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INDEPENDANT - SECTEUR EN VUE

Canal Bio
le supermarché du bio

Revue PIC-INTER - n°281 - Juillet - Août 2003

Sucess-story pour Olivier Mugler, un homme peu connu mais qui a du poids. En plus d’être un créateur, il a des compétences dans le domaine de l’agriculture biologique, de l’horticulture, du marketing… Et un vrai talent de gestionnaire.

La prise de conscience d’Olivier Mugler, gérant des deux magasins Canal Bio, n'est pas une mince affaire. Son discours est plus vert que celui des écologistes au mieux de leur forme : " En tant que distributeur de produits biologiques, je prends en compte chaque maillon de la chaîne alimentaire, du producteur au consommateur en tenant compte du revenu des agriculteurs, de la promotion des produits du Tiers-Monde, de l’information du consommateur, ainsi, dans nos deux magasins, l’acte d’achat prend un sens. "

Janvier 1995, déçu par la distribution de produits bio qui ne trouve pas grâce à ses yeux, Olivier Mugler décide d’ouvrir sa propre structure. Refusant de s’installer dans un hangar en banlieue parisienne, son choix se porte sur une surface de 250 m2 sur les berges du canal Saint Martin dans le 19ème arrondissement de Paris. Le succès de ce premier magasin a de quoi galvaniser : dès la première année le chiffre d’affaires de 1, 05 M€ dépasse de 30% les prévisions du créateur. Huit ans plus tard, le chiffre d’affaires est passé à 4 M€ pour deux magasins gérés par 25 salariés.

IL A BAIGNÉ
DANS LA PHYTOTHÉRAPIE

Pas mal pour l’histoire d’un homme qui a décidé de travailler dans l’agriculture dès son plus jeune âge. Car c’est cela la base de Canal Bio. L’histoire d’Olivier Mugler débute en 1960. Il voit le jour à Metz en Lorraine. Ses parents, pharmaciens-homéopathes, sont propriétaires du laboratoire Lehning créé par le grand-père. " J’ai toujours vécu au milieu des plantes et dans la phytothérapie. Mes parents étaient proches d’Henry Geffroy, le créateur de la Vie Claire dans les années 50. Inutile de vous préciser que j’ai toujours mangé naturel. " A l’âge où l’on fait des choix, il ne veut pas reprendre l’affaire familiale et se dirige plutôt vers le métier d’agriculteur. " Dans l’agriculture biologique ", précise-t-il. Il s’assied sur les bancs d’une école d’horticulture à Metz, puis d’un lycée agricole. Il obtient un brevet professionnel de maraîchage à Versailles et, en septembre 1981, il intègre l’école à la ferme de Beaujeu qui enseigne l’agriculture biologique : " A la première session nous étions cinq étudiants et à la deuxième une quinzaine. A l’époque, le biologique faisait peu d’adeptes. "

TROP DIFFICILE…
LE MÉTIER D’AGRICULTEUR

Fin des études. Olivier Mugler renonce à s’installer dans une ferme pour cultiver ses hectares de terre, " par manque de courage ", avoue-t-il. Il arrive à Paris, où il faut survivre. Il exerce le métier d’imprimeur et se marie. " Fidèle à l’engament de mes parents, j’avais fait le choix de consommer des produits issus de l’agriculture biologique. A l’époque nous étions déjà bien renseignés sur les dangers de l’agriculture intensive et sur l’intérêt de consommer des produits frais et garantis biologiques. Mais, le bio avait l’étiquette cher et les seuls distributeurs sur le créneau vendaient leurs produits dans des officines au look vieillot et poussiéreux. De plus, le consommateur n’avait pas la garantie de l’origine des produits. " Notre homme veut améliorer cette situation. C’est ainsi qu’en 1989 il prend contact avec Biocoop, qui avait un magasin dans le 20ème arrondissement de Paris. Puis en 1991, il rencontre le REAS (Réseau pour l’Economie Alternative et Solidaire) qui lui procure un poste de formateur dans les métiers verts. En parallèle, il réalise une étude de marché très pointue, recherche un local et étudie les catalogue de produits. En janvier 1995, la boucle est bouclée. Avec une quinzaine d’associés qui se sont portés caution pour un prêt de la NEF (société de financement pour la Nouvelle Economie Fraternelle), il achète son local et installe le premier supermarché bio de la capitale. " La NEF, qui est une société de financement alternatif, a cru en mon projet et n’a pas hésité à me prêter de l’argent. "

Olivier Mugler rencontre l’adhésion immédiate des consommateurs : " très motivés, mes premiers clients sont devenus aujourd’hui des militants de la cause bio. Une prise de conscience qui a été boostée par le problème de la vache folle. " Comment, en effet, imaginer qu’il n’y ait pas de dérèglements en nourrissant des vaches avec des farines animales ? Depuis quand les vaches mangent-elles de la viande ? Cette crise a rappelé que la terre et l’homme sont indissociables et qu’il est impératif de respecter certaines règles. " Ce scandale a d’ailleurs permis une croissance de 60% de notre activité. On n’ arrivait plus à satisfaire la demande des consommateurs à la recherche de sécurité alimentaire. "

Le risque alimentaire a toujours été, comme d'ailleurs les intoxications, lié à la contamination des aliments. Aujourd'hui ce risque, jadis essentiellement bactériologique, s'est déplacé. Et si la listériose pose toujours problème, c'est plutôt vers les OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) que se porte l'attention. Autre préoccupation et non des moindres, les risques liés à une agriculture intensive, la pollution des sols et des nappes phréatiques par les engrais chimiques et les pesticides. " En nous tournant vers des produits issus d’une autre agriculture, nous répondons à des attentes en matière de santé et à un souci de préserver l’environnement. Ce rejet de la mal bouffe nous a convaincu d’ouvrir un deuxième magasin " . Ce fut chose faite avec la création en janvier 1998 du deuxième supermarché dans le 12ème arrondissement de Paris.

PLUS DE
7 000 RÉFÉRENCES

Les clients qui tombent sous le charme du magasin sont plutôt jeunes, 30/40 ans, issus du milieu enseignant, mais on rencontre aussi des professions libérales, des artistes. Et le noyau dur ? " Des familles avec des enfants. " Côté produits : plus de 7 000 références. Des fruits et des légumes régulièrement livrés en provenance directe de maraîchers de l’Hexagone. Plus de soixante variétés de céréales, de fruits secs, de légumineuses et de condiments, ensachés ou en vrac. Des vins de pays et des grands crus de fêtes. Du lait cru ou pasteurisé, des fromages à la coupe et des produits crémiers en abondance. Une cinquantaine de spécialités de pains au levain et de pâtisseries cuits chaque jour dans les fournils de boulangers bio. Des viandes saines issues d'élevages bio, mais aussi des poissons, des charcuteries et des préparations végétariennes ou traditionnelles au rayon traiteur. Toute l'épicerie : des huiles aux algues en passant par les petits pots pour bébé, les cafés ou les tisanes... 60% des produits proviennent de la centrale d’achat de Biocoop. " Nous nous approvisionnons également à Rungis où les agriculteurs pratiquant une agriculture biologique sont assez nombreux. "
Tous les salariés de Canal Bio sont concernés et pratiquent une vente conseil très au point. Ils ont suivi une formation chez Biocoop qui s’est investie dans la mise en place d’un cycle de formation de vendeur conseil en produits biologiques. Cette formation s’adresse à des jeunes de 18 à 26 ans ou à des adultes en recherche d’emplois. La formation aboutit à un titre de " Certificat de Qualification Professionnelle. " L’examen final se déroule devant un jury de professionnels. Les résultats sont soumis à la Commission Paritaire Nationale de l’Emploi qui décide de l’attribution, ou non, du CQP.

LA FRANCE
AU QUATRIÈME RANG
EUROPÉEN

L'ensemble de la filière bio et son marché se sont, en France, développés fortement depuis 1990, avec un taux de croissance supérieur à 12 % jusqu’en 1999. Dans le même temps, le marché des produits bio s’est développé aussi bien aux USA qu'en Europe ou dans le monde, avec un taux de croissance généralement supérieur à 20 % par an et une part de marché de 2 % en Europe. Pourquoi la France, qui était pionnière dans les années 1980, est passée derrière l’Allemagne, l’Autriche et le Danemark aujourd’hui ? La France détient l'une des industries agroalimentaires et une agriculture parmi les plus performantes. Alors, peut-on entraver ces fleurons de l'exportation sans mettre à mal l'économie française ? Il est peu probable que les céréaliers acceptent que leurs subventions soient transférées vers des exploitations de taille réduite. On peut espérer un revirement de situation quand on sait qu’en 1992, 15 % des consommateurs déclaraient avoir acheté un produit bio, ils sont plus de 30 % dans ce cas aujourd'hui.

 

CARTE D'IDENTITE
  • DATE D’OUVERTURE DU PREMIER CANAL BIO : janvier 1995
  • DATE D’OUVERTURE DU DEUXIEME CANAL BIO : janvier 1998
  • NOMBRE DE SALARIES : 25 à plein temps
  • CA 1995 : 1, 05 M€
  • CA 2002 : 4 M€ (progression de 3 à 4% par an)
  • CA DE BIOCOOP : 122 M€ pour 220 magasins (tous indépendants).

 

 

Sommaire numéro n°281

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