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Etape 1 : Se préparer à l’enjeu

1.10. Reprendre l’affaire familiale

En France, la transmission d’entreprise familiale est un véritable enjeu de société. En effet, ce type d’entreprise représente 83 % des sociétés françaises et génère la moitié des emplois et de son PNB. Elle est aussi importante pour le fondateur puisqu’elle détermine la survie de son entreprise après son départ.
Les avantages attitrés d’une reprise d’entreprise familiale lui permettent de présenter des chances de succès plus élevées par rapport aux autres types de reprise. Ce mode de transmission vise à assurer la pérennité de l'entreprise tout en faisant bénéficier les successeurs d'une donation. Les héritiers bénéficient d’allègements fiscaux ou de suppression des contraintes financières liées à la transmission. Toutefois, la reprise d’entreprise familiale n’est pas toujours dénuée de difficultés : elle peut également être source de conflits ou mettre fin à l'indépendance de l'entreprise.

Les atouts de la reprise de l'entreprise familiale

Malgré qu’elles détiennent des avantages certains sur les plans économiques, financiers, fiscaux et sociaux, contrairement aux attentes, seule 1 entreprise familiale sur 10 est transmise à la génération suivante.
Sur le plan économique

- Les entreprises familiales bénéficient d’une gestion prudente et avisée. Étant simultanément patrimoines familiaux et sources de revenus de la famille, elles doivent être protégées.
- Le principe de continuité et de vision à long terme assure la pérennité de l’entreprise familiale ainsi que son influence sur le territoire et lui permet de mieux résister aux crises.
- Le dirigeant en place est soucieux de laisser à son successeur une entreprise opérationnelle et en bon état. La préparation et la réalisation des investissements nécessaires au développement ou au maintien des activités sont effectuées bien avant la transmission. Tout ceci découle de la relation de confiance et de loyauté entre cédant et repreneur dans le cas d’une reprise d’entreprise familiale.

Sur le plan financier et fiscal
Il revient au dirigeant actuel de l'entreprise familiale de décider de la forme de sa succession, soit une cession soit une donation. Son choix répercutera sur la fiscalité des trois entités concernées : son successeur, ses éventuels autres héritiers et lui-même.
Sur le plan social

- Les entreprises familiales favorisent des rapports sociaux plus directs et fondés sur la confiance mutuelle entre les membres qui les composent. Suivant l’ordre d’ancienneté, les salariés plus âgés embauchés depuis la création de l'entreprise y ont développé des relations de proximité et de loyauté avec le dirigeant.
- Pour les entreprises familiales, la propriété de l'entreprise et sa gestion sont solidement reliées. La cohérence ainsi créée y favorise la perpétuation des valeurs et des traditions familiales.

- Enfin, là où ce type d'entreprise est implanté, le maintien de l'activité économique du territoire est plutôt assuré.

Les difficultés liées à ce type de reprise

La succession d’une entreprise familiale requiert une préparation longue et minutieuse pour minimiser les problèmes liés à sa reprise.

Les difficultés rencontrées se retrouvent fréquemment au niveau psychologique des entités qui la composent : personnalités du cédant et du repreneur, désengagement du cédant, motivation du repreneur, adaptation à la nouvelle direction par les salariés et les partenaires de l'entreprise…

 À titre de rappel, il est utile de savoir que :
- La transmission d'une entreprise est une délégation de pouvoir et de propriété. Autrement dit, reprendre une entreprise, c’est s’attribuer un certain pouvoir et recevoir un droit de propriété. Pourtant, parmi les héritiers, certains détiennent une partie du capital mais sont réticents à exercer ce pouvoir. De cette situation peuvent découler des conflits d’intérêts puisque les objectifs de chacun des successeurs peuvent différer : soit procéder à des investissements dans l'entreprise soit percevoir les dividendes en tant qu’héritiers.

 - Le poids de l'héritage familial peut sembler lourd à cause des obligations qui incombent au successeur repreneur, notamment :

- pérenniser l'entreprise familiale et surtout la faire fructifier ;

- ne pas annihiler le travail de toute une vie mais continuer l'œuvre de la génération précédente ;

- ne surtout pas décevoir.

Les pressions dues aux obligations de résultats vis-à-vis de la famille, des salariés et des partenaires sont dans ce cas énormes.

 - La passation des pouvoirs peut présenter des difficultés. Le repreneur doit s'imposer en tant que « dirigeant » et gagner la confiance des salariés, des clients et des autres partenaires de l'entreprise (fournisseurs, banques, etc.). Toutefois, la tendance des plus anciens est souvent de mettre en doute les compétences du nouveau « patron » en matière de gestion ou de management surtout si sa décision modifie les méthodes et les habitudes de travail. Il arrive donc que certains repreneurs aient à prouver leurs capacités managériales pour prendre la direction de l’entreprise familiale dans de bonnes conditions. Ils doivent gérer cette transition avec tact.

 - Pour certaines entreprises, l'impulsion du dirigeant est facteur de développement et d’expansion. La génération qui prend la relève peut ne pas réussir à allier héritage et créativité pour favoriser son essor, voire aboutir à son internationalisation. En conséquence, certaines entreprises auront à renoncer à leur indépendance et à ouvrir leur capital à des capitaux extérieurs pour soutenir leur croissance.

 - Une des difficultés fréquentes réside dans la capacité du cédant, fondateur de l’entreprise, à confier l’entière responsabilité de l’affaire à son ou ses enfant(s). Il éprouve des difficultés à rompre les liens qu’il a entretenus avec le monde de l’entreprise qu’il a créée pour se consacrer à la formation de son successeur. Il a encore une certaine tendance à contrôler et dominer au lieu d’accorder à son successeur une marge croissante d’autonomie.

Quelques conseils pour les repreneurs

Reprendre une entreprise familiale ne s’improvise pas. Cela nécessite au contraire tout un travail de préparation et d’anticipation avant de s’y engager.

 - Le repreneur se sent-il prêt et sait-il ce qui l'attend ?

Si le repreneur est déjà salarié de l’entreprise avant la reprise effective, la phase de préparation aura été effectuée à un certain niveau. Dans le cas contraire, il devra dresser un bilan de compétences et suivre une formation spécifique à la reprise pour s’imprégner de la vie de l'entreprise et de son environnement, quelques mois avant la reprise effective.

Il est conseillé de prendre du temps. Le fait que le repreneur travaille dans l'entreprise depuis un certain temps ne permet en rien une transmission réalisée à la hâte. Il vaut mieux prévoir une phase transitoire composée d’une formation à la reprise, d’un rachat progressif des parts…

- L'entente au sein de la famille est-elle bonne ?

La famille et l'entreprise sont étroitement liées : des relations tendues peuvent engendrer des conflits et influer négativement sur les prises de décisions.

Dans ce cas, il est conseillé ne pas céder à la pression familiale. Il est judicieux de ne pas se lancer dans un tel projet si on ne se sent pas du tout à la hauteur ou si l'on a d’autres carrières en vue.

- La transmission a-t-elle été préparée par le chef d'entreprise ?

Le dirigeant a-t-il commencé à déléguer ses pouvoirs ?

Le chef d'entreprise mettra les salariés au courant de l’avancée du projet de reprise pour instaurer un climat de confiance avec le nouveau dirigeant. Il leur expliquera en même temps la stratégie du repreneur.

Conseil : La phase de transition doit être courte pour permettre au repreneur de s’imposer en tant que nouveau et unique chef d’entreprise. Elle est faisable quand la reprise a été anticipée et préparée.

- La réalisation d'un bilan patrimonial a-t-elle été envisagée ?

Le mode juridique de reprise opté (vente, donation, donation-partage, apport à une holding) peut occasionner des dépenses fiscales onéreuses. Le cédant et le repreneur doivent consulter à l'avance un notaire, des conseillers patrimoniaux, et si possible un avocat du droit des affaires.
Conseil : La répartition des biens doit être bien réfléchie afin d’éviter les querelles familiales après la transmission.

 

- Pour une entreprise importante, il est judicieux de prévoir un « protocole familial » ou encore un « pacte de famille » dûment rédigé stipulant les clauses qui règlementeront les relations futures entre la famille et l'entreprise :

- Qui travaillera dans l'entreprise ?

- Quel profil sera exigé pour postuler à des fonctions de direction ou pour faire partie du conseil d'administration ?

- Quelles rémunérations peuvent être accordées aux dirigeants ?

- Quelles seront les règles en matière de distribution de dividendes?

- Etc.

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