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REGION - ILLLE-ET-VILAINE
S’INSTALLER EN LOT-ET-GARONNE
Sud-ouest recherche repreneurs de PME
Revue PIC-INTER - n°285 - MARS - AVRIL 2004
Démographie oblige, le Lot-et-Garonne connaîtra bientôt une pénurie de successeurs à ses chefs d’entreprise. Du coup, le département a pris les devants, en lançant une campagne de communication inédite. Objectif de l’opération : courtiser les créateurs et repreneurs franciliens, en leur vantant les charmes de l’Aquitaine.

Le 15 novembre 2001, les Parisiens recevaient, dans les pages de leur quotidien, sur leur écran télévisé et sur les panneaux d’affichage, un insolite avertissement : " Vous avez 15 jours pour quitter Paris ". Derrière cette injonction sibylline, une campagne de communication pour le moins originale, dont l’idée revient à Jean François-Poncet, président du Conseil Général du Lot-et-Garonne (photo). " Notre département compte près de 1500 chefs d’entreprise âgés de 55 ans. Malheureusement, notre population est trop vieillissante pour que l’on puisse remédier à ce futur problème de succession. A terme, des milliers de petites entreprises sont menacées de disparaître ". Ainsi, seulement une société sur trois est reprise par un habitant du coin. " La seule solution est d’aller chercher des repreneurs ailleurs ", conclut-il.
Autrement dit, à Paris. Le département y a même carrément pris ses quartiers, pendant les 15 jours de la campagne d’Entreprendre en Lot-et-Garonne, en installant un dispositif d’accueil à la Maison de l’Aquitaine, ouverte début 2003. Le choix de la capitale s’est imposé pour sa forte concentration de cadres, artisans et commerçants. Cette ville est également plus susceptible de fournir des candidats au départ, avec 63 % de ses habitants qui souhaitent habiter la province, le Sud-Ouest en tête (24 %). " Si nous avons une carte à jouer, c’est bien celle de la qualité de vie ", avance Jean François-Poncet, qui mise sur son soleil et ses vertes contrées pour séduire les Parisiens fatigués par la pollution, la grisaille et les transports bondés. Et qui vante une situation privilégiée, à mi-chemin de Toulouse et de Bordeaux.
Sous un ciel radieux
Restait à convaincre les citadins de passer le pas. Elus, entreprises, institutions et administrations s’y emploient depuis la mise en place, le 23 juin 2003, du premier Comité d’Initiative Economique locale de France. Découlant directement de la loi Dutreil, ce CIEL doit faciliter l’ensemble des démarches financières et administratives des créateurs et repreneurs d’entreprises. Notamment via le pilotage de l’opération Entreprendre en Lot-et-Garonne. Articulée autour d’un guichet unique, celle-ci propose, au moins jusqu'à mai 2004, un accompagnement personnalisé de tous les porteurs de projet franciliens. Déjà, un message laissé sur le site internet www.entreprendre-lot-et-garonne.com permet de recevoir une réponse immédiate contenant toutes les informations disponibles sur le département. Mais surtout, il suffit de numéroter le 08-11-00-00-29 pour déclencher automatiquement une mécanique désormais bien rodée.
Au bout du fil, les opérateurs d’une plate-forme téléphonique répondent aux questions, en posent aussi afin de déterminer quel sera l’interlocuteur adapté. Prévenu, celui-ci (CCI, Chambre des Métiers...) convoque ensuite rapidement l’aspirant entrepreneur lors d’un premier rendez-vous parisien avec un chargé de mission. A charge pour lui de dissuader les moins motivés, de repérer les plans condamnés à l’échec. Et d’épauler les plus sérieux jusqu’à leur départ pour Agen, en allant jusqu'à leur faire bénéficier de transports (SNCF et Air Littoral) à tarif réduit et en leur trouvant une place dans un gîte rural ou un hôtel.
Parisien cherche entreprise campagnarde
Claude Gillet,
54 ans, est l’un des premiers Parisiens à avoir bénéficié du dispositif Entreprendre en Lot-et-Garonne
Pourquoi voulez-vous partir dans le Lot-et-Garonne ?
Et pourquoi pas ? Je suis divorcé, célibataire et au chômage depuis plus de deux ans. Ancien responsable des ventes de matériel chirurgico-médical, je n’ai pas réussi à retrouver un emploi par les voies classiques. J’étais en train d’envisager d’ouvrir une franchise quand je suis tombé sur la publicité d’Entreprendre en Lot-Garonne. J’ai tout de suite appelé le numéro vert et je me suis rendu à la Maison de l’Aquitaine. C’est en y consultant le site internet que j’ai trouvé une annonce de reprise d’une société d’entretien de piscines.
Avez-vous déjà repéré les lieux ?
Je me suis mis directement en contact avec le vendeur, que j’ai rencontré il y a une semaine. Lors de mon séjour sur place, j’en ai profité pour prendre contact avec Lot-et-Garonne Entreprise, où j’ai reçu un excellent accueil. J’ai immédiatement obtenu plusieurs rendez-vous, avec Antoine Plantey, le responsable, et deux personnes de la Chambre de Commerce. Ils ont étudié mon dossier, m’assurant, au passage, que j’obtiendrai sans difficulté un prêt d’honneur, m’ont fait visiter leur résidence hôtelière d’accueil et m’ont communiqué une liste de cabinets d’experts-comptables. Un conseiller de Fiducial m’a reçu peu après. Non seulement il a estimé le prix de vente trop élevé, mais il m’a aussi fortement déconseillé d’accepter de racheter des parts sociales plutôt que le fonds de commerce lui-même. Il m’a évité de faire une grosse bêtise : le soir même, je devais signer le compromis !
Où en sont les négociations ?
Je vais bientôt revoir le vendeur pour lui proposer mes nouvelles conditions. S’il accepte, il faudra étudier les modalités de transition. Il faudrait d’abord qu’il me forme, car je n’ai aucune compétence en maçonnerie... S’il refuse, je consulterai d’autres offres. En effet, quoiqu’il arrive, je vais m’installer en Lot-et-Garonne. Il faut être sur place pour traiter une affaire. Dès qu’une place en gîte rural se libère, je pars ! |
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Un accueil
première classe
A Agen, l’équipe de Lot-et-Garonne Entreprise attend de pied ferme les nouveaux venus. Créée il y a une dizaine d’années, cette structure a vu ses effectifs passer de 5 à 15 personnes pour l’occasion. Tous ceux qui ont déjà passé la porte de ce petit immeuble de trois étages ont reçu un accueil aussi courtois qu’efficace (voir le témoignage de Claude Gillet). C’est ici que le candidat est orienté vers divers partenaires, des cabinets d’expert-comptable aux services de la chambre de commerce. Il peaufine ici son business-plan, déniche les locaux ou terrains disponibles à son implantation, prend connaissance des différentes sources de financement, consulte les offres de reprise une fois son projet validé et se voit proposer des solutions à toutes les questions soulevées par un changement de vie professionnelle : logement, scolarisation des enfants, emploi du conjoint...
Le 9 décembre, le guichet unique avait déjà établi 4260 contacts (appels téléphoniques, mails et passages). Une première analyse estimait les projets soumis " beaucoup moins farfelus qu’on ne l’imaginait " et souvent d’une " grande maturité ". Avec des dossiers concernant quelques créations (20 %), une majorité de reprises (60 %) et 10 % de candidats ayant des capitaux à investir (jusqu'à 500 000 euros) dans des entreprises entre 10 et 50 salariés. " La plupart de ces gens ne connaissent pas le Lot-et-Garonne, mais ils rêvent de nature et de sud-ouest ", remarque Antoine Plantey, responsable de la structure d’accueil. Témoin ce Parisien, si motivé qu’il n’a pas hésité à changer son fusil d’épaule : " Je prévoyais de racheter une salle de fitness. L’affaire, en bonne voie, ne s’est finalement pas avérée viable après une étude du marché. Du coup, je planche sur la reprise d’un restaurant ! ". Le pays du foie gras se mérite...
" Si j’arrive à installer entre 50 et 100 entrepreneurs, ce serait déjà un très bon résultat ", espère Jean François-Poncet. Enthousiaste, l’élu justifie son optimisme par la solide expérience du département en matière de revitalisation de son terroir. D’abord avec Agropole, dédiée aux activités innovantes de l’agroalimentaire, qui a permis la création de 86 entreprises et de 1500 emplois depuis 1990. Puis avec le Tremplin rural, régime né en 2000, dont l’enveloppe financière de 3800 euros a aidé plus de 300 jeunes à s’installer à la campagne, dans des secteurs très divers (artisanat d’art, commerce, messagerie, coiffure...).
Avec cette nouvelle opération coup de poing, Jean François-Poncet prouve, s’il était besoin, qu’Agen a décidément plus d’un pruneau dans son sac.
 
Contact
3 questions à Bruno Dussillol,
32 ans, co-gérant de Motobox, à Marmande
Quand avez-vous ouvert votre société ?
Commercial dans une concession automobile, je me suis retrouvé sans emploi suite à l’arrêt de la vente de la marque Suzuki. Xavier Boutiton, lui, était chef d’atelier. Mais il a décidé de partir aussi. Nous nous sommes donc associés afin de reprendre la concession Suzuki. Après avoir finalisé le projet pendant près d’un an, on a ouvert Motobox en mars 2001. Nous vendons, réparons et louons des motos.
De quelles aides avez-vous bénéficié ?
La Chambre de Commerce m’a fait profiter d’une formation à la création d’entreprise, ce qui n’est jamais négligeable. Mais cela ne réglait pas le problème financier, qui a été le plus dur à surmonter puisque nous n’avions pas d’apport. Or, il fallait beaucoup investir dans le stock initial. Heureusement, nous avons obtenu, chacun, un prêt d’honneur par l’intermédiaire de la CCI, pour un montant total s’élevant à 15 000 euros. Nous avons bénéficié d’un autre prêt à taux 0 % de l’ex-Seita (l’entreprise s’était engagée à soutenir l’emploi dans la région après y avoir fortement débauché) représentant la même somme.
Avez-vous connu des difficultés ?
Le monde de la moto est un milieu assez fermé. Du coup, nous n’avons pas eu besoin de publicité pour nous faire connaître et nous avons naturellement récupéré l’ancienne clientèle de notre précédent employeur. Après seulement un mois d’activité, nous avons pu embaucher une secrétaire et un mécanicien. Aujourd’hui, nous sommes neuf. Les résultats ont été bien au-delà de nos espérances.
Le chiffre d’affaires, de 2,6 millions d’euros en 2002, a atteint 2,9 millions d’euros en 2003. Notre réussite nous a même valu un Mercure d’or. Notre local étant devenu trop petit, nous venons d’acheter un terrain pour faire construire nos propres bâtiments. Certes, le potentiel de la région n’est pas extensible à l’infini. Mais l’on tente de diversifier notre activité, en louant, par exemple, des quads, véhicules de loisir très à la mode et très lucratifs ! |
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