreprise, qui ont l’impression de travailler
pour eux aussi», affirme Elisabeth Abéguilé. «C’est
quelque chose que l’on ne trouve plus beaucoup maintenant. Et, c’est
propre à notre secteur. Alors, des employés de qualité,
c’est bien, c’est précieux». Pour ce couple,
le maître-mot de l’hôtellerie reste le terme «respect»
: respect de soi-même, respect de la clientèle, respect des
collaborateurs qui se traduit par l’observation de la législation.
Les cinq salariés connaissent bien le métier, certains sont
bilingues, voire trilingues : «Nous parlons le breton», précise
Alain.
ENTRE FALAISES ET PLAGES DE SABLE FIN
Le
respect des clients se traduit au quotidien par une écoute et une
présence constantes, mais aussi par la mise à leur disposition
des services qu’ils sont en droit d’attendre : accueil personnalisé
et chaleureux, accueil des personnes à mobilité réduite.
«Nous briguons le label tourisme et handicap.» La centralité
est un atout majeur pour cet hôtel aussi bien du point de vue touristique
qu’économique. «On utilise beaucoup cet argument là.
Pour le touriste, la mer n’est pas loin. On est à une soixantaine
de kilomètres des trois côtes. Et on peut rapidement découvrir
les Monts d’Arrée et les Montagnes noires au centre. Quand
aux sociétés, pour organiser des séminaires, elles
choisissent un point central pour qu’il n’y ait pas trop de
trajet», analyse Elisabeth Abéguilé. Les villes de
Brest, Quimper, Lorient, Saint-Brieux sont proches et offrent un potentiel
de 1 500 000 clients à moins d’une heure.
Convaincue de la puissance d’Internet en termes de promotion internationale,
Elisabeth Abéguilé a créé le site Noz Vad.
L’apparition sur la toile de l’hôtel a eu des répercussions.
Surtout en ce qui concerne la clientèle étrangère.
«Les Français sont majoritaires mais nous accueillons beaucoup
d’Anglais, d’Allemands, de Belges et de plus en plus d’Italiens
et d’Espagnols. Ces derniers fuient les fortes chaleurs du Sud.»
Une clientèle qui apprécie les grands espaces et la nature
encore sauvage.
Aujourd’hui,
l’hôtel affiche complet du 14 juillet au 25 août. «Septembre
et octobre restent de bon mois avec la clientèle d’affaires,
les retraités et les commerçants. Puis de fin octobre à
mars, le taux d’occupation tombe à 40%. Mais çà
reste un bon chiffre», estime Alain Abéguilé.
Une belle réussite pour ce couple passionné de plongée
sous-marine. Une passion qui vous met la tête à l’envers.
Mais cela conserve un enthousiasme juvénile, une ambition saine
et assumée. Et une certaine humilité malgré une success-story
exemplaire.
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CAPACITE : Hôtel-bureau
de 43 chambres
PRIX MOYEN : de 37 € à 73 € €
SALARIES : 5 plus 1 à 2 personnes en extra
l’été
PRESTATIONS SUPPLEMENTAIRES :
organisation de séminaires.
Services de repas du soir
avec traiteurs locaux ou
formule buffet
CHIFFRE D’AFFAIRES : 550 000 € €
OBJECTIFS : 700 000 € d’ici à
trois ans |
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numéro n°292
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