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REGION - ISERE
S'INSTALLER EN ISERE
La croissance alpine de la création
Revue PIC-INTER - n°284 - JANVIER - FEVRIER 2004
Niché au cœur des Alpes françaises, le département de l’Isère n’a pas échappé à la dégradation générale de l’emploi. Reste qu’en 2002, la région Rhône-Alpes a connu l’une des plus fortes augmentations de créations d’entreprise en France, tirée par le bassin grenoblois. Du coup, elle se tourne vers ses porteurs de projets pour surmonter la crise.
Il faut croire qu’en ces temps pollués par la récession économique, l’air montagnard fait le plus grand bien. Respirant celui du Jura, des Alpes et du Massif Central, la région Rhône-Alpes connaît même, depuis peu, ce qui ressemble à une petite ivresse des hauteurs. " Le marché de la création d’entreprises est stable en France, mais affiche une certaine tonicité en Rhône-Alpes ", commente sobrement Michel Dupoizat, chargé de mission création auprès de la Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie. De fait, avec 17 767 créations ex-nihilo en 2002, le territoire rhônalpin s’est distingué par l’une des plus fortes augmentations régionales (+ 5 %, contre + 0,56 % en France) par rapport à 2001.
Dans cette croissance, l’Isère, département d’un million d’habitants, fait office de locomotive : 28 % des nouvelles entreprises sont localisées dans le canton grenoblois ( et 6,6 % sur Fontaine et Voiron), qui vient encore d’enregistrer une progression de 16 % entre les premiers semestres 2002 et 2003 (contre seulement 6 % en France). C’est son meilleur score depuis 5 ans ! Mieux, tous les secteurs d’activité profitent de l’embellie : le commerce (45% de l’ensemble des créations), les services (40%) et l’industrie (15%).

3656 candidats
à la création
" Nous accueillons de plus en plus de porteurs de projets ", constate Isabel Marouard, responsable de l’Espace Entreprendre de la Chambre de Commerce de Grenoble, dont 3656 candidats ont poussé la porte en 2002, pour un taux de création de 30 %. " Il y a autant de chômeurs que de salariés qui veulent réaliser un projet personnel ". C’est parfois un plan social qui en donne l’occasion. Elle évoque ainsi le cas d’un ancien cadre, victime d’une vague de licenciements au sein de Hewlett-Packard, qui en a profité pour monter une brasserie spécialisée dans la bière aux noix.
Entre les bars-tabacs et les restaurants, le commerce concerne la majorité des projets (52 % des créations, 66 % des reprises). Il est talonné de près par les services (23 % respectivement pour les entreprises et les particuliers). Viennent ensuite l’industrie (1 %) et les technologies de l’information et de la communication (1 %).
" Notre région est marquée par les activités innovantes ", note encore Isabel Marouard. Environ 15 projets émergent ainsi chaque année de l’incubateur GRAIN (Grenoble Alpes Incubation).
" Quel que soit le parcours et l’objectif de chacun, l’important est d’intervenir le plus en amont possible ", poursuit Isabel Marouard. De manière collective (les réunions d’information du mardi ont vu leur affluence progresser de 10 % l’an passé) ou individuelle (2800 rendez-vous accordés).
Manuel
des bonnes pratiques
Il y a plus de trois ans, les 12 CCI de Rhône-Alpes ont d’ailleurs commencé à harmoniser leurs prestations pour " offrir au porteur de projet une même approche du métier ", en élaborant un Manuel des bonnes pratiques commun. Bientôt, elles disposeront également d’un espace Entreprendre labellisé, s’appuyant sur les 9 engagements qualité préconisés par le Conseil National de la Création d’Entreprise. " Les Chambres doivent rester la porte d’entrée : elles représentent l’un des rares acteurs à proposer un dispositif global, de l’accueil du candidat jusqu’à la création de l’entreprise et de son suivi ultérieur ", affirme Michel Dupoizat.
Sur le plan financier, celle de Grenoble a, en 2002, initié 41 prêts à la création d’entreprise (300 000 euros), servi de garantie à 4 prêts bancaires (300 000 euros) et s’est fait le relais de plusieurs subventions publiques, telles que 1001 talents (26 dossiers représentant 251 000 euros), une aide de l’Agence pour l’innovation (voir ci-dessous le témoignage de Nancy Briant).
3 questions à Nancy Briant,
36 ans, gérante de Pause Bio,
Quand avez-vous créé Pause Bio ?
Je voulais sortir de la restauration classique, en proposant des produits de bonne qualité, bios de préférence. Comptable de formation, commerciale de métier, je ne venais pourtant pas de ce milieu. Il a fallu un an de travail avant l’ouverture, en décembre 2001, de Pause Bio. Situé dans le centre commercial Grand’Place de Grenoble, c’est un endroit convivial et bien situé avec la clientèle des entreprises alentour. On y trouve un petit self service et un salon de thé non fumeur, qui propose buffets, plats et desserts du jour, cuisinés sur place.
De quelles aides avez-vous bénéficié ?
J’ai suivi la formation à la création d’entreprise de la chambre de commerce, qui m’a beaucoup aidée à monter les dossiers. Pour les banques, mais aussi pour le concours 1001 talents, organisé par la région Rhône Alpes pour le compte de l’ANVAR (Agence française de l’innovation). Début 2002, j’ai ainsi obtenu un prêt d’honneur de 15 000 euros. En juin de la même année, la CCI m’a également décerné une Mercuriale, un prix honorifique pour les femmes créatrices, qui m’a valu quelques retombées très bénéfiques dans la presse, suite à l’article paru dans le magazine " Présences " de la chambre.
Le plus dur est-il passé ?
Quand je me suis installée, le complexe commercial était en travaux et les grosses enseignes, synonymes d’affluence, n’étaient pas encore en place. En plus, j’avais embauché trop de personnes. Sur le plan financier, les deux premières années n’ont donc pas été faciles et j’ai dû renégocier mes prêts avec les banques. Mais depuis la fin des travaux cet été, je sens la différence. Je pense sortir la tête de l’eau l’année prochaine. J’ai même du mal à recruter, le personnel étant très instable. Aujourd’hui, je travaille avec 5 cuisiniers et serveurs. Ma satisfaction, c’est d’entendre les gens me demander s’il existe des Pause Bio dans d’autres villes
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La CCI a, en outre, la chance d’être relayée par un ensemble de partenaires relativement dense, notamment dans l’attribution de prêts d’honneur aux futurs patrons. " Le territoire est maillé par 8 plateformes d’initiative locale (PFIL), dont la dernière a été mise en place récemment ", remarque Isabel Marouard.
Le réseau Entreprendre, fondé par André Mulliez, est également très présent en Rhône-Alpes, avec 4 antennes (sur 21 en France), dont une ouverte en Isère en 1999.
Des sociétés créatrices
d’emploi
Bien entourées par tous ces prestataires, les nouvelles entreprises de la région grenobloise sont aux petits oignons. Les faillites, contenues, y ont baissé de 6 % entre les premiers semestres 2002 et 2003, alors qu’elles ont augmenté de 10,8 % en Rhône-Alpes et de 5 % en France. Plus résistantes, ces jeunes sociétés sont aussi, et surtout, particulièrement créatrices d’emploi. Ainsi, seulement 67 % d’entre elles sont individuelles, contre 81 % sur le plan national. " On constate qu’après 4 ans, une entreprise active crée en moyenne 3,5 emplois ", note Isabel Marouard.
Ces belles performances compensent un peu l’aggravation du chômage. Car, à la panne de croissance française, les entreprises de la région grenobloise ont réagi par un gel des embauches et des investissements. Pourtant, cette dégradation est, là encore, bien moindre qu’ailleurs, avec, au début de l’année, un taux de chômage de 8,5 % en Isère, de 8,6 % en rhône-Alpes (le Rhône et la Drôme ont été davantage touchés) et de 9,6 % en France. En outre, elle n’est pas imputable aux licenciements économiques, qui ont chuté de 12,2 % en 2002... quand le nombre de leurs victimes ont augmenté de 38,6 % dans la région.
Gageons que les nouvelles dispositions de la loi Dutreil contribueront à renforcer cette belle " tonicité " alpine vantée par Michel Dupoizat.
3 questions à Fabrice Garghi,
37 ans, créateur de Wellness Institut
Que propose votre institut ?
Venant du milieu du fitness et de la remise en forme (pendant 14 ans, j’ai dirigé des Gymnase Club à Lyon et à Grenoble), j’ai voulu continuer à travailler sur le corps. En avril 2001, j’ai ouvert Wellness Institut, centre d’amincissement et de bien être qui propose, essentiellement aux femmes entre 35 et 65 ans, des cures complètes alliant les soins en cabine (drainage lymphatique, palpé-roulé, ultra-sons…), le rééquilibrage alimentaire, avec une diététicienne, et le fitness. Le tout complété par les soins du visage, l’épilation, le massage, la relaxation et le sauna. Avec un comparatif de la masse adipeuse entre le début et la fin de cure, je m’engage à un résultat palpable !
Comment avez-vous monté ce projet ?
Je me suis débrouillé tout seul ! Le plus difficile a été de convaincre les banques, qui ne m’ont finalement prêté que le tiers de ce que j’avais demandé. Du coup, j’ai quasiment tout auto-financé. Le jour de l’inauguration, j’ai fini par coincer un banquier dans l’une des cabines pour plaider ma cause… et il a accepté de me prêter de l’argent ! Plus tard, la CCI m’a suggéré de présenter mon dossier pour l’octroi d’une aide financière à la création. J’ai ainsi obtenu 11 000 euros.
Votre concept a-t-il séduit la clientèle ?
Là encore, je me suis beaucoup bougé. Au début, j’ai communiqué de façon traditionnelle, avec de la publicité dans les magazines gratuits, ce qui n’a produit aucun résultat. En juin dernier, je suis passé au marketing direct, en recrutant une personne venant de Gymnase Club qui distribue des tracts dans les boîtes aux lettres. J’invite les gens à venir essayer nos installations. C’est très efficace : avec 450 adhérentes (98% de femmes) et un chiffre d’affaires multiplié par quatre, je m’en sors enfin financièrement.
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Sommaire numéro n°284
Sommaire Dossier REGIONS
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