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INDEPENDANT - SAGA
ROCHE-BOBOIS : une entreprise familiale en mouvement
Revue PIC-INTER - n°287 - JUILLET - AOUT 2004
Ils ont travaillé leur offre, leur produit et leur distribution. Les dirigeants du groupe Roche-Bobois témoignent que l’on peut réussir sur un marché en dent de scie. Histoire de deux familles que rien ne prédestinaient à se rencontrer.
Le marché du meuble en France : 8,24 milliards d’€. Le secteur moyen de gamme représente 37% et le haut de gamme 11% du marché. Leader en France et en Europe du circuit haut de gamme : Roche-Bobois, avec 328 millions d’€ de chiffre d’affaires et 510 millions d’€ pour l’ensemble du groupe. Plus de 40 ans que les deux frères Roche ont rencontré les deux frères Chouchan. Chacun jouissant aujourd’hui du même statut au sein de la grande tribu du groupe.
RENCONTRE EN FAMILLE
Les Etablissement Roche naissent en 1896 du père fondateur, Fernand Roche. C’est un auvergnat pur jus. Quand il quitte sa région pour le 12ème arrondissement de Paris, c’est pour créer une maison à deux pas du Faubourg Saint-Antoine, quartier historique des artisans du meuble. les Etablissements Roche voyaient le jour. A la même époque, les Chouchan fabriquent et vendent leurs meubles en Russie. Dans les années 30 ils émigrent à Paris, boulevard Sébastopol et créent "Au beau Bois" qui deviendra Bobois.
1950 : le fils de Fernand, Jacques Roche, achète l’ancien théâtre Alexandre Dumas rue de Lyon dans le 12ème arrondissement et y fait construire deux magasins. Ses deux fils, Philippe et François rejoignent la société et décident ensemble de donner un nouvel essor à l’entreprise créée par leur grand-père. Pour Philippe, la voie était toute tracée. Pour François, il y eut quelques hésitations. Ce fils de commerçant ne se voyait pas prendre la relève de son père immédiatement. HEC lui ouvre des portes sur le monde, mais ni le service crédit de la BRED, ni un bref séjour dans une agence de pub ne le satisferont. Alors il cédera aux appels de son frère qui avait besoin de ses compétences de gestionnaire pour l'entreprise familiale. Ils se lancent tous les deux dans la distribution des meilleurs spécialistes du mobilier contemporain hexagonal, fortement inspiré du Bauhaus, tels que Minvielle, Steiner ou Airborne. Ils donnent également une tribune à des projets de designers renommés tels que Pierre Paulin ou Marc Berthier.
| ROCHE-BOBOIS EN CHIFFRES |
ROCHE-BOBOIS EN CHIFFRES
Naissance de la société :
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1960 |
| Ouverture du capital : |
2001 |
| Evolution du nombre de magasins : |
1960 : 2
1977 : 100
1990 : 200
2002 : 371 |
| Chiffre d’affaires : Roche-Bobois : |
330 M€ |
| Autres marques : |
180 M€ |
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1960, Salon du meuble à Copenhague : Philippe et François Roche d’une part, Patrick et Jean-Claude Chouchan d’autre part sont là pour découvrir le mobilier scandinave. Si les quatre hommes font le même métier, avec leurs arguments – "design d’abord", dit-on chez Roche, "qualité avant tout", précise-t-on chez Chouchan –, ils sont loin de se douter que leur association va connaître un énorme succès. Décidant à l’unanimité d’importer les meubles nordiques, ils réalisent leur premier catalogue commun et créent leur société. Dans la corbeille du mariage : Roche-Bobois. L’engouement pour les meubles scandinaves aidant, l’aventure peut commencer.
Dès 1961, les quatre associés lancent leur première campagne publicitaire dans le magazine Elle. Succès. Roche-Bobois devient une marque à part entière. Le développement en franchise suit. Puis, à la fin des années 60, ils osent le cuir pour des canapés. Cuir Center naît dans la foulée, aujourd'hui à l'origine de 29% du chiffre d'affaires du groupe. En 1970, la toute puissance de la télévision engendre une profonde mutation dans l’organisation des foyers : le canapé devient un incontournable. Il est au cœur de la collection "Les Contemporains". Au début des années 80, la marque élargit son offre en créant la collection les "Provinciales" qui réinterprète le mobilier de tradition française. Les années 90 sont marquées par la tendance au métissage avec la croissance du mobilier ethnique. Roche-Bobois a compris cette nouvelle demande et y a répondu en créant la collection "Les voyages". Aujourd'hui, le vaste magasin de la rue de Lyon, comme toutes les succursales Roche-Bobois à travers le monde, est véritablement un diffuseur d'idées nouvelles. La société revendique d'ailleurs le titre d’"éditeur de meubles". Elle s’entoure de designers et s’offre des grands noms du milieu, comme Hans Hopper, Massimo Iosa Ghini Paola Navone, Wladimir Kagan et Christophe Delcourt, un petit jeune qui devrait compter. Au cœur de leur stratégie marketing : les catalogues. Une opération d’envergure, puisqu’ils sont réalisés pour chacune des trois grandes collections, en 5 langues dans un format spectaculaire. Si le catalogue peut être créateur de trafic, il est d’abord une source d’inspiration. En effet, plus proche du magazine de déco que du prospectus promotionnel, entre minimalisme zen, style ethnique et ambiance années 70, il a de quoi séduire.

www.roche-bobois.com
L’objectif affiché de la maison est d'élargir la vision du mobilier classique pour le réintroduire dans la modernité. En explorant, par exemple, les différentes formes d'un canapé. Ou comment un meuble "de style", détourné, peut devenir moderne ou "ethnique". Ainsi en variant matériau, patine ou tissu, une simple carcasse de canapé en bois brut devient copie d'ancien, chinoiserie pour décor genre "Madame Butterfly" ou mobilier insolite au look branché. Une démarche efficace qui semble bien être la mieux adaptée aux attentes de nos concitoyens en matière de décoration intérieure. Révélatrice en ce sens, une étude de la Sofres sur les 35/49 ans, des deux sexes, et de tous les milieux socio-professionnels. 81% estime que la décoration et l'ameublement sont ce qu'il y a de plus important pour se sentir bien chez soi. 32%, surtout des femmes (61%), cherchent à exprimer leurs aspirations et leur personnalité dans l'aménagement de leur intérieur. 18% sont des "aficionados du meuble" prêts à tous les sacrifices pour s'offrir l'objet ou le meuble coup de cœur. A l'exception de ces derniers, que leur goût porterait plutôt vers le design, et, pour certains, vers la copie d'ancien, les quadras français se disent intéressés par les lignes contemporaines. Mais le style qui reste une valeur sûre au moment d'effectuer leur choix est… le "rustique campagnard". Seule exception: le canapé, pour lequel ils veulent bien sacrifier au design.
LA MAISON-MÈRE
FAIT DES PETITS
En ayant testé les meubles ethniques dans leurs magasins classiques, les fondateurs de Roche-Bobois s'étaient rendu compte que c'était un créneau porteur. En 1997, Maison Coloniale devenait tout naturellement une enseigne à part entière. Le concept repose sur l’édition de meubles, canapés et objets d’inspiration ethnique. L’avant-dernière née du groupe familial (aux côtés des Roche-Bobois classiques et des magasins Cuir Center) acquiert vite une dimension nationale et internationale. L’enseigne, bien implantée en France, a accéléré son développement international au Luxembourg, en Italie, en Suisse, en Espagne et à Moscou.
En 2001, Natuzzi, premier fabricant mondial de canapés en cuir, côté aux bourses de Milan et de New York, confie à Cuir Center le développement d’un réseau français de magasins exclusifs à l’enseigne "Natuzzi Store". La même année, François Roche fait entrer la Banexi Capital Partenaires, société de conseil et de gestion de fonds du groupe BNP-Paribas et Siparex, un fonds lyonnais, au capital "pour financer l'expansion et attirer des cadres de haut niveau", disait-il à l’époque. Contrôlé jusqu’ici à parts égales par les deux familles fondatrices (Roche à 50% et Chouchan à 50%), le Groupe a procédé à une augmentation de son capital de 12%. À la suite de cette opération, le capital se répartit entre la famille Philippe Roche (22%), la famille François Roche (22%), la famille Jean-Claude Chouchan (22%), la famille Jean-Eric Chouchan (22%), Banexi Capital Partenaires (9 %) et Siparex (3%). Après une belle réussite aux Etats-Unis, Roche-Bobois a implanté son enseigne à Shangaï en mars 2004. "Un coup pour voir", dit-on à la direction. Trois ou quatre magasins devraient suivre à Pékin et à Canton.
A la tête de quelques 380 points de vente dans 30 pays, Roche-Bobois réalise un chiffre d’affaires économique de 510 millions d’€ dont 35% à l’international. L’enseigne progresse dans les pays de l’Est, notamment en Russie. Une expansion qui permet au groupe de tabler d’ici 5 ans sur une rentabilité du capital de 15% et une hausse de près de 30% de son chiffre d’affaires. La société a renforcé son management avec Gilles Bonan, HEC, à l’international et aux finances, Eric Amourdedieu, Centrale, au marketing. Philippe et François Roche n’ont pas baissé les bras : le premier, 70 ans, est PDG, le second, 68 ans, occupe le poste de Président du Directoire et de DG, qu’il partage avec François Chouchan. La quatrième génération a rejoint l’entreprise familiale : Jean-Eric Chouchan, 49 ans, préside le Conseil de Surveillance. Nicolas et Antonin, fils de François Roche sont arrivés récemment. En attendant que la nouvelle génération prenne la relève, les fondateurs poursuivent la tâche. "Et ils sont très présents", dit-on en coulisse.
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