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INDEPENDANT - DU COTE DES INDEPENDANTS
FOLIES D'ENCRE
"LA CREATION PASSE PAR L'INDEPENDANCE"
Revue PIC-INTER - n°281 - Juillet - Août 2003
Choix des ouvrages, recherche d’une convivialité, conseils aux lecteurs, organisations d’animations : toute une stratégie qui permet à Jean-Marie Ozanne de garder son indépendance. Il fait le point sur le métier de libraire, où pour réussir, il ne suffit pas d’aimer passionnément la littérature.
Folies d’Encre est une librairie qui se porte bien. Elle a résisté à tous les bouleversements de ces dernières années et continue même de prospérer. Depuis 22 ans qu’il exerce ce métier, Jean-Marie Ozanne a vu le développement des Fnac et autres librairies géantes, la vente en ligne et pourtant il tient le coup. Le secret de cette réussite ? " une gestion rigoureuse, une curiosité à l’égard de la littérature, le souci de m’adapter tout en gardant jalousement mon indépendance. " La concurrence des mastodontes du livre ne lui fait pas peur, bien au contraire, il lance même avec humour "notre présence et notre succès sur le secteur du livre font de nous des aberrations commerciales et le public veut nous voir perdurer car la grande distribution n’a pas tout compris sur notre métier. Je dirais même que cette concurrence est stimulante. Et puis, bien sûr que la vente en ligne a de l’avenir, mais nous aussi, nous avons un avenir et le lecteur a et aura toujours plaisir à acheter un livre, le toucher, le feuilleter, le prêter."
Son amour pour le livre est tenace. Pourtant, son parcours est original pour un libraire. Avec une licence de droit et un Deug de psychologie, il a été d’abord infirmier psychiatrique, puis suivront des petits boulots. Mais, en juin 1981 il attrape le virus de la création. Il investit 150 000 Francs, obtient un prêt de l’Adelc et ouvre une librairie rue Gallieni à Montreuil-sous-Bois en Seine-Saint-Denis. Il la baptise du nom évocateur de Folies d’Encre. " J’ai immédiatement été reconnu par la clientèle comme une librairie générale de proximité où l’on peut acheter le dernier best-seller que l’on trouve partout. " Mais il fait aussi découvrir des œuvres et des auteurs étonnants à une clientèle de curieux et d’habitués. " Des titres tels que Le Pentateuque du Bulgare Angel Wagenstein ou l’histoire de la colonisation d’Alain Ruscio se sont aussi bien vendus que l’œuvre de Simenon dans la Pléiade. "
ON EST
COMME CHEZ SOI
On vient chez Folies d’Encre pour acheter, lire, découvrir mais aussi se détendre, regarder, parler, se faire plaisir. Comme dans toute librairie, 35% de visiteurs entrent sans intention d’acheter. Mais s’ils aiment la librairie, ils en parlent, y amènent leurs amis. Ici on a joué le pari de la convivialité, on a voulu un concept " comme chez soi " avec une cheminée, des glaces aux murs, des sièges. " Nos clients sont notre meilleure publicité. Je laisse toute liberté à ceux qui poussent la porte et restent un long moment sans acheter. Notre rôle, c’est de faire aimer les livres. " Jean-Marie Ozanne veille donc à la présentation des ouvrages qui sont classés par genre littéraire. " Nous organisons des tables thématiques où sont présentés des livres, que très souvent une étiquette manuscrite signale à l’attention de l’éventuel acheteur. "
Il s’agit moins d’imposer que d’éveiller un intérêt.
Si les conseils directs ont leur importance, la spécialisation d’une librairie, mais surtout la compétence de son personnel, joue un rôle fondamental. " Sur mes huit salariés, certains sont titulaires d’une maîtrise, les autres ont suivi une formation à l’INFL (l’Institut National de Formation des Librairies). " L’INFL est la seule structure de formation dispensant de la formation professionnelle aux salariés et dirigeants des librairies, sous forme de stages de quelques jours et bientôt également d’un cycle de formation de moyenne durée destiné à faciliter l’accès aux responsabilités. Il organise également 4 cycles annuels de formation à destination de futurs créateurs ou repreneurs de librairies. Son équipe intervient également pour conseiller les libraires en activité dans le cadre de leurs projets.
LE RELATIONNEL
EST FONDAMENTAL
Autre moyen d’attirer la clientèle : faire des animations et inviter régulièrement des auteurs qui signent leur ouvrage en débattant avec le public. " 2 à 5 fois par mois, clients et auteurs se retrouvent autour d’un verre ou d’un petit-déjeuner. Nous recevons des auteurs prestigieux tels qu’Eric Orsenna ou Maryse Condé pour la signature de son livre " Histoire de la femme cannibale ". Mais aussi des moins connus comme Alexandre Pierrepont, ethnologue et chroniqueur de jazz, ou le journaliste-auteur Michel Warshowski pour son ouvrage " Sur la frontière " qui traite du problème palestinien. " Organisation de débats, contacts personnels, serviabilité et savoir-faire sont payants. Avant d’être un commerce, le métier de libraire est un échange. Le relationnel y tient une place fondamentale.
| CARTE D'IDENTITE |
| NOM DE L’ENSEIGNE : |
Folies d’Encre |
| DATE D’OUVERTURE : |
juin 1981 |
| NOMBRE DE SALARIES : |
8 à temps complet et 1 à mi-temps |
| INVESTISSEMENT DE DÉPART : |
23 000 € |
| CHIFFRE D’AFFAIRES 2002 : |
1,6 M€ |
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Par contre les discussions avec les diffuseurs et les distributeurs sont moins détendues. Ce sont eux qui réceptionnent les commandes et y répondent, se chargent des réassorts et des retours, établissent les factures, accordent des remises " obtenues après d’âpres discussions ", souligne Jean-Marie Ozanne. En règle générale, dans la profession, on se plaint de la lenteur des réassorts et des erreurs dans les livraisons ; quand ce n’est pas une livraison qui n’arrive jamais. Les libraires reçoivent en général les nouveautés via le système des offices. Sur la base d’un contrat, l’éditeur envoie toutes ses dernières parutions. Mais il y a des commerciaux qui peuvent livrer en masse les petits libraires avec des ouvrages que les grands refusent. Il est donc important de ne pas surévaluer les besoins au risque de gérer nombre d’invendus. Dans l’idéal, le stock doit tourner entre quatre à cinq fois par an pour les nouveautés et deux à trois fois par an pour les classiques. " Chez moi la rotation du stock est de 3 à 3,5 par an, tout confondu. "
Les librairies étant rares en Seine-Saint-Denis, il était important de créer de nouvelles structures. Trois nouvelles librairies Folies d’Encre se sont ouvertes à Saint-Ouen, Saint-Denis et aux Lilas, toutes sont complètement indépendantes. " Les propriétaires devraient me reverser 30 € symboliques par an, mais ils ne sont pas à jour et ça n’a aucune importance. Je n’ai pas l’intention de dupliquer ma librairie à l’infini car je tiens à mon indépendance. La création passe par l’indépendance et notre métier, c’est de défendre la création. "
La librairie de Montreuil se porte bien : Jean-Marie Ozanne a réalisé 1,6 M€ de chiffre d’affaires en 2002. Mais le métier est dur, il exige beaucoup d’effort et de présence " je travaille 60 à 70 heures par semaine et ramené aux nombres d’heures fournies je suis très largement payé en dessous du SMIG. Mais malgré le stress, malgré la somme énorme de travail fourni, je ne changerais de métier pour rien au monde.
| LES AIDES
Créée à l’initiative de quatre éditeurs (Minuit, La Découverte, Seuil, Gallimard) que d’autres ont rejoint, l’Adelc accorde aux libraires des avances de trésorerie, participe symboliquement au capital (5%) et se retire quand le prêt est remboursé. Cela permet à certains de s’établir, à d’autres de s’agrandir.
L’Institut pour le Financement du Cinéma et des Industries Culturelles (Ifcic) sert de garantie financière dans les transactions.
A l’INFL, les stages peuvent être subventionnés.
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Sommaire numéro n°281
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